Xa­vier Ber­trand, la re­vanche de « Floc floc »

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - Ni­co­las Sar­ko­zy NA­THA­LIE SCHUCK

PER­SONNE ne l’a vu ve­nir, lui que ses ri­vaux pre­naient pour un « plouc de pro­vince ». En une soi­rée élec­to­rale, le « beauf » a rin­gar­di­sé la classe po­li­tique. Le rem­part contre Ma­rine Le Pen ? C’est lui, Xa­vier Ber­trand. Même à gauche, on sa­lue le « souffle » de son dis­cours, lui qui a re­non­cé à tous ses man­dats, dé­pu­té, maire, et même à la pri­maire, pour se consa­crer à 100 % à la ré­gion Nord.

Trois ans d’as­cèse, à fuir les mé­dias, à perdre du poids (vite re­pris) et mus­cler ses idées pour en ar­ri­ver là, à pile 50 ans. Trois ans à su­bir les mo­que­ries de son camp, scot­ché dans les son­dages pour 2017 à un mi­nus­cule 2 %. Le voi­là ven­gé, au terme de sa cam­pagne « la plus dure ». Et mé­ta­mor­pho­sé. « Il est sin­cère, trans­for­mé », souffle un lea­deur des Ré­pu­bli­cains, qui ne l’a pas tou­jours ai­mé.

Qui est Xa­vier Ber­trand ? L’an­cien mi­nistre de la San­té, puis du Tra­vail, ne sur­joue pas le cô­té peuple. « C’est un vrai po­pu ! Il mange des frites avec les doigts, écoute les En­foi­rés », ri­gole son ami Gé­rald Dar­ma­nin. Ber­trand ajoute à la liste « In­ter­villes » et Miss France. Bien avant De­la­noë, il avait of­fert du rêve à sa ville en lan­çant Saint-Quen­tin-Plage. Et n’avait pas hé­si­té à se dé­gui­ser en conseiller de Fran­çois Ier pour une fête lo­cale, sous les raille­ries pa­ri­siennes.

Fils d’em­ployés de banque, cet agent d’as­su­rances n’a pas fait l’ENA. Il est de la gé­né­ra­tion ter­rain. Quand il dé­barque à l’As­sem­blée en 2002, des dé­pu­tés lui trouvent vite un sur­nom : « Floc floc », comme le son sup­po­sé des se­melles de ses Me­phis­to sur le marbre de la salle des pas per­dus… Gaul­liste so­cial, il se ver­rait bien suc­ces­seur de Phi­lippe Séguin, avec un pen­chant sé­cu­ri­taire. Mais la ligne du sul­fu­reux Pa­trick Buis­son, très peu pour lui ! Son bi­lan de mi­nistre ? La loi sur l’in­ter­dic­tion de fu­mer dans les lieux pu­blics, la ré­forme des ré­gimes spé- ciaux et le ser­vice mi­ni­mum dans les trans­ports. Gros bos­seur, il dort quatre heures par nuit. Ses col­la­bo­ra­teurs se sou­viennent de ses co­lères…

Ne pas le prendre, donc, pour un naïf. Der­rière son cô­té pa­te­lin se cache un re­dou­table tac­ti­cien. Avec un pa­quet d’en­ne­mis. Les sar­ko­zystes d’abord, qui l’ont re­bap­ti­sé « le gros ». Ses ex-col­lègues mi­nistres aus­si, aga­cés par son cô­té fayot. Car Ber­trand était dans les pe­tits pa­piers du Ni­co­las Sar­ko­zy pré­sident, au point d’avoir été pres­sen­ti pour suc­cé­der à Fran­çois Fillon. On doit d’ailleurs à l’an­cien Pre­mier mi­nistre cette belle va­che­rie, lorsque Ber­trand avait ré­vé­lé son ap­par­te­nance à la franc-ma­çon­ne­rie : « Ma­çon, je sa­vais. Mais franc, ça m’en bouche un coin ! » Jean-Fran­çois Co­pé aus­si le dé­teste et avait aler­té Sar­ko­zy lors­qu’il avait nom­mé Ber­trand à l’UMP : « Si tu lui files les clés, garde un dou- ble ! » Il faut dire que le nou­veau pa­tron du Nord est un homme de fi­dé­li­tés suc­ces­sives. Chi­ra­quien, jup­péiste, puis sar­ko­zyste. Avant de s’af­fran­chir bru­ta­le­ment de l’an­cien pré­sident un jour de sep­tembre 2012, lors­qu’il pro­clame sa can­di­da­ture pour 2017. Ou­tré, Sar­ko­zy ful­mine alors contre ce « mé­diocre » qui lui « doit tout ». Et me­nace : « Lui, ce se­ra pieds nus avec des plaies ou­vertes dans les mines de sel ! »

La se­maine pas­sée, Xa­vier Ber­trand avait en­core si­gni­fié son in­dé­pen­dance au chef des Ré­pu­bli­cains, d’un bruyant : « Mais faites-les taire ! » Sa vic­toire, pense-t-il, il ne la doit qu’à lui seul. Quel ave­nir pour ce­lui qui rê­vait tout haut il y a peu d’Ely­sée ? Il jure y avoir re­non­cé. Par­tie re­mise pour 2022, donc ? Alain Jup­pé, lui, suit son par­cours de près. Il y a quelques se­maines, un de ses fi­dèles confiait : « Ber­trand Pre­mier mi­nistre ? Pour­quoi pas… »

« Lui, ce se­ra pieds nus avec des plaies ou­vertes dans les mines de sel ! »

@Na­tha­lieS­chuck

Saint-Quen­tin (Aisne), di­manche. L’an­cien mi­nistre de la San­té et du Tra­vail est dé­crit comme un «vrai po­pu» et un gros bos­seur.

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