L’ins­ti­tu­teur avait in­ven­té l’at­taque de Daech

Il a sus­ci­té la stu­peur en ra­con­tant avoir été bles­sé hier dans sa classe par un homme agis­sant au nom de Daech. Puis, cet ins­ti­tu­teur a ad­mis avoir tout in­ven­té.

Le Parisien (Paris) - - FRONT PAGE - Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis) NA­THA­LIE PER­RIER

L’INS­TI­TU­TEUR d’Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis) qui af­fir­mait avoir été agres­sé dans sa classe hier ma­tin par un homme se re­ven­di­quant du groupe ter­ro­riste Etat is­la­mique (EI) a re­con­nu avoir tout in­ven­té lors de sa pre­mière au­di­tion, dans l’après-mi­di, de­vant les en­quê­teurs de la sec­tion an­ti­ter­ro­riste de la bri­gade cri­mi­nelle de la po­lice ju­di­ciaire pa­ri­sienne. Il a avoué s’être bles­sé tout seul. L’in­té­res­sé était à nou­veau en­ten­du hier soir afin de ten­ter de com­prendre pour­quoi il a fa­bu­lé.

Hier ma­tin, cet homme de 45 ans, dé­crit par les pa­rents d’élèves comme « un maître for­mi­dable », « gen­til » et « sé­rieux », avait été hos­pi­ta­li­sé à la suite de bles­sures su­per­fi­cielles au cou et au front. Il avait alors as­su­ré qu’il avait été poi­gnar­dé vers 7 h 10, alors qu’il pré­pa­rait sa classe, à l’école Jean-Per­rin. Il avait été jus­qu’à dé­crire son agres­seur, in­di­quant qu’il était vê­tu d’une com­bi­nai­son de peintre, de gants, d’une ca­goule et de chaus­sures mi­li­taires de type ran­gers. Il avait éga­le­ment af­fir­mé que l’homme avait dé­cla­ré : « C’est Daech (NDLR : acro­nyme arabe du groupe EI), c’est un aver­tis­se­ment. » Un mois après les at­ten­tats du 13 no­vembre à Pa­ris et Saint-De­nis et alors que le groupe EI a vi­sé, fin no­vembre, dans la re­vue fran­co­phone de pro­pa­gande « Dar al-Is­lam », les fonc­tion­naires de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, ac­cu­sés d’être « en guerre ou­verte contre la famille mu­sul­mane », ses dé­cla­ra­tions avaient se­mé l’ef­froi. Dans la jour­née, sur Twit­ter, le jour­na­liste Da­vid Thom­son, spé­cia­liste du ji­ha­disme, avait fait état de « comptes de Fran­çais ha­bi­li­tés à dif­fu­ser du conte­nu of­fi­ciel de l’EI » qui pré­sen­taient l’at­taque de l’en­sei­gnant comme « fai­sant suite à l’ap­pel lan­cé dans Dar al-Is­lam ».

Même si dès le dé­part les sources po­li­cières se sont mon­trées pru­dentes sur l’hy­po­thèse is­la­miste, la sec­tion an­ti­ter­ro­riste du par­quet de Pa­ris avait été sai­sie et une en­quête avait été ou­verte pour ten­ta­tive d’as­sas­si­nat sur un en­sei­gnant en re­la­tion avec une en­tre­prise ter­ro­riste, au vu de la me­nace tou­jours très éle­vée en France. La mi­nistre de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem, s’était ren­due, dès 10 heures, à l’école Per­rin, pour dé­non­cer « un acte d’une grande gra­vi­té » et an­non­cer que le gou­ver­ne­ment al­lait « conti­nuer à ren­for­cer » les me­sures de sécurité dans les écoles.

Dans un com­mu­ni­qué pu­blié en fin d’après-mi­di, après les ré­vé­la­tions du par­quet de Pa­ris, Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem a te­nu à ré­af­fir­mer que la sécurité des éta­blis­se­ments sco­laires « de­meure une pré­oc­cu­pa­tion » du mi­nis­tère, pré­ci­sant que de « nou­velles me­sures de ren­for­ce­ment de la sécurité se­ront pré­sen­tées en fin de se­maine, en lien avec le mi­nis­tère de l’In­té­rieur ». A Au­ber­vil­liers, les pa­rents d’élèves, que la nou­velle de l’agres­sion avait pro­fon­dé­ment émus, pei­naient à croire à un tel men­songe. « On est tous sur­pris, com­mente Na­dia Dem­na­ti, re­pré­sen­tante des pa­rents d’élèves. C’est un en­sei­gnant tel­le­ment gen­til, tou­jours dis­po­nible pour les en­fants, les en­sei­gnants. Il ar­rive le pre­mier à l’école, il part le der­nier. Pour­quoi il a fait ça ? J’ai du mal à croire qu’il ait men­ti. »

Le maire (PC), Pas­cal Beau­det, s’avouait lui aus­si « aba­sour­di » : « Cet ins­ti­tu­teur en­seigne à l’école Per­rin de­puis plus de vingt ans. Il est très connu des pa­rents d’élèves. On n’avait au­cune rai­son de ne pas le croire. Moi-même, je n’avais au­cun doute concer­nant ses dé­cla­ra­tions. » Hier, l’école Per­rin est res­tée fer­mée toute la jour­née. Les cours re­pren­dront ce ma­tin : les élèves de cet ins­ti­tu­teur se­ront ac­cueillis par un rem­pla­çant et un sou­tien psy­cho­lo­gique se­ra mis en place pour l’équipe pé­da­go­gique et les élèves.

« Il ar­rive le pre­mier à l’école, il part le der­nier. Pour­quoi il a fait ça ? J’ai du mal à croire qu’il

ait men­ti. » Na­dia Dem­na­ti, re­pré­sen­tante

des pa­rents d’élèves

(LP/Jean-Ni­cho­las Guillo)

Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis), hier. C’est un ins­ti­tu­teur de l’école Jean-Per­rin qui a af­fir­mé avoir été poi­gnar­dé vers 7 h 10, alors qu’il pré­pa­rait sa classe.

Au­ber­vil­liers, hier. La po­lice scien­ti­fique avait no­tam­ment été mo­bi­li­sée sur place.

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