Po­li­tiques, avez-vous en­ten­du les Fran­çais ?

Di­manche soir, de nom­breux po­li­tiques ont as­su­ré qu’ils avaient com­pris le mes­sage des urnes. Mais sont-ils réel­le­ment prêts à ré­pondre aux at­tentes de chan­ge­ment de leurs conci­toyens…

Le Parisien (Paris) - - FRONT PAGE - DI­DIER MICOINE ET HEN­RI VER­NET @Hen­riVERNET

« LES ÉLEC­TEURS nous ont don­né une der­nière chance. » C’est Xa­vier Ber­trand qui le dit. Le vain­queur de Ma­rine Le Pen, dans le Nord, est le pre­mier à ré­pé­ter qu’il faut faire de la po­li­tique au­tre­ment. S’oc­cu­per des pro­blèmes des Fran­çais, sor­tir des pe­tits jeux po­li­ti­ciens chers aux états-ma­jors pa­ri­siens. Et il renonce à la pri­maire de 2016. Bien sûr, l’an­cien mi­nistre en ra­joute un peu dans le fos­sé entre « vrais gens » et « po­li­ti­ciens pa­ri­siens », tout au­réo­lé de sa vic­toire sur Ma­rine Le Pen. Mais chez ce­lui qui a ar­pen­té de­puis des mois ces terres du Nord et de Pi­car­die en grande dif­fi­cul­té, pour avoir sen­ti, en­ten­du et su­bi l’ex­pres­sion du re­jet de tant de ci­toyens en­vers les po­li­tiques, il doit y avoir — du moins l’es­père-t-on — une part de sin­cé­ri­té.

Et pour ce­lui qui n’a été élu di­manche que grâce aux voix de gauche, cet en­ga­ge­ment à chan­ger pour de bon de­vra cette fois être te­nu. Nombre de ses pairs, à droite comme à gauche, ont aus­si mul­ti­plié hier de telles pa­roles. A com­men­cer par Ma­nuel Valls, qui a sou­hai­té hier que l’on « re­donne en­vie de vo­ter pour et non pas contre ».

Pour 2017, les Fran­çais ne veulent pas d’un match re­tour Hol­lande-Sar­ko­zy

Mais voi­là, au-de­là des belles pa­roles et des bonnes in­ten­tions, les po­li­tiques sont-ils en­core cré­dibles ? Pas si sûr, à voir le spec­tacle af­fi­ché hier par les di­ri­geants des Ré­pu­bli­cains (LR), ré­glant leurs comptes au­tour de Ni­co­las Sar­ko­zy. Quelle place dans l’or­ga­ni­gramme ? Quel ca­len­drier pour la pri­maire ? Quelle ligne pour le par­ti, un chouïa plus à droite pour dra­guer du cô­té le­pé­niste, ou un pe­tit pas vers le centre pour contrer Jup­pé ? Bref, rien de bien neuf. Et à gauche ce n’est guère mieux, à en­tendre les com­men­taires tout sauf fair-play à pro­pos de la dé­faite en Ile-de-France. A ce rythme, le re­ten­tis­sant vote sanc­tion au 1er tour sonne comme un der­nier aver­tis­se­ment avant 2017. Et pour­tant, se­lon notre son­dage ex­clu­sif Odoxa, les Fran­çais sont plus de­man­deurs que ja­mais d’union, dans ce contexte mar­qué par les at­ten­tats et les ten­sions po­li­tiques. Ils sont près de 7 sur 10 à sou­hai­ter un rap­pro­che­ment entre la gauche, le centre et la droite pour faire des pro­po­si­tions com­munes et utiles pour le pays. En clair, sans re­non­cer à un sen­ti­ment d’ap­par­te­nance à la gauche ou à la droite, ils veulent en fi­nir avec les bis­billes et rêvent de ras­sem­bler les ta­lents. Un pays où un Ma­cron pour­rait tra­vailler avec un Jup­pé, une Du­flot avec un Bay­rou. « Chose as­sez in­croyable, constate Gaël Sli­man, di­rec­teur d’Odoxa, non seule­ment toutes les ca­té­go­ries de po­pu­la­tion se­raient fa­vo­rables à un tel rap­pro­che­ment, mais aus­si toutes les com­po­santes po­li­tiques… à l’ex­cep­tion des sym­pa­thi­sants du FN. » La po­li­ti­caille­rie, comme di­rait Ber­trand, ils n’en veulent plus. Ain­si, ils ne sou­haitent pas de chan­ge­ment de Pre­mier mi­nistre.

Ce qu’ils ai­me­raient en re­vanche, c’est le re­nou­vel­le­ment. La lon­gé­vi­té de nos hommes po­li­tiques ne cesse d’in­tri­guer à l’étran­ger. Et chez nous, elle agace. Les son­dés sont ca­té­go­riques : ils ne sou­haitent pour 2017 ni la can­di­da­ture de Hol­lande (re­je­tée à 80 %), ni celle de Sar­ko­zy (78 % de non). Bref, ils veulent du nou­veau, sur­tout pas re­jouer le match de 2012.

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