En Corse, les na­tio­na­listes montrent patte blanche

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - CA­RO­LINE BRAUD

UNE VIC­TOIRE his­to­rique : avec 35,5 % des voix, les na­tio­na­listes em­portent haut la main l’As­sem­blée de Corse, dont ils prennent pour la pre­mière fois le contrôle. La liste conduite par le maire de Bas­tia Gilles Si­meo­ni récolte 24 sièges sur 51*, ba­layant le pré­sident sor­tant di­vers gauche Paul Gia­cob­bi de 10 000 voix d’avance.

Pour cette vic­toire, l’au­to­no­miste Si­meo­ni, qui fut l’avo­cat d’Yvan Co­lo­na ac­cu­sé de l’as­sas­si­nat du pré­fet Eri­gnac, s’est al­lié à Jean-Guy Ta­la­mo­ni. Cette fi­gure des in­dé­pen­dan­tistes est proche du FLNC, qui n’a dé­po­sé les armes qu’en juin 2014.

Chan­tier ti­ta­nesque

Ad­ver­saires hier, ils parlent au­jourd’hui d’une même voix… pour se dé­fendre de toute vo­lon­té d’in­dé­pen­dance ! « On ne par­le­ra pas d’in­dé­pen­dance pen­dant cette man­da­ture ni la pro­chaine », jure la nou­velle ma­jo­ri­té. Son com­bat dé­sor­mais, as­sure-t-elle : re­ven­di­quer la place de la langue corse à éga­li­té avec le fran­çais, le sta­tut de ré­sident, l’am­nis­tie des pri­son­niers po­li­tiques, ain­si que les dé­si­gnent les mou­ve­ments corses.

En at­ten­dant, le chan­tier au­quel Si­meo­ni veut s’at­te­ler est dé­jà ti­ta­nesque. Le maire de Bas­tia a me­né sa cam­pagne sur « le coup de pied dans la four­mi­lière ». Fi­ni « l’as­sis­ta­nat et le clien­té­lisme », clame-t-il. Lui veut construire une éco­no­mie pro­duc­tive axée sur les res­sources na­tu­relles de l’île, sor­tir du tou­risme de masse et du BTP dé­pen­dant des com­mandes pu­bliques, ré­or­ga­ni­ser en­tiè­re­ment les trans­ports, ma­ri­times et aé­riens com­pris, etc. Un chan­tier qui né­ces­site des in­ves­tis­se­ments lourds. Mais Si­meo­ni a son idée : faire ap­pel à l’épargne des Corses, qui s’élè­ve­rait, confie un de ses col­la­bo­ra­teurs, entre 800 M€ et 1 Md€ !

Par ailleurs, dans deux ans, en jan­vier 2018, la Corse est cen­sée de­ve­nir une col­lec­ti­vi­té unique : les dé­par­te­ments de Haute-Corse et de Cor­se­du-Sud doivent dis­pa­raître pour se fondre dans la ré­gion. Certes, la tâche est lourde car la loi ne fixe qua­si­ment au­cun cadre pour mettre en oeuvre cette ré­forme. A charge des na­tio­na­listes nou­vel­le­ment élus de s’y at­te­ler. Ils le fe­ront sans doute avec gour­man­dise… * Com­po­si­tion de l’As­sem­blée de Corse : 24 na­tio­na­listes, 12 di­vers gauche, 11 droite, 4 FN.

Bas­tia (Haute-Corse), hier. Gilles Si­meo­ni pro­met de ne pas par­ler d’in­dé­pen­dance pen­dant sa man­da­ture.

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