« Le FN n’est pas une ma­chine de se­cond tour»

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par CHARLES DE SAINT SAUVEUR

en sciences po­li­tiques, Gaël Brus­tier vient de pu­blier « A de­main Gram­sci » (Ed. du Cerf). Quel est l’en­sei­gne­ment prin­ci­pal de ce se­cond tour des ré­gio­nales ? GAËL BRUS­TIER. Il n’y a que des per­dants, mais cer­tains le sont plus que d’autres. La plus grande dé­faite, c’est celle du Front na­tio­nal. Clai­re­ment, la tri­par­ti­tion des voix au 1er tour n’abou­tit pas à un tri­par­tisme puisque ce par­ti ne dé­croche au­cune ré­gion. Com­ment ex­pli­quer que le FN ait ra­té ce se­cond tour ? Le FN n’a que dix com­munes, des dé­fec­tions per­ma­nentes en son sein, un en­ca­dre­ment faible. Ce par­ti est un ren­tier de l’évo­lu­tion idéo­lo­gique du pays : il ac­croît consi­dé­ra­ble­ment son po­ten­tiel élec­to­ral, conquiert de nou­velles ca­té­go­ries comme les femmes, mais ce n’est pas une ma­chine de se­cond tour. Une ma­jo­ri­té de Fran­çais ne le re­con­naît pas comme ca­pable de gou­ver­ner de­main. Pas as­sez cré­dible, voire dan­ge­reux. Sans al­liances, il est dans l’im­pos­si­bi­li­té d’ac­cé­der au pou­voir. Voi­là le Front na­tio­nal ren­voyé à ses dé­bats in­ternes de 1998 quand Bru­no Mé­gret avait pous­sé à des al­liances pro­gram­ma­tiques avec la droite dite ré­pu­bli­caine dans un cer­tain nombre de ré­gions. La gauche sauve-t-elle les meubles ? Elle a beau conser­ver des ré­gions, on ob­serve son ef­fa­ce­ment pro­gres­sif na­tio­nal — elle peut être éli­mi­née du se­cond tour en 2017 — et sa ré­trac­ta­tion à quelques bas­tions ré­gio­naux so­lides : le grand Sud-Ouest, la Bre­tagne et les villes- centres. En Bour­gogne - Fran­cheCom­té et dans le Centre - Val de Loire, c’est un peu une vic­toire à la Jean-Claude Duss (NDLR : dans les Bron­zés) : « Sur un mal­en­ten­du, ça peut mar­cher ! » Là-bas, la gauche, frac­tu­rée idéo­lo­gi­que­ment, est contes­tée. Mais elle gagne ric-rac par le bé­né­fice d’une tri­par­ti­tion élec­to­rale, et d’une concur­rence achar­née entre deux ap­pa­reils po­li­tiques — les Ré­pu­bli­cains et le FN — qui vivent sur la même nappe phréa­tique élec­to­rale. C’est-à-dire ? On ob­serve une ra­di­ca­li­sa­tion des élec­to­rats de droite, avec fu­sion ten­dan­cielle entre ces deux par­tis : dans cer­taines ré­gions, les élec­teurs — no­tam­ment chez les jeunes — passent d’un camp à l’autre. La droite est en crise exis­ten­tielle, coin­cée dans une po­si­tion très in­con­for­table entre la gauche et le FN. Au 1er tour le par­ti de Ni­co­las Sar­ko­zy a eu du mal à être at­trac­tif mais au 2d, il est per­çu comme le seul à droite à pou­voir di­ri­ger des col­lec­ti­vi­tés d’im­por­tance.

« Le FN n’a que dix com­munes, des dé­fec­tions

en son sein, un en­ca­dre­ment faible »

@cde­saint­sau­veur

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