« Ma­nuel Valls a sau­vé le PS »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par JAN­NICK ALIMI Pro­pos recueillis par OLI­VIER BEAUMONT

POUR LE DÉ­PU­TÉ de l’Es­sonne Ma­lek Bou­tih, le Pre­mier mi­nistre a mo­bi­li­sé l’élec­to­rat entre les deux tours. Il pousse son par­ti à mettre les va­leurs ré­pu­bli­caines — laï­ci­té, sécurité, na­tion… — au coeur de son pro­jet pour ne pas être ef­fa­cé en 2017. Etes-vous sa­tis­fait des scores du PS ? MA­LEK BOU­TIH. Le PS ré­siste et cette ré­sis­tance re­pose sur des élé­ments ex­tra­or­di­naires qui ont dé­bou­ché sur une mo­bi­li­sa­tion ré­pu­bli­caine. La clar­té des mots d’ordre de Ma­nuel Valls entre les deux tours a fa­vo­ri­sé un sur­saut des élec­teurs en fa­veur du camp ré­pu­bli­cain et de ce­lui de la gauche en par­ti­cu­lier. Des mil­liers de jeunes qui avaient bou­dé le dé­bat pu­blic la se­maine der­nière ont chan­gé la donne en em­pê­chant la vic­toire du FN mais aus­si en fai­sant ga­gner dans cer­taines ré­gions les can­di­dats so­cia­listes et leurs al­liés. Mais at­ten­tion, si la gauche li­mite les dé­gâts, elle ne doit pas se trom­per sur les le­çons à en ti­rer. Quelles sont ces le­çons ? Au len­de­main du 1er tour, tout le monde par­lait de la confir­ma­tion d’un tri­par­tisme. Mais au­jourd’hui, la réa­li­té po­li­tique est dif­fé­rente. Il y a bien deux blocs qui s’af­frontent, un camp ré­pu­bli­cain, et le FN qui, il ne faut pas l’ou­blier, est plus fort au­jourd’hui qu’en 2012. Si la gauche ne re­voit pas ses prio­ri­tés, elle risque d’être dans l’in­ca­pa­ci­té d’op­po­ser un pro­jet sus­cep­tible de ré­pondre à ce­lui du FN. Et donc, d’être ab­sente au se­cond tour de la pro­chaine pré­si- den­tielle. Le FN n’avait pas les ré­gio­nales comme ligne d’ho­ri­zon mais bien 2017. Quelle doit être la ligne du PS ? 2017 ne se joue­ra pas sur la courbe du chô­mage, même si la ba­taille pour l’emploi reste fon­da­men­tale. De­puis le 13 no­vembre et la dé­cla­ra­tion de guerre lan­cée à la France, la na­tion est de­ve­nue le thème au­tour du­quel tout pro­jet doit s’écrire. Le dé­bat po­li­tique va se dur­cir au­tour de cette ques­tion. Pour que le PS garde une as­sise large et cré­dible, il est urgent que le par­ti ar­ti­cule et cla­ri­fie son pro­jet au­tour des va­leurs ré­pu­bli­caines fon­da­men­tales : la laï­ci­té, la lutte contre les ghet­tos et la sécurité. La gauche de la gauche et le pre­mier se­cré­taire du PS ont créé de la confu­sion sur ces ques­tions. La droite ré­pu­bli­caine doit elle aus­si le­ver toute am­bi­guï­té. C’est la dé­ter­mi­na­tion du Pre­mier mi­nistre sur la sécurité, c’est en ci­tant nom­mé­ment les can­di­dats de la droite ré­pu­bli­caine pour les­quels il ap­pe­lait à vo­ter au se­cond tour que Ma­nuel Valls a mo­bi­li­sé l’élec­to­rat et sau­vé le PS hier. Ce chan­ge­ment de pro­jet doit-il s’ac­com­pa­gner d’une re­com­po­si­tion des forces po­li­tiques ? La ré­vi­sion fon­da­men­tale des prio­ri­tés et des pro­jets en­traî­ne­ra iné­luc­ta­ble­ment une ré­or­ga­ni­sa­tion des forces po­li­tiques, mais on n’y est pas en­core.

@jan­ni­cka­li­mi1 EX-MI­NISTRE de Ni­co­las Sar­ko­zy, ex­clue par ce der­nier des listes LR pour les ré­gio­nales en rai­son de ses pro­pos sur la « race blanche », Na­dine Mo­ra­no es­time que, mal­gré son suc­cès hier, son par­ti n’a pas su at­ti­rer as­sez les dé­çus de la gauche au pou­voir. Quels en­sei­gne­ments ti­rez-vous de ce scru­tin ? NA­DINE MO­RA­NO. La si­tua­tion est grave. Per­sonne ne peut se ré­jouir des résultats après le séisme du pre­mier tour. Les Fran­çais en co­lère se tournent de plus en plus nom­breux vers le Front na­tio­nal. Si ce par­ti n’em­porte au­cune ré­gion, il ne cesse pour­tant de pro­gres­ser. Au se­cond tour, il confirme son pour­cen­tage et aug­mente en nombre de voix. Il n’y a pas de vague bleue pour les Ré­pu­bli­cains, mais un suc­cès réel quand même. Notre de­voir se­ra de ré­pondre par une ligne po­li­tique claire aux élec­teurs qui se sont dé­tour­nés. La droite peut-elle dire mer­ci à la gauche après ce ré­sul­tat ? Après l’ap­pel de Ma­nuel Valls qui son­nait comme un aveu d’échec de sa po­li­tique, sans doute un peu… Mais, un jour, cette stra­té­gie ne fonc­tion­ne­ra plus. Rap­pe­lez-vous : en 2002, Jacques Chi­rac a ga­gné la pré­si­den­tielle avec 82 % des voix (contre Jean-Ma­rie Le Pen). Au­jourd’hui, lorsque la gauche se re­tire et ap­pelle à vo­ter pour la droite, celle-ci fait qua­si­ment 30 % de moins et le FN pro­gresse en­core ! Ce n’est plus un si­gnal d’alerte, mais un si­gnal d’alarme ! Il doit y avoir un avant et un après ces ré­gio­nales. Si­non, la sen­tence de­vien­dra ter­rible. Dans quel état se trouve votre par­ti ? Il peut se ré­jouir d’avoir ga­gné des ré­gions mais doit s’in­ter­ro­ger sur cette force de plus en plus im­por­tante que re­pré­sente le FN. Ti­rons les le­çons du pre­mier tour : alors que la gauche est en mau­vaise pos­ture, nous de­vrions être en ca­pa­ci­té de faire re­ve­nir beau­coup plus à nous les élec­teurs dé­çus. Or, ce n’est pas le cas. Sar­ko­zy dit en pri­vé que le pays n’a ja­mais été aus­si à droite. Vous par­ta­gez cette ana­lyse ? Oui, mais je m’in­ter­roge sur la stra­té­gie. Nous de­vons af­fir­mer l’iden­ti­té de notre na­tion et ré­pondre avec éner­gie à la vague mi­gra­toire in­con­trô­lée que nous es­suyons. Nos ac­cords avec le centre ne doivent pas nous obli­ger à pro­po­ser une po­li­tique à l’eau tiède. Au­jourd’hui, c’est la cam­pagne pour la pri­maire à droite qui com­mence ? Voi­là des mois qu’elle a com­men­cé. Nous al­lons en­trer dans le vif du su­jet et vous consta­te­rez qu’il y a de vé­ri­tables dif­fé­rences entre les can­di­dats. Les Fran­çais at­tendent un dis­cours clair et des actes. Ils n’en peuvent plus du re­non­ce­ment et de ceux qui l’ont in­car­né. L’al­ter­nance n’est pas ga­gnée d’avance, il fau­dra la conqué­rir !

@oli­vier­beau­mont

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