Les pe­tits se­crets du con­seil de classe

C’est l’un des rouages les plus im­por­tants du sys­tème sco­laire… l’un des moins connus ! En voi­ci les cou­lisses.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - CH­RIS­TEL BRIGAUDEAU

NOMBRE des dis­cus­sions qui s’y tiennent ne quit­te­ront pas l’en­ceinte éclai­rée aux néons de la salle de réunion. Et pour­tant, ce sont au sein des conseils de classe que sont va­li­dés les bul­le­tins sco­laires que les fa­milles re­çoivent en ce mo­ment. Par la pe­tite porte des confi­dences de ceux qui y par­ti­cipent, sa­chez tout sur ce rouage es­sen­tiel.

nQui peut y as­sis­ter ?

De­puis sa créa­tion en 1890, le con­seil de classe s’est très dou­ce­ment ou­vert aux non-en­sei­gnants. Après Mai 68, pa­rents et élèves ont été au­to­ri­sés à y pé­né­trer, et de­puis trente ans, la pré­sence de dé­lé­gués y est même obli­ga­toire. Ce que l’on sait moins, c’est que tous les élèves, à par­tir de la classe de 4e, ont le droit de ve­nir écou­ter ce que les en­sei­gnants disent à leur su­jet. « Très peu de gens le savent », constate Bri­gitte Com­pain, dé­lé­guée de pa­rents FCPE à Rennes. Au mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, on confirme du bout des lèvres que « les éta­blis­se­ments qui le sou­haitent peuvent ou­vrir aux élèves le con­seil de classe ». A la ci­té sco­laire Bal­zac à Pa­ris (XVIIe), l’ex­pé­rience du con­seil pu­blic s’est ar­rê­tée en 2007. « L’exer­cice pre­nait par­fois des airs de tri­bu­nal po­pu­laire », se sou­vient Phi­lippe Pra­del, un pro­vi­seur qui a di­ri­gé cet éta­blis­se­ment.

nQue disent les profs ?

Du mal… mais de moins en moins ! C’est ce que constate cette prin­ci­pale de col­lège qui, en trente ans de car­rière, a vu le po­li­ti­que­ment cor­rect s’ins­tal­ler en même temps que la dé­mo­cra­tie sco­laire. « Avant, le con­seil re­ve­nait à ti­rer à vue sur les élèves, c’était la grande époque des re­dou­ble­ments mas­sifs, se sou­vient-elle. Au­jourd’hui, heu­reu­se­ment, c’est beau­coup plus ri­tua­li­sé. Chaque en­sei­gnant donne son avis, et les autres pen­dant ce temps dorment ou pa­potent. » Phi­lippe Pra­del, pro­vi­seur à Pa­ris, a dé­jà dû ajour­ner un con­seil « parce qu’un prof et un pa­rent te­naient des pro­pos in­ad­mis­sibles, à la li­mite du ra­cisme ». Mais dans la plu­part des cas, les re­marques se suivent et se res­semblent. « Les profs com­mencent par un mot gen­til, du genre c’est une classe sym­pa­thique, et puis vient le mai­set là, ça n’ar­rête plus : on ne tra­vaille ja­mais as­sez, on ba­varde trop… » égrène Louis, ly­céen à Va­len­ciennes. A no­ter que les conseils ne sont pas ré­mu­né­rés en tant que tel mais com­pris pour les profs dans une in­dem­ni­té de sui­vi et d’orien­ta­tion des élèves (99 € par mois) créée en 1989.

nLes élèves sont-ils ju­gés ?

Le con­seil est avant tout la seule réunion où se re­trouvent, avec le chef d’éta­blis­se­ment et le conseiller prin­ci­pal d’édu­ca­tion (qui par­le­ra des ab­sences, des re­tards, du com­por­te­ment), les en­sei­gnants d’une même classe. Les pro­grès et dif­fi­cul­tés de chaque élève sont abor­dés. Louis, lui, met un point d’hon­neur à « tout ra­con­ter » à ses ca­ma­rades une fois la réunion ter­mi­née. Vé­ro­nique Le Coa­rer, mère de deux gar­çons et pré­si­dente de la FCPE à Lyon, es­time au contraire que « tout n’est pas bon à être ré­pé­té : ce n’est pas la peine de mettre de l’huile sur le feu entre une famille et des en­sei­gnants ». De fait, cer­tains cas — les plus pro­blé­ma­tiques — peuvent don­ner lieu à des dis­cus­sions as­sez in­tru­sives. « Mes profs ont dé­jà par­lé de ma re­la­tion avec ma pe­tite co­pine, ça m’a gê­né », ra­conte Louis. Mais pour la plu­part des élèves, les dos­siers dé­filent « à la vi­tesse du TGV, en une ou deux mi­nutes », constate une prin­ci­pale.

nLes dé­lé­gués ont-ils un pou­voir ?

« On ne leur fait pas as­sez de place », re­grette Bri­gitte Com­pain, mère d’élèves FCPE. Pour les pa­rents élus, le con­seil est l’oc­ca­sion de ré­cla­mer des car­tables moins lourds, de dé­non­cer des no­ta­tions trop sé­vères. « On est là pour mo­dé­rer les profs, qui peuvent être exas­pé­rés par le com­por­te­ment de cer­tains jeunes », re­marque Vé­ro­nique Le Coa­rer. On ap­porte un re­gard ex­té­rieur, qui per­met d’évi­ter des in­jus­tices, no­tam­ment pour l’orien­ta­tion. Louis, dans son ly­cée, a pu « dire au prof d’an­glais que sa méthode ne conve­nait pas : il en a te­nu compte sans se vexer ». Mais le poids des dé­lé­gués va­rie beau­coup… se­lon leur ca­pa­ci­té à se faire en­tendre. Il n’y a pas de vote dans un con­seil de classe. Tout se dé­cide sur la base du consen­sus.

nPeut- on contes­ter le bul­le­tin ?

Oui, s’il pré­sente des ir­ré­gu­la­ri­tés. Les re­marques gé­né­rales sur l’élève, qui sont nor­ma­le­ment dis­cu­tées lors du con­seil de classe, ne doivent pas conte­nir de pro­pos in­ju­rieux. Le bul­le­tin ne peut pas non plus faire men­tion de sanc­tions ou d’aver­tis- se­ments de com­por­te­ment ou de tra­vail. « Cette pra­tique existe en­core, mais elle est illé­gale », as­sure Phi­lippe Pra­del, pro­vi­seur. Tou­te­fois, même s’ils ne sont pas écrits noir sur blanc, les mau­vais com­por­te­ments res­sur­gissent de fa­çon dé­tour­née sou­vent dans les moyennes et les ap­pré­cia­tions. « On sait bien qu’un élève agréable est ju­gé avec da­van­tage de bien­veillance lors du con­seil qu’un af­freux jo­jo », concède en­core le pro­vi­seur. D’après les textes of­fi­ciels, les pa­rents n’ont pas le pou­voir de faire re­ti­rer des re­marques qui leur dé­plaisent ou de faire ap­pel pour une ré­com­pense (les com­pli­ments ou les fé­li­ci­ta­tions, par exemple). « Mais il est tou­jours pos­sible pour les pa­rents de de­man­der une dis­cus­sion avec le chef d’éta­blis­se­ment au su­jet du bul­le­tin », ex­plique-t-on au mi­nis­tère.

(LP/Oli­vier Cor­san.)

Le con­seil de classe est avant tout la seule réunion où se re­trouvent le chef d’éta­blis­se­ment, le conseiller prin­ci­pal d’édu­ca­tion (qui par­le­ra du com­por­te­ment des élèves) et tous les en­sei­gnants d’une même classe.

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