Cannes-Torcy, ter­mi­nus la cour d’as­sises

Cette cel­lule, dé­man­te­lée en 2012, avait été qua­li­fiée de groupe le plus dan­ge­reux de­puis 1995. Vingt de ses membres com­pa­raî­tront de­vant une ju­ri­dic­tion spé­ciale.

Le Parisien (Paris) - - TERRORISME - TI­MO­THÉE BOU­TRY

« Le groupe […] était com­po­sé de jeunes hommes âgés d’une ving­taine d’an­nées, pour cer­tains avec un pas­sé dé­lin­quant et pour la plu­part sans ac­ti­vi­té. Bien que d’ori­gines très di­verses — pour cer­tains, les pa­rents étaient ca­tho­liques, évan­gé­listes, boud­dhistes ou juifs —, ces jeunes gens pré­sen­taient pour la ma­jo­ri­té la par­ti­cu­la­ri­té de s’être conver­tis ré­cem­ment à l’is­lam et de s’être ra­pi­de­ment ra­di­ca­li­sés », ré­sume le juge d’ins­truc­tion. Les ex­perts psy­cho­logues ont sou­li­gné l’im­ma­tu­ri­té de la plu­part.

Même si la struc­ture est in­for­melle, son chef est Jé­ré­mie Louis-Sid­ney. Re­bap­ti­sé Anas après sa conver­sion, il est qua­li­fié de « lea­deur fa­na­tique et ul­tra-violent » par le juge d’ins­truc­tion. « Il es­ti­mait que nous étions dans une pé­riode de ji­had obli­ga­toire », di­ra l’un de ses fi­dèles, même si, se­lon l’imam de la mos­quée de Cannes qu’il fré­quen­tait, il était « do­té d’un gouffre d’igno­rance re­li­gieuse ». Ce père de quatre en­fants qui « pos­sé­dait une arme à feu et une gre­nade mi­li­taire dont il ne se sé­pa­rait ja­mais, pas même pour dor­mir » a été tué à 33 ans lors de son in­ter­pel­la­tion le 6 oc­tobre 2012 à Stras­bourg (BasR­hin), après avoir ti­ré à plu­sieurs re­prises sur les po­li­ciers.

L’un de ses an­ciens co­lo­ca­taires can­nois a ra­con­té qu’en août 2012, croyant être sur le point d’être ar­rê­té, il s’était re­tran­ché dans l’ap­par­te­ment, blo­quant la porte avec un fri­go : « Il avait son arme de poing sur lui et il était en pa­nique. […] Il m’a dit qu’il était en train d’écrire son tes­ta­ment au cas où la po­lice vien­drait. Anas m’a éga­le­ment dit qu’il était prêt à mou­rir en mar­tyr. »

Son plus fi­dèle lieu­te­nant s’ap­pelle Jé­ré­my Bailly, un conver­ti de 28 ans « sans scru­pules », dixit le ma­gis­trat ins­truc­teur. Le 19 sep­tembre 2012, deux hommes ca­gou­lés lancent une gre­nade dans une épi­ce­rie ca­sher de Sar­celles (Vald’Oise). Mi­ra­cu­leu­se­ment, l’at­taque ne fait que des bles­sés lé­gers. L’ADN de Jé­ré­mie Louis-Sid­ney — dont les proches ont évo­qué la « haine des juifs » — est iso­lé : c’est le point de dé­part de l’en­quête. Même s’il n’a ces­sé de le nier, Jé­ré­my Bailly est sus­pec­té d’être le se­cond as­saillant. Des soup­çons qui re­posent no­tam­ment sur le té­moi­gnage de leur chauf­feur. Se­lon lui, ses com­plices avaient ci­blé l’épi­ce­rie, car « ils avaient re­mar­qué que seuls des juifs ren­traient ». « Il sou­li­gnait qu’ils sem­blaient contents d’avoir réus­si leur coup », a-t-il confié. Dans son or­don­nance, le juge évoque « l’im­mi­nence d’un nou­veau pas­sage à l’acte » de la part du groupe. Pour preuve, la dé­cou­verte dans un « box conspi­ra­tif » de Torcy de tous les in­gré­dients né­ces­saire à la confec­tion d’une bombe dans une co­cotte-mi­nute. Ou ce texte, ex­hu­mé dans un or­di­na­teur re­trou­vé dans ce box : « Moi, per­son­nel­le­ment, j’op­te­rais pour les bou­teilles de gaz dans une voi­ture, c’est plus simple et c’est spec­ta­cu­laire. »

L’en­quête « n’a pas per­mis d’iden­ti­fier pré­ci­sé­ment les vic­times vi­sées », ad­met l’or­don­nance mais pré­cise « qu’un cer­tain nombre de cibles avaient été sé­lec­tion­nées » : pêle-mêle des sol­dats fran­çais, des membres de la com­mu­nau­té juive, des fast­foods et même des bu­ra­listes ven­dant « Char­lie Heb­do ». L’un des membres de la cel­lule de re­tour de seize mois en Syrie avait confec­tion­né des en­gins ex­plo­sifs. Se­lon un mys­té­rieux cor­res­pon­dant en Syrie, il avait été ren­voyé en France « en mis­sion ».

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