Ils jugent notre classe po­li­tique n

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - C.D.S. Pro­pos recueillis par HEN­RI VER­NET

An­glais, Ita­lien ou Es­pa­gnol, trois ob­ser­va­teurs avi­sés for­mulent le même constat : la classe po­li­tique fran­çaise est trop pous­sié­reuse. In­tel­li­gente certes, pro­fes­sion­nelle as­su­ré­ment, mais trop fi­gée, sclé­ro­sée, peu en­cline au chan­ge­ment, même à l’heure de la crise… Bref, elle sent un peu le ren­fer­mé ! Que lui re­prochent-ils exac­te­ment ? D’être écra­sée par le poids des traditions propres à chaque camp, se­lon le jour­na­liste ita­lien Ezio Mau­ro. De voir ses té­nors s’ac­cro­cher au pou­voir en em­pê­chant l’éclo­sion de jeunes ta­lents, ren­ché­rit sa consoeur an­glaise So­phie Ped­der. D’être un monde éli­tiste et « no­ta­bi­li­sé », note le po­li­to­logue es­pa­gnol Pa­blo Si­mon. Sans al­ler for­cé­ment jus­qu’à pro­fes­ser un sé­rieux coup de ba­lai, ce trio eu­ro­péen sug­gère d’ou­vrir grand les fe­nêtres, et de lais­ser pas­ser l’air du re­nou­vel­le­ment. En s’ins­pi­rant, pour­quoi pas, de ce qui se fait chez eux. LE JOUR­NA­LISTE Ezio Mau­ro di­rige l’in­fluent quo­ti­dien « la Re­pub­bli­ca », de sen­si­bi­li­té centre gauche. Pour­quoi la classe po­li­tique ne change ja­mais ? EZIO MAU­RO. Le plus im­por­tant, c’est de chan­ger le pays, pas les per­sonnes. Mais pour chan­ger le pays il faut sou­vent chan­ger les per­sonnes. Et ra­jeu­nir la classe di­ri­geante. Y êtes-vous ar­ri­vés en Ita­lie ? Et si oui, com­ment ? Chez nous, deux Ré­pu­bliques sont mortes : le chan­ge­ment est né sur leurs cendres. La pre­mière, née en 1945, s’est ache­vée dans le sui­cide des grands par­tis lors du scan­dale Tan­gen­to­po­li, l’opé­ra­tion Mains propres. Elle a em­por­té, au dé­but des an­nées 1990, la Dé­mo­cra­tie chré­tienne, le Par­ti so­cia­liste, le Par­ti li­bé­ral, les so­ciaux-dé­mo­crates, tous ceux qui avaient gou­ver­né pen­dant cin­quante ans. Dis­pa­ru, aus­si, le PC, qui avait sur­vé­cu à Tan­gen­to­po­li, mais est mort de ne pas avoir su rompre avec le com­mu­nisme. Qui en a pro­fi­té ? Ber­lus­co­ni, qui a eu l’ha­bi­le­té de se pré­sen­ter comme un homme nou­veau, alors qu’il était le fils lé­gi­time du sys­tème pré­cé­dent. Il était très lié à ses di­ri­geants, qui avaient ou­vert la voie au ber­lus­co­nisme en fa­vo­ri­sant ses chaînes pri­vées et ses jour­naux. L’ère Ber­lus­co­ni a du­ré vingt ans. La fin du ber­lus­co­nisme a bé­né­fi­cié à Mat­teo Ren­zi, qui a su ap­pa­raître avec une double cas­quette. Celle d’un chef de centre gauche et celle d’un di­ri­geant par­fois adepte d’un lan­gage et de mé­thodes po­pu­listes, ca­pable de par­ler à l’élec­to­rat qui veut le chan­ge­ment. Il s’est en­tou­ré de per­son­na­li­tés nou­velles. Ren­zi change-t-il les choses ? Il an­nonce beau­coup de ré­formes, a dé­jà agi sur l’emploi, sur l’école, sur les ins­ti­tu­tions en s’at­ta­quant au bi­ca­mé­risme qui donne au­tant de pou­voir au Sé­nat qu’à la Chambre des dé­pu­tés. Mais le che­min des ré­formes est en­core long. En France, y a-t-il trop d’im­mo­bi­lisme ? Vos par­tis po­li­tiques portent sur leurs épaules des dé­cen­nies de traditions — gaul­liste, so­cia­liste, com­mu­niste… Ce­la pèse sur la sélection des di­ri­geants. Mais il y a quand même des jeunes, comme Valls. Et, à droite, rien ne dit que Sar­ko­zy se­ra le pro­chain can­di­dat à la pré­si­den­tielle. Mais en Grande-Bre­tagne, quand un lea­deur perd, il s’en va… Oui, comme le tra­vailliste Mi­li­band. Ce se­rait la règle la meilleure. Le temps n’est plus aux lea­der­ships très longs. Même la France de­vra re­nou­ve­ler sa classe di­ri­geante. C’est la loi de la com­mu­ni­ca­tion : à une époque où tout ar­rive sur la place pu­blique, où plus rien ne reste pri­vé, les lea­deurs se consument très vite.

@Hen­riVERNET

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