Une nou­velle manne pour les clubs pros ?

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - Un di­ri­geant de club de Ligue 1 DA­VID CHAR­PEN­TIER AVEC F. GI.

APRÈS le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif (« crowd­fun­ding » en an­glais) pour ré­no­ver par exemple une oeuvre d’art ou per­mettre à un jeune ar­tiste de sor­tir un disque, place au fi­nan­ce­ment du sport par les sup­por­teurs et les fans. La start-up Give in Sport, ba­sée à Mont­pel­lier (Hé­rault), veut po­pu­la­ri­ser dans le mi­lieu du football pro (Ligue 1 et Ligue 2) ce concept in­no­vant. Elle vient de si­gner un pre­mier par­te­na­riat avec le club de l’AC Ajac­cio, an­cien pen­sion­naire de l’élite et au­jourd’hui 17e de Ligue 2. Le slo­gan pu­bli­ci­taire est am­bi­tieux : « Of­frez une star à votre équipe ! » Dans la réa­li­té, les pro­mo­teurs s’adressent sur­tout aux clubs de mi­lieu et bas de ta­bleau qui ne visent pas for­cé­ment le re­cru­te­ment de Lio­nel Mes­si ou Cris­tia­no Ro­nal­do. « Ceux qui n’ont pas les moyens de ri­va­li­ser avec les grosses écu­ries fi­nan­cées par de riches pro­prié­taires russes ou du Moyen-Orient aux moyens dé­li­rants », sou­rit Bo­ris Ber­ge­rot, co­fon­da­teur et di­rec­teur gé­né­ral de Give in Sport.

La plate-forme créée pro­pose, tout en pré­le­vant une com­mis­sion de 10 % au pas­sage, de jouer les in­ter­mé­diaires entre les clubs par­te­naires et les sup­por­teurs au sens large. « Par­mi ces der­niers, on ne vise pas seule­ment ceux pré­sents dans les tri­bunes du stade mais éga­le­ment toute la com­mu­nau­té qui gra­vite au­tour de l’équipe grâce no­tam­ment aux ré­seaux so­ciaux (Fa­ce­book, Twit­ter, Ins­ta­gram, Google +…).» Et le cal­cul est vite fait. « Pre­nez l’AC Ajac­cio, il pos­sède 135 000 fans rien que sur Fa­ce­book. Si cha­cun d’entre eux verse ne se­rait-ce que quelque eu­ros, on ar­rive ra­pi­de­ment à des sommes consé­quentes », sou­ligne Bo­ris Ber­ge­rot.

Les contraintes du fair-play fi­nan­cier, la baisse des sub­ven­tions des col­lec­ti­vi­tés et des ren­trées d’ar­gent aléa­toires liées à la billet­te­rie, au mer­chan­di­sing et aux droits té­lé font pe­ser sur les clubs des me­naces de dés­équi­libre bud­gé­taire. La col­lecte en ligne vien­drait en quelque sorte cor­ri­ger ces don­nées pour per­mettre aux for­ma­tions d’avoir une marge de ma­noeuvre. « 95 % de ces équipes sont condam­nées à jouer les se­conds rôles parce qu’elles n’ont pas la ca­pa­ci­té de s’of­frir de meilleurs joueurs et de conser­ver leurs élé­ments les plus per­for­mants », ana­lyse le co­fon­da­teur de Give in Sport.

Pour le mo­ment, un seul club a fran­chi le pas et pas­sé un par­te­na­riat, l’AC Ajac­cio. « Toutes les idées sont bonnes à étu­dier pour des clubs aux bud­gets ri­crac comme nous, le Red Star ou Cler­mont, as­sure Luis de Sou­sa, di­rec­teur gé­né­ral de l’US Cré­teil (L 2). Il fau­dra y ve­nir. Toutes les sources de re­ve­nus sont bonnes à prendre tant qu’elles sont lé­gales. »

D’autres sont plus cir­cons­pects. « On ne croit pas du tout à ce concept, re­la­ti­vise un di­ri­geant d’un club de Ligue 1 du­bi­ta­tif sur les ca­pa­ci­tés à re­cueillir des sommes suf­fi­santes. Quand ils au­ront le­vé un mil­lion d’eu­ros, on en re­par­le­ra. » Dans ce type de mon­tage, le dan­ger — pour le club — se­rait d’al­louer les sommes col­lec­tées au­près des fans à des opé­ra­tions tout autre… que ren­for­cer l’ef­fec­tif. En si­gnant une charte, les di­ri­geants s’en­gagent for­mel­le­ment à dé­pen­ser les fonds dans cet unique but. Reste à sa­voir si l’opé­ra­tion va sé­duire un grand pu­blic par­fois cho­qué des sa­laires pra­ti­qués dans le football et à qui l’on de­man­de­rait de mettre la main au porte-mon­naie. D’ici à dé­but 2016, les clubs de rug­by (Top 14 et Pro D 2) de­vraient être dé­mar­chés ain­si que le basket (Pro A et Pro B).

« Quand ils au­ront le­vé un mil­lion d’eu­ros, on en re­par­le­ra »

L’AC Ajac­cio, pen­sion­naire de Ligue 2, est le pre­mier club à avoir si­gné un par­te­na­riat avec cette plate-forme de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Chaque sup­por­teur peut ver­ser la somme qu’il sou­haite dans l’unique but de ren­for­cer l’ef­fec­tif.

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