L’ins­tit af­fa­bu­la­teur in­ter­né et sus­pen­du

Le maître d’école a jus­ti­fié l’in­ven­tion de son agres­sion par sa vo­lon­té de lan­cer un cri contre le ter­ro­risme. Mais une ex­per­tise a re­le­vé l’al­té­ra­tion de son dis­cer­ne­ment.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis) NA­THA­LIE PER­RIER

STÉ­PHANE, l’ins­ti­tu­teur af­fa­bu­la­teur, qui avait pré­ten­du avoir été agres­sé lun­di à Au­ber­vil­liers (Sei­neSaint-De­nis) par un homme se re­ven­di­quant du groupe Etat is­la­mique (EI) avant d’avouer qu’il avait men­ti, a été sus­pen­du de l’Edu­ca­tion na­tio­nale hier ma­tin. Il avait été hos­pi­ta­li­sé d’of­fice la veille au soir à l’is­sue de sa garde à vue, en rai­son du dan­ger qu’il peut re­pré­sen­ter pour les autres, mais aus­si pour lui-même. Un double exa­men psy­chia­trique, réa­li­sé lun­di, avait ain­si conclu « à l’al­té­ra­tion de son dis­cer­ne­ment ».

Lun­di ma­tin, cet en­sei­gnant de 45 ans avait af­fir­mé avoir été agres­sé avec un ob­jet tranchant dans sa classe de l’école ma­ter­nelle Jean-Per­rin vers 7 h 10 par un homme se ré­cla­mant de Daech. Mais à l’is­sue de sa pre­mière au­di­tion de­vant les en­quê­teurs de la sec­tion an­ti­ter­ro­riste de la bri­gade cri­mi­nelle, il avait avoué avoir men­ti et s’être bles­sé seul su­per­fi­ciel­le­ment au cou et à la gorge. L’en­sei­gnant avait alors été pla­cé en garde à vue lun­di en dé­but de soi­rée pour des faits de « dé­non­cia­tion de crime ou dé­lit ima­gi­naire », pas­sibles de six mois d’em­pri­son­ne­ment.

Un pre­mier exa­men psy­chia­trique réa­li­sé par les uni­tés mo­biles de psy­chia­trie lé­gale avait no­tam­ment conclu à « l’al­té­ra­tion de son dis­cer­ne­ment ». Un se­cond exa­men, ef­fec­tué un peu plus tard, l’a confir­mé. Au vu de ces conclu­sions, la garde à vue de l’ins­ti­tu­teur a été le­vée dans la nuit de lun­di à mar­di.

Lors de sa pre­mière dé­po­si­tion lun­di, le fonc­tion­naire avait ex­pli­qué qu’il avait vou­lu lan­cer un cri d’alarme contre le ter­ro­risme après les me­naces pro­fé­rées fin no­vembre par le groupe Etat is­la­mique à l’en­contre des en­sei­gnants. Il avait in­di­qué qu’il vou­lait dé­non­cer le manque de sécurité dans son éta­blis­se­ment sco­laire.

Autre ex­pli­ca­tion avan­cée : son sou­hait d’échap­per à une ins­pec­tion de l’Edu­ca­tion na­tio­nale. Des dé­po­si­tions dif­fi­ciles à prendre en compte vu l’état dans le­quel il se trou­vait quand il les a faites. « Rien n’ex­plique son geste, si ce n’est les exa­mens mé­di­caux qui ré­vèlent des failles psy­cho­lo­giques bien an­té­rieures aux at­ten­tats, in­siste le par­quet de Bo­bi­gny. Les in­ves­ti­ga­tions se pour­suivent et une ex­per­tise psy­chia­trique se­ra di­li­gen­tée dès que pos­sible. »

Dès hier ma­tin, les cours ont re­pris à l’école Jean-Per­rin où le pro­fes­seur des écoles a été rem­pla­cé. « Il ne re­tour­ne­ra pas de­vant ses élèves, as­sure le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion na­tio­nale. Il a été sus­pen­du à titre conser­va­toire. Une pro­cé­dure dis­ci­pli­naire va main­te­nant être ou­verte, avec des sanc­tions pou­vant al­ler jus­qu’à la ré­vo­ca­tion. » Au len­de­main de cet in­croyable men­songe, à Au­ber­vil­liers, sa ville d’ori­gine, élus, pa­rents et en­sei­gnants res­tent sous le choc. « C’est un en­sei­gnant en poste dans cette école de­puis vingt-deux ans, très ap­pré­cié des pa­rents d’élèves, de ses col­lègues. On ne com­prend tou­jours pas les rai­sons de cet acte », avoue Me­riem Der­kaoui, ad­jointe au maire char­gée de l’en­sei­gne­ment.

« Il est bien no­té par l’ad­mi­nis­tra­tion et il n’avait jusque-là, à notre connais­sance, ja­mais fait par­ler de lui, in­dique Di­dier Broch, se­cré­taire gé­né­ral FSU 93. C’est sans doute la conjonc­tion d’un mal être in­di­vi­duel et d’un cli­mat am­biant très pe­sant de­puis les at­ten­tats du 13 no­vembre. » Hier ma­tin, les pa­rents d’élèves ont ain­si ap­pris que cet en­sei­gnant, qu’ils dé­crivent comme « un maître for­mi­dable » « avait des idées sui­ci­daires ». Par ailleurs, les col­lègues de Sté­phane ont pu re­ce­voir un sou­tien de la part d’un mé­de­cin et d’une in­fir­mière sco­laire.

Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis), lun­di. Le pro­fes­seur des écoles était en poste de­puis vingt-deux ans à l’école ma­ter­nelle Jean-Per­rin et était très ap­pré­cié de tous.

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