Des billets SNCF ven­dus à cré­dit

Ré­ser­vé aux usa­gers dé­pen­sant entre 150 € et 860 € en une seule fois, ce moyen de paie­ment a sé­duit, en un an, près de 7 % des pas­sa­gers éli­gibles.

Le Parisien (Paris) - - FRONT PAGE - VINCENT VÉRIER

PER­SONNE ne le sait. Mais le billet de train ache­té à cré­dit fête ses 1 an. Cette pe­tite ré­vo­lu­tion com­mer­ciale, pas­sée in­aper­çue chez les syn­di­cats et les as­so­cia­tions d’usa­gers, a pour­tant sé­duit les clients de la SNCF. De­puis fin 2014, la com­pa­gnie pro­pose de payer ses billets de train en trois fois, moyen­nant des frais de 1,45 % (voir in­fo­gra­phie). Bref, un vé­ri­table cré­dit à la consom­ma­tion comme il en existe pour ache­ter sa voi­ture, un té­lé­vi­seur ou sa cui­sine. « Dans le monde du trans­port, c’est une pre­mière, as­sure Fa­brice To­le­da­no, di­rec­teur mar­ke­ting d’iDTGV. C’est une vé­ri­table in­no­va­tion. »

Cette fa­ci­li­té de paie­ment concerne uni­que­ment les billets com­mer­cia­li­sés par iDTGV, fi­liale de la SNCF ven­dant des billets ex­clu­si­ve­ment par In­ter­net et pour des des­ti­na­tions tou­ris­tiques de bord de mer ou de mon­tagne comme La Ro­chelle et Cham­bé­ry. « Mais la vente de billets à cré­dit in­té­resse aus­si les autres trains de la SNCF, re­con­naît Fa­brice To­le­da­no. Notre fi­liale est une boîte à idées. Nous ex­pé­ri­men­tons des in­no­va­tions qui po­ten­tiel­le­ment peuvent être re­prises pour l’en­semble du groupe. »

236 € dé­pen­sés en moyenne

Cette fa­ci­li­té de paie­ment s’adresse aux clients qui achètent entre 150 € et 860 € de billets en une seule fois au moins cinq jours avant le dé­part. « En un an, 7 % des clients éli­gibles ont ache­té leurs billets à cré­dit, dé- taille Fa­brice To­le­da­no. C’est deux points de plus que nos pré­vi­sions. Sur­tout, sans ce cré­dit, 27 % de ces clients n’au­raient pas pris le train. » Ré­sul­tat, si ma­jo­ri­tai­re­ment les billets iDTGV sont ache­tés par les ca­té­go­ries so­cio­pro­fes­sion­nelles les plus favorisées (CSP +), le billet à cré­dit a eu ten­dance à dé­mo­cra­ti­ser le TGV. « Cette op­tion nous per­met de tou­cher une nou­velle clien­tèle, pour­suit le res­pon­sable mar­ke­ting. D’au­tant qu’elle est fa­cile d’uti­li­sa­tion. La ré­ponse à la de­mande de cré­dit est im­mé­diate. Et dans 83 % des cas, elle est po­si­tive. » En moyenne, cette fa­ci­li­té de paie­ment concerne un pa­nier de 236 €de bil- lets. Et, par­mi les des­ti­na­tions les plus cou­rues, on trouve Nice, Mar­seille mais aus­si Per­pi­gnan. Du cô­té des syn­di­cats, on reste d’au­tant plus per­plexe sur ce cré­dit, qu’on igno­rait son exis­tence. « Des billets de trains à cré­dit, et pour­quoi pas sa ba­guette de pain ou son dî­ner au res­tau­rant, s’in­ter­roge ce dé­lé­gué syn­di­cal. Si le train de­vient si cher que la SNCF est obli­gée de pro­po­ser un cré­dit, c’est in­quié­tant. »

Même éton­ne­ment à la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des as­so­cia­tions d’usa­gers des trans­ports (FNAUT). « C’est une nou­velle preuve que la SNCF est de plus en plus une ac­ti­vi­té com­mer­ciale plu­tôt qu’un ser­vice pu­blic, constate Jean Le­noir, son vice-pré­sident. Le droit au trans­port est de plus en plus cher. Le cré­dit peut ai­der cer­tains usa­gers, mais c’est une dé­rive in­quié­tante. Un paie­ment en plu­sieurs fois, sans frais, au­rait été un meilleur si­gnal. »

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