NKM : « La France n’a pas be­soin de ré­ac­tion­naires »

EN­TRE­TIEN. Tout juste vi­rée de la vice-pré­si­dence du par­ti les Ré­pu­bli­cains, Na­tha­lie Kos­cius­ko-Mo­ri­zet dé­nonce une am­biance de pe­lo­ton d’exé­cu­tion. Et en dit plus sur sa can­di­da­ture à la pri­maire à droite.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - Pro­pos recueillis par OLI­VIER BEAUMONT ET VA­LÉ­RIE HACOT @oli­vier­beau­mont @vha­cot1

ÉVIN­CÉE hier de son poste de nu­mé­ro 2 des Ré­pu­bli­cains, au pro­fit de son en­ne­mi Laurent Wau­quiez, NKM règle ses comptes. Vous par­lez d’« épu­ra­tion », de « mé­thodes sta­li­niennes » à pro­pos de votre évic­tion. Ce n’est pas un peu fort ? NA­THA­LIE K OS CI US KO-M O RIZ ET. Ce qui est pa­ra­doxal, c’est qu’au mo­ment où on an­nonce la vo­lon­té d’ou­vrir un dé­bat au sein du par­ti, on choi­sit d’écar­ter ceux qui ont des désac­cords. Un par­ti po­li­tique vit mieux dans la di­ver­si­té. Et j’as­sume : on ne se ren­force pas en épu­rant une di­rec­tion de ceux qui cri­tiquent, ça s’ap­pa­rente à d’autres temps et d’autres la­ti­tudes. Mais cette rup­ture avec Sar­ko­zy était iné­luc­table… J’ai eu le sen­ti­ment, lun­di ma­tin au bu­reau po­li­tique, que cer­tains se croyaient dans un pe­lo­ton d’exé­cu­tion et vou­laient du sang. Mais au vu des mes­sages que j’ai re­çus, je sais que beau­coup n’ont ap­pré­cié ni la méthode ni le ton. La di­ver­gence de fond n’est pas nou­velle. Mon op­po­si­tion au ni-ni, je l’ai ex­pli­quée dans un livre dès 2011. J’avais fait de ma li­ber­té de pa­role une des condi­tions quand j’ai ac­cep­té les res­pon­sa­bi­li­tés de vice-pré­si­dente il y a un an. Il semble qu’au­jourd’hui on ne soit plus dans la même lo­gique… Vous dites que la pa­role est mu­se­lée ? Nous étions deux, Jean-Pierre Raf­fa­rin et moi, à dé­fendre une ligne dif­fé­rente pour l’entre-deux-tours. La dé­ci­sion prise, je me suis tue pour ne pas gê­ner nos can­di­dats. Deux voix di­ver­gentes, est-ce vrai­ment un dra- me ? Au­jourd’hui, le dé­bat in­terne est fer­mé. C’est la gla­cia­tion. J’ai le sen­ti­ment qu’il n’y a plus de dia­logue. Si la contes­ta­tion n’est plus sup­por­tée, le dé­bat se fe­ra en de­hors du par­ti. La no­mi­na­tion de Laurent Wau­quiez, qui in­carne la ligne très à droite, est-elle une pro­vo­ca­tion ? Ce n’est pas un su­jet de per­sonne, mais de ligne. On ne gagne pas une élec­tion sur la nos­tal­gie de la France d’hier ou même sur la France de tou­jours. Il faut par­ler aus­si de la France de de­main. La France n’a pas be­soin de ré­ac­tion­naires, mais de vi­sion­naires. Ni­co­las Sar­ko­zy a com­pris le mes­sage des ré­gio­nales ? Nous ga­gnons, certes, sept ré­gions. Mais ce ré­sul­tat ne doit pas faire ou­blier le pre­mier tour : la droite et le centre qui font 27 % et le risque de ne pas être au se­cond tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle. Mais le ré­sul­tat du scru­tin ne montre-t-il pas que la France est à droite. Ce­la va­lide la ligne de Sar­ko­zy ? A force de se droi­ti­ser, les ré­pu­bli­cains fi­ni­ront par quit­ter les Ré­pu­bli­cains. Je ne suis pas en train de dire que les ques­tions iden­ti­taires n’existent pas. Mais on ne ré­sou­dra pas les pro­blèmes en s’ob­sé­dant sur des ques­tions comme les me­nus de sub­sti­tu­tion à la can­tine. La ques­tion, c’est plus l’au­to­ri­té que l’iden­ti­té. Nous man­quons cruel­le­ment d’au­to­ri­té. Par ailleurs je suis frap­pée du pa­ral­lé­lisme to­tal entre la courbe du vote FN et celle du chô­mage. Un jeune à la dé­rive, il a be­soin d’un bou­lot avant d’un dis­cours sur l’iden­ti­té ! La pri­maire, vous y al­lez ? C’est une hy­po­thèse à la­quelle je tra­vaille, et qui s’est ren­for­cée avec le ré­sul­tat des élec­tions ré­gio­nales. Main­te­nant, ce n’est pas qua­ran­te­huit heures d’agi­ta­tion qui ont sui­vi sur les ques­tions de di­rec­tion qui peuvent ac­cé­lé­rer cette dé­ci­sion. J’ai sur la pri­maire une ré­flexion de long terme, je n’irai pas contre quel­qu’un mais pour des idées. Mais le bon ti­ming pour par­tir en cam­pagne, c’est quand ? Rien n’est fait. Mais en gé­né­ral le bon ti­ming, c’est le prin­temps. Je crois beau­coup aux sai­sons, y com­pris en po­li­tique…

« A force de se droi­ti­ser, les ré­pu­bli­cains fi­ni­ront

par quit­ter les Ré­pu­bli­cains »

(LP/Phi­lippe de Poulpiquet.)

Pa­ris, hier. «J’ai sur la pri­maire une ré­flexion de long terme, je n’irai pas contre quel­qu’un mais pour des idées», as­sure Na­tha­lie

Kos­cius­ko-Mo­ri­zet.

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