Pri­vés de sor­tie sco­laire

Mal­gré la le­vée des in­ter­dic­tions, des éta­blis­se­ments ban­nissent en­core vi­sites ou voyages, par crainte pour la sécurité des jeunes. Des profs sont mé­con­tents.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - Lio­nel Pau­vert, en­sei­gnant de fran­çais CH­RIS­TEL BRIGAUDEAU

MU­SÉE, CI­NÉ, CONCERT… Sur le pa­pier, les sor­ties sco­laires sont à nou­veau au­to­ri­sées par­tout en France, comme l’a of­fi­cia­li­sé le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion na­tio­nale le 3 dé­cembre. Pour­tant, plus d’un mois après les at­ten­tats, le re­tour à la nor­male se fait en­core at­tendre dans cer­taines écoles et éta­blis­se­ments, qui re­chignent à lais­ser sor­tir leurs élèves par crainte pour leur sécurité.

Dans son col­lège du XIXe ar­ron­dis­se­ment pa­ri­sien, Lio­nel Pau­vert, en­sei­gnant de fran­çais, a dû re­non­cer à « quatre vi­sites » ces der­niers jours. « Ma hié­rar­chie es­ti­mait qu’il sub­sis­tait un doute sur la pos­si­bi­li­té de prendre le mé­tro avec les élèves, ra­conte-t-il. J’ai no­tam­ment dû an­nu­ler la vi­site de l’ex­po­si­tion sur Moïse, au mu­sée des Arts et du Ju­daïsme, un su­jet par­ti­cu­liè­re­ment sym­bo­lique. » Et d’ajou­ter : « Ces an­nu­la­tions sont un si­gnal très né­ga­tif pour les élèves. Je n’ai pas en­vie qu’il leur ar­rive quelque chose, évi­dem­ment, mais si les adultes se mettent à avoir la trouille, c’est fi­ni ! Il faut conti­nuer de vivre et ce­la me pa­raît plus im­por­tant que ja­mais de s’im­pli­quer dans des pro­jets cultu­rels. »

Mal­gré le mé­con­ten­te­ment des pro­fes­seurs qui or­ga­nisent ces sor­ties, et la gri­mace des élèves qui vivent la pri­va­tion de sor­ties comme une in­jus­tice, le der­nier mot re­vient, tou­jours, au chef d’éta­blis­se­ment. C’est lui qui, se­lon les textes of­fi­ciels, a tous les pou­voirs d’au­to­ri­ser ou in­ter­dire ce qui sort de l’or­di­naire de la salle de classe. Se­lon la sen­si­bi­li­té de cha­cun, les sor­ties re­prennent… ou res­tent au point mort. Dans cer­tains ly­cées, on a trou­vé une pa­rade pour main­te­nir quelques pro­jets cultu­rels : il est de­man­dé aux pa­rents de si­gner une « dé­charge » exo­né­rant l’éta­blis­se­ment de toute res­pon­sa­bi­li­té en cas d’in­ci­dent, au cours d’une sor­tie pré­vue en de­hors du temps sco­laire, par exemple le soir. Au mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, on se dé­fend de faire ré­gner l’ar­bi­traire. « Les chefs d’éta­blis­se­ment sont res­pon­sables de la sécurité, c’est tout à fait nor­mal qu’ils puissent an­nu­ler une sor­tie s’ils es- ti­ment qu’il y a du dan­ger », es­ti­met-on, Rue de Gre­nelle.

Ni le mi­nis­tère ni le rec­to­rat de Pa­ris ne com­mu­niquent de chiffres sur le nombre de sor­ties et de voyages an­nu­lés de­puis les at­ten­tats. Au Sa­lon du livre et de la presse jeunesse de Mon­treuil (Seine-Saint-De­nis), par exemple, qui s’est te­nu juste après la le­vée des in­ter­dic­tions de sor­tie édic­tées par le mi­nis­tère, seule­ment 7 000 éco­liers sont ve­nus vi­si­ter les stands des au­teurs et des­si­na­teurs, alors que 30 000 étaient at­ten­dus au dé­part. Au Théâtre de Chaillot, à Pa­ris, on a re­le­vé des dé­fec­tions « en­core nom­breuses dé­but dé­cembre, mais les classes com­mencent à re­ve­nir, as­sure Be­noît An­dré, le se­cré­taire gé­né­ral de la salle. On es­père un re­tour à la nor­male après les va­cances de Noël. »

« Ces an­nu­la­tions sont un si­gnal très né­ga­tif pour les élèves… Si les adultes

se mettent à avoir la trouille, c’est fi­ni ! »

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