Pe­tite secte en famille

L’ex-po­li­cier et son fils prêtre dé­pouillaient les fi­dèles de leur groupe de prière, ai­dés par les femmes de la famille. Le pré­ju­dice est es­ti­mé à plus de 3 M€.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - Saint-De­nis (île de la Réunion) De notre cor­res­pon­dant SÉ­BAS­TIEN GI­GNOUX

UN AN­CIEN po­li­cier mu­ni­ci­pal de 73 ans, sa femme et leurs deux en­fants viennent d’être mis en exa­men à la Réunion pour abus de fai­blesse et blan­chi­ment. Cette famille de la ville du Tam­pon (sud de l’île) est soup­çon­née de s’être en­ri­chie au dé­tri­ment des cen­taines d’adeptes qui fré­quen­taient le groupe de prière qu’ils avaient fon­dé en 1993 sous le nom de Ma­rie Porte du Ciel. L’as­sem­blée réunis­sait chaque di­manche jus­qu’à 800 fi­dèles, qui ve­naient prier dans une salle à cô­té de la pro­prié­té fa­mi­liale cos­sue. Et, alors que l’évêque de la Réunion, Mgr Gil­bert Au­bry, avait mis en garde à plu­sieurs re­prises contre « l’em­prise sec­taire » de ce groupe se ré­cla­mant du ca­tho­li­cisme, une di­zaine de plaintes ont été dé­po­sées en 2013.

L’en­quête me­née par les po­li­ciers de la sû­re­té avec le groupe d’in­ter­ven­tion ré­gio­nal a per­mis d’éta­blir que, de­puis 2010, la famille s’était bâ­tie de so­lides re­ve­nus sur le dos de ses ouailles, grâce à l’em­prise exer­cée par le pa­triarche.

Ce­lui-ci pro­met­tait « la co­lère di­vine » à ceux qui ne sou­tien­draient pas les ac­ti­vi­tés du groupe. Une large part de ce bu­si­ness consis­tait en la vente d’images pieuses à 150 € ou de sta­tuettes jus­qu’à 2 500 € pièce, l’or­ga­ni­sa­tion sur­fac­tu­rée de pè­le­ri­nages à Med­ju­gorje, (Bos­nie-Her­zé­go­vine), où se­rait ap­pa­rue la Vierge Ma­rie, ou le fi­nan­ce­ment de prières pour la gué­ri­son d’un ma­lade. La po­lice a consta­té « 350 000 € en mou­ve­ments fi­nan­ciers, dont 111 000 € de dé­pôts d’es­pèces de- puis 2013 » sur les comptes du père, note le par­quet de Saint-Pierre, qui éva­lue les gains à plus de 3 M€.

Ber­lines et grands voyages

Le pa­triarche, Au­gus­tin Va­len­court, chez qui ont été dé­cou­verts 60 000 € en li­quide et qui nie avoir « exer­cé des pres­sions », était ain­si pro­prié­taire de trois BMW et de deux mo­tos de grosse cy­lin­drée d’une va­leur de 280 000 € sai­sies par les en­quê­teurs. Toute la famille au­rait pro­fi­té de cet ar­gent pour faire des voyages au Mexique, en Inde, au Ja­pon, payés cash.

Le gou­rou pré­su­mé a été pla­cé en dé­ten­tion pro­vi­soire, ain­si que sa femme de 74 ans, re­trai­tée de l’en­sei­gne­ment. Son rôle était ce­lui « de lien entre Dieu et son époux », comme elle l’a dé­cla­ré aux en­quê­teurs. Elle ani­mait les séances de prière. Leurs deux en­fants, li­bé­rés sous contrôle ju­di­ciaire, sont aus­si im­pli­qués. La fille sem­blait des­ti­née à prendre la suite de sa mère et jouait dé­jà un rôle dans la su­jé­tion psy­cho­lo­gique des adeptes. Quant au fils, 47 ans, il bé­né­fi­ciait des lar­gesses pa­ter­nelles et au­rait par­ti­ci­pé au blan­chi­ment des fonds. Une com­pli­ci­té d’au­tant plus em­bar­ras­sante que cet homme, or­don­né prêtre en 2005, est cu­ré d’une pa­roisse de Saint-De­nis. Dans sa cure, les po­li­ciers ont dé­cou­vert 40 000 € en li­quide et du ma­té­riel in­for­ma­tique der­nier cri. Ac­tuel­le­ment, au­cune dé­ci­sion n’a été prise à son en­contre par l’évê­ché qui l’a tou­jours qua­li­fié d’« exem­plaire », mal­gré des re­com­man­da­tions pour qu’il prenne ses dis­tances avec le groupe de ses pa­rents.

Saint-Pierre (île de la Réunion), mer­cre­di. Au­gus­tin Va­len­court au­rait te­nu sous son em­prise des cen­taines de per­sonnes par­ti­ci­pant à son groupe de prière.

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