At­ten­tats : le mys­tère

Il a pris la fuite il y a un mois, au len­de­main des at­ten­tats de Pa­ris et Saint-De­nis. Son par­cours avant les at­taques et son rôle pré­cis res­tent in­sai­sis­sables.

Le Parisien (Paris) - - TERRORISME - STÉ­PHANE SEL­LA­MI ET ÉRIC PEL­LE­TIER

OÙ SE TROUVE Sa­lah Ab­des­lam ? Un mois après la sé­rie d’at­ten­tats co­or­don­nés qui a se­mé la mort et la ter­reur à Pa­ris et au Stade de France, le seul ter­ro­riste iden­ti­fié en­core en vie reste in­sai­sis­sable. Les en­quê­teurs eux-mêmes se perdent en conjec­tures, les uns le pen­sant ter­ré quelque part au Be­ne­lux, les autres l’ima­gi­nant de re­tour en Syrie, là où ont été pla­ni­fiées les at­taques par les cadres de l’or­ga­ni­sa­tion Etat is­la­mique. Une se­conde hy­po­thèse ren­for­cée jour après jour qui si­gni­fie­rait que le ter­ro­riste s’est, une nou­velle fois, joué des po­lices fran­çaise et eu­ro­péennes.

Vi­sage éma­cié, lèvres ser­rées, l’homme qui fixe l’ob­jec­tif sur la pho­to illus­trant l’avis de re­cherche lar­ge­ment dif­fu­sé de­puis le 15 no­vembre a ava­lé des mil­liers de ki­lo­mètres à tra­vers l’Eu­rope ces der­niers mois. Plu­sieurs fois, il a été contrô­lé. A chaque fois, ce Fran­çais de 26 ans né en Bel­gique et ré­si­dant dans la com­mune de Mo­len­beek, près de Bruxelles, a pu pour­suivre sa route, rien ne jus­ti­fiant alors son in­ter­pel­la­tion. Ain­si a-t-il eu tout le loi­sir de pré­pa­rer les at­taques san­glantes sans même se ca­cher, uti­li­sant ici sa carte ban­caire pour louer une voi­ture, ex­hi­bant là sa pièce d’iden­ti­té pour ache­ter du ma­té­riel py­ro­tech­nique.

« Tout le monde l’a vu par­tout mais per­sonne ne sait réel­le­ment quel était son rôle pré­cis… » Cette ré­flexion lâ­chée par un en­quê­teur, un brin dé­pi­té, en dit long sur les in­cer­ti­tudes qui conti­nuent de pe­ser sur l’en­quête. Car po­li­ciers et ma­gis­trats semblent en­core loin d’avoir per­cé tous les se­crets de l’énig­ma­tique Sa­lah Ab­des­lam. « La lo­ca­tion de voi­ture, la ré­ser­va­tion des lo­ge­ments, l’achat de ma­té­riel py­ro­tech­nique… Tous ces élé­ments font de lui le lo­gis­ti­cien de ce com­man­do, es­time un po­li­cier spé­cia­li­sé. Mais il est al­lé au-de­là de ce rôle de lo­gis­ti­cien, si c’était bien le sien. » Car Sa­lah Ab­des­lam a aus­si conduit trois de ses com­plices de Bo­bi­gny au Stade de France à SaintDe­nis.

C’est pré­ci­sé­ment après que son rôle se brouille. Les en­quê­teurs ne com­prennent tou­jours pas pour­quoi, alors que toute l’opé­ra­tion semble avoir été par­fai­te­ment or­ga­ni­sée, Ab­des­lam s’est re­trou­vé à er­rer, au soir des at­ten­tats, dans le XVIIIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris puis dans la ban­lieue sud. Pour­quoi a-t-il fait ap­pel à deux amis belges pour qu’ils viennent « l’ex­fil­trer » et le re­con­duire en Bel­gique ? Etait-il l’ar­ti­fi­cier de ce com­man­do ? De­vait-il lui aus­si mou­rir en ka­mi­kaze ? A-t-il re­non­cé par peur au der­nier mo­ment ? « Au­tant de mys­tères qui en­tourent la mis­sion de ce ter­ro­riste », conclut la même source.

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