Mort dans l’in­dif­fé­rence de­vant la cli­nique

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - VA­LÉ­RIE MAHAUT

QUAND L’AB­SUR­DI­TÉ le dis­pute à l’in­dif­fé­rence. En tom­bant de sa bi­cy­clette à une cen­taine de pas de la cli­nique des Pins-Francs, à Bor­deaux (Gi­ronde), Quen­tin pou­vait es­pé­rer être sau­vé. Au moins pris en charge. Il n’en fut rien. Ce jeune homme, alors âgé de 23 ans, est mort des suites de sa chute, le 16 dé­cembre 2011, sans qu’au­cun des mé­de­cins de l’éta­blis­se­ment n’ait su qu’il était vic­time d’une crise car­diaque qua­si­ment sous leurs fe­nêtres.

Une « ab­sence de soins fau­tive » dont la seule res­pon­sable est l’in­fir­mière en chef de l’éta­blis­se­ment de soins, se­lon le juge d’ins­truc­tion char­gé du dos­sier, qui a ren­voyé cette femme de 56 ans de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Bor­deaux. Elle y com­pa­raît au­jourd’hui pour s’être « abs­te­nue vo­lon­tai­re­mentde por­ter as­sis­tance à Quen­tin, qui se trou­vait en pé­ril ».

De simples pas­sants se dé­cident à in­ter­ve­nir

Lors­qu’ils dé­couvrent le jeune homme gi­sant près de son vé­lo, le 15 dé­cembre 2011, pié­tons et au­to­mo­bi­listes s’ar­rêtent. Un couple se pré­ci­pite à la cli­nique voi­sine pour de­man­der de l’aide, pré­ci­sant que la vic­time ne ré­agit plus. Mais la di­rec­trice des soins fait sa­voir qu’elle se bor­ne­ra à pré­ve­nir les se­cours, ar­guant que le per­son­nel n’a pas à in­ter­ve­nir sur la voie pu­blique. Il re­vient aux pom­piers de s’en char­ger. Pen­dant ce temps, une in­fir­mière de pas­sage en­tame un massage car­diaque pour ten­ter de ra­me­ner Quen­tin à la vie. Un jeune cy­clo­mo­to­riste ap­porte une cou­ver­ture de sur­vie, un autre pas­sant stoppe une am­bu­lance. Tous s’af­fairent au­tour de lui… sauf les mé­de­cins et soi­gnants de la cli­nique.

Fi­na­le­ment éva­cué vers l’hô­pi­tal de la ville, le jeune homme suc­com­be­ra le len­de­main. Certes, si l’in­fir­mière en chef avait aler­té les car­dio­logues de la cli­nique, Quen­tin n’au­rait pas né­ces­sai­re­ment été sau­vé. « Mais le doute de­meure », gronde Me Jean-Ch­ris­tophe Cou­bris, avo­cat de la mère de Quen­tin. Au-de­là de son cha­grin et sans dé­sir de ven­geance, Ca­the­rine Cas­te­gne­ra s’élève contre « l’ab­sur­di­té d’un pseu­do-rè­gle­ment » qui em­pê­che­rait la cli­nique d’in­ter­ve­nir dans la rue. « Cha­cun s’abrite der­rière un pa­ravent pour ne prendre au­cune res­pon­sa­bi­li­téet ne pas agir », s’in­digne cette mère bri­sée au­tant que ré­vol­tée. Souf­frant du syn­drome Gilles de la Tou­rette (qui se ma­ni­feste par des tics mo­teurs et vo­caux) et soi­gné aux neu­ro­lep­tiques, son fils avait le coeur fra­gile. L’in­fir­mière en chef risque cinq ans d’em­pri­son­ne­ment.

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