« Ce sont tou­jours les mêmes vi­sages, les mêmes pro­grammes »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par CHARLES DE SAINT SAUVEUR

SO­PHIE PED­DER, au­teur du « Dé­ni fran­çais » (Ed. JC Lat­tès), est cor­res­pon­dante à Pa­ris du ma­ga­zine bri­tan­nique « The Eco­no­mist ». Qu’y a-t-il de dif­fé­rent entre la vie po­li­tique fran­çaise et bri­tan­nique ? SO­PHIE PED­DER. C’est es­sen­tiel­le­ment cultu­rel. Quand un homme po­li­tique ou un chef de par­ti au Royaume-Uni est bat­tu ou s’il échoue, il dé­mis­sionne. Il n’y a pas de règles, rien d’écrit — nous n’avons même pas de Consti­tu­tion — mais c’est une tra­di­tion. Moyen­nant quoi notre classe po­li­tique est ré­gu­liè­re­ment re­nou­ve­lée, et laisse émer­ger de nou­velles têtes. En mai, Ed Milli­band, le chef des tra­vaillistes, a ren­du les clés du La­bour après sa dé­faite aux lé­gis­la­tives. A seule­ment 45 ans ! Son suc­ces­seur, Je­re­my Cor­byn, l’ac­tuel chef du La­bour, est pour­tant un vieux de la vieille… Il y a des ex­cep­tions, mais elles sont rares. Sou­ve­nez-vous des ex-Pre­miers mi­nistres comme John Ma­jor et Gor­don Brown, qui ont dis­pa­ru après leur dé­faite. Ou de Da­vid, le frère aî­né d’Ed Mi­li­band, qui avait per­du contre lui en 2010 pour di­ri­ger le La­bour : il tra­vaille dans le monde as­so­cia­tif à New York ! Le re­vers de la mé­daille, est-ce un cer­tain manque d’ex­pé­rience ? Peut-être, mais ce sys­tème me semble quand même plus sain parce qu’il y a moins de pro­fes­sion­nels de la po­li­tique et des pro­fils plus va­riés. Perdre de­vient moins grave : on passe à autre chose, et on laisse la place sans trop s’ac­cro­cher. La vie po­li­tique vous pa­raît si fi­gée chez nous ? Elle est frap­pée d’une sorte de pa­ra­ly­sie, d’une dif­fi­cul­té à évo­luer avec les chan­ge­ments du monde. Une chose me frappe : les trois prin­ci­paux can­di­dats à la pré­si­den­tielle de 2017 se­ront les mêmes qu’en 2012 ! On re­trou­ve­ra peut-être aus­si Bay­rou et Mé­len­chon. Si ce sont tou­jours les mêmes vi­sages, les mêmes pro­gram- mes, l’offre po­li­tique est li­mi­tée. Ce­la ex­plique en par­tie la dés­illu­sion des Fran­çais en­vers leurs élus. Com­ment ex­pli­quez-vous cette pa­ra­ly­sie po­li­tique fran­çaise ? Il y a l’idée chez vous qu’il faut avoir échoué, être cou­vert de ci­ca­trices, pour pou­voir di­ri­ger. Alain Jup­pé qui brigue la tête de l’Etat à plus de 70 ans, c’est dif­fi­ci­le­ment conce­vable chez nous. Comme le re­tour de Ni­co­las Sar­ko­zy après son échec. Ma­nuel Valls est consi­dé­ré comme un jeune… et il a 53 ans ! Que faut-il chan­ger alors ? Li­mi­ter l’âge des élus ? Ré­gler ce type de pro­blème avec des lois, c’est ab­surde. Il faut plus pro­cé­der par l’exemple, comme Bru­no Le Maire qui a dé­mis­sion­né de la fonc­tion pu­blique. Ou mettre en pra­tique le non-cu­mul des man­dats (il s’ap­pli­que­ra en France en 2017). Les Bri­tan­niques se sont éton­nés que Claude Bar­to­lone puisse res­ter pré­sident de l’As­sem­blée en fai­sant cam­pagne.

@cde­saint­sau­veur

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