La gé­né­tique pour évi­ter la chi­mio

Des mé­de­cins, en congrès au­jourd’hui, pré­co­nisent les tests gé­no­miques, qui per­mettent à cer­taines femmes d’échap­per à la chi­mio­thé­ra­pie.

Le Parisien (Paris) - - FRONT PAGE - CLAU­DINE PROUST

ET SI L’ON ÉVI­TAIT à cer­taines femmes des chi­mio­thé­ra­pies… in­utiles ? Alors que s’ouvrent ce ma­tin et pour deux jours à Pa­ris les ren­contres — an­nuelles — de la can­cé­ro­lo­gie fran­çaise, dé­diées cette an­née aux par­cours de soins et de vie en can­cé­ro­lo­gie, la ques­tion peut pa­raître une pro­vo­ca­tion scan­da­leuse. Elle se ré­vèle bien réelle pour­tant, et cer­tains spé­cia­listes, par­mi ceux qui soignent les quelque 53 000 femmes diag­nos­ti­quées por­teuses d’un can­cer du sein chaque an­née, n’hé­sitent pas à la po­ser fran­che­ment, quitte à bous­cu­ler le pro­to­cole de thé­ra­pie qui a cours en France. Le moyen d’évi­ter ces trai­te­ments par­fois in­utiles, et qui donnent des ef­fets se­con­daires, ce sont les tests gé­no­miques, dé­jà cou­ram­ment pres­crits en Al­le­magne, au Royaume-Uni, et même rem­bour­sés… en Grèce.

Une al­ter­na­tive outre-At­lan­tique

Il faut sa­voir que 80 % des pa­tientes diag­nos­ti­quées chaque an­née pré­sentent un can­cer dit « in­fil­trant » : la moi­tié se voit au­jourd’hui trai­tée, en plus d’une opé­ra­tion et éven­tuel­le­ment de ra­dio­thé­ra­pie, par un lourd cock­tail de mé­di­ca­ments, des­ti­né à leur évi­ter une ex­ten­sion du mal et une re­chute. Pour une par­tie de celles-là pour­tant, (dont la tu­meur porte un ré­cep­teur hor­mo­nal HER2) les avan­cées de la re­cherche dé­montrent qu’elles n’au­raient pas re­chu­té sans cette chi­mio­thé­ra­pie non plus.

Des tests gé­no­miques sont ap­pa­rus il y a une quin­zaine d’an­nées afin de dé­ter­mi­ner pour chaque pa­tiente, si elle risque de dé­ve­lop­per des mé­ta­stases. « Au­quel cas la chi­mio­thé­ra­pie s’im­pose » ex­plique le doc­teur Su­zette Delaloge, on­co­logue à Gus­tave-Rous­sy et co­or­di­na­trice na­tio­nale de Mon ré­seau can­cer du sein. Quinze ans et deux gé­né­ra­tions de ces tests plus tard, il en existe au­jourd’hui plu­sieurs sur le mar­ché, dé­ve­lop­pé par des so­cié­tés étran­gères, qui pistent non seule­ment les bio­mar­queurs pro­nos­tics mais cherchent à pré­dire la ré­ponse de la pa­tiente à tel ou tel type de trai­te­ment.

De l’autre cô­té de l’At­lan­tique, On­co­type DX, que Ge­no­mic Health pro­pose moyen­nant 3 000 € en­vi­ron à qui veut dans le monde mais cen­tra­lise les ana­lyses au sein de sa plate-forme de gé­né­tique mo­lé­cu­laire en Ca­li­for­nie, est dé­jà consi­dé­ré de­puis plus de sept ans par les au­to­ri­tés sa­ni­taires amé­ri­caines comme of­frant des résultats d’un très haut ni­veau de fia­bi­li­té. « Il y a eu as­sez d’études cli­niques, confir­mées sur des sé­ries in­dé­pen­dantes pour l’éta­blir », confirme Su­zette Delaloge. « 6 000 à 8 000 chi­mio­thé­ra­pies, soit 20 à 30 % d’entre elles, pour­raient être évi­tées chaque an­née grâce à ce type de tests », tient à pré­ci­ser de son cô­té le doc­teur Da­niel Zar­ca, chi­rur­gien on­co­logue à l’ins­ti­tut fran­çais du sein, un ré­seau de mé­de­cins qui tra­vaille avec une cli­nique pri­vée pa­ri­sienne. Mais, pour l’ins­tant, la ligne de conduite des au­to­ri­tés sa­ni­taires fran­çaises ne va­rie ab­so­lu­ment pas : ni re­com­man­dés ni rem­bour­sés.

(LP/Phi­lippe de Poulpiquet.)

Sou­vent pé­nible à sup­por­ter, la chi­mio­thé­ra­pie reste à l’heure ac­tuelle la pra­tique la plus cou­rante en France pour le trai­te­ment du can­cer du sein. D’autres al­ter­na­tives existent, mais elles tardent à s’im­po­ser.

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