Ba­cri, pas si râ­leur

Jean-Pierre Ba­cri, juste et émou­vant dans ce film de Mi­chel Le­clerc, campe un so­li­taire pau­mé en quête de re­cons­truc­tion.

Le Parisien (Paris) - - LES SORTIES AU CINÉMA - PIERRE VAVASSEUR

C’EST UNE IDÉE RE­ÇUE sur pattes. Râ­leur, éner­vé, pes­si­miste li­mite dé­pres­sif : Jean-Pierre Ba­cri, 64 ans, a tou­jours trim­bal­lé cette image de bou­gon pro­fes­sion­nel en guerre contre la so­cié­té. Sauf que c’est juste tout le contraire et dans sa vie très pri­vée, l’an­cien com­pa­gnon d’Agnès Jaoui, avec la­quelle il tra­vaille à un nou­veau film, est un homme sou­riant, confiant dans le cours des choses et amou­reux de la vie.

Un club-sand­wich au sau­mon et un verre de bor­deaux suf­fisent à le conten­ter au­tant qu’un beau per­son­nage à in­car­ner. Jus­te­ment, ce mul­ti­cé­sa­ri­sé — trois sta­tuettes pour le scé­na­rio, une pour le meilleur se­cond rôle — en tient un : ce­lui de Fran­çois, dans « la Vie très pri­vée de Mon­sieur Sim », de Mi­chel Le­clerc (« la Vie des gens »), adap­té d’un roman de l’écri­vain an­glais Jo­na­than Coe et qui sort au­jourd’hui sur les écrans.

Ba­cri y campe un type que l’exis­tence a pas­sé au pa­pier de verre et qui se ré­vèle par-des­sus le mar­ché d’un en­nui ca­la­mi­teux ! Fran­çois tient cette in­fir­mi­té de son père avec le­quel les conver­sa­tions re­lèvent de l’en­cé­pha­lo­gramme plat. Voi­ci que l’oc­ca­sion se pré­sente de re­tour­ner sur les traces de son pas­sé. De Jean-Sé­bas­tien Bach on connaît le « Concer­to pour vio­lon­celle seul », voi­ci, par Jean-Pierre Ba­cri, la so­nate pour âme seule. « Mais je ne suis pas un so­li­taire, rec­ti­fie-t-il lors­qu’on lui an­nonce que la carte Sim s’in­sère comme un gant dans sa fil­mo­gra­phie. Les gens seuls n’ont pas d’amis. De ce cô­té-là, je suis pour­vu. Reste qu’il ne faut pas se leur­rer : on est face à soi-même tout le temps. »

Dans cette aven­ture, Ba­cri sillonne les routes de France au vo­lant d’une ber­line hy­bride et der­nier cri. Un vrai rôle de com­po­si­tion. « Ça fait qua­rante ans que je vis à Pa­ris et je n’ai pas de ba­gnole. » Mais il ne se prive pas d’en louer pour se pro­me­ner en France. Avec ou sans QUIT­TÉ PAR SA FEMME, vi­ré de son bou­lot, Fran­çois Sim, la cin­quan­taine, conserve be­noî­te­ment l’éner­gie d’al­ler vers les autres. Et voi­ci que la vie lui re­met le pied à l’étrier : Fran­çois de­vient re­pré­sen­tant de brosses à dents éco­lo­giques. Equi­pé d’une voi­ture de fonc­tion, il en pro­fite pour re­par­tir sur les traces de sa jeunesse GPS. « Je ne suis pas contre la tech­no­lo­gie. » Dans le film, Fran­çois rend vi­site à son père. Ce­lui de Jean-Pierre était fac­teur. « Il est mort il y a sept ans. Il était très ma­cho. Je m’en suis aper­çu quand j’ai moi-même ces­sé de l’être. C’était un homme ex­trê­me­ment sym­pa­thique, tou­jours de bonne hu­meur. Il m’a ap­pris des choses simples. Il di­sait : Pour moi, un pré­sident de la Ré­pu­blique ou un ba­layeur c’est la même chose. Ça m’a fa­bri­qué. » La famille, Ba­cri « n’en est pas très fan ». « Je pré­fère les fa­milles que l’on se crée. » Il n’a pas d’en­fant. « Je ne m’en suis pas plus mal por­té. Je suis as­sez égoïste. Les en­fants, c’est beau­coup de contraintes et j’ai fa­bri­qué ma vie au­tour de la fuite des contraintes. Je pré­fère le plai­sir et la fa­ci­li­té. » Au moins, voi­là qui est dit.

Les trente pre­mières an­nées n’ont pour­tant guère été fa­ciles. « J’étais vrai­ment dans la né­ces­si­té. » D’où une suc­ces­sion de pe­tits bou­lots. Mettre en sac du pain in­dus­triel. Em­ployé d’un mar­chand de lé­gumes. Ou­vreur à l’Olym­pia. Son­deur… « Et un an et de­mi, en cos­tard-cra­vate, à la So­cié­té gé­né­rale de Cannes. A par­tir de là, je me suis dit : ça, plus ja­mais. »

Dans le film, Fran­çois est un han­di­ca­pé du sexe. Dans la vie, Jean-Pierre n’a pas bou­dé ses plai­sirs. « J’étais un peu trop sé­duc­teur, un peu trop por­té sur la chose. J’ai­mais beau­coup les filles. J’ai fait mon mé­tier de jeune homme. » Ne lui de­man­dez pas de jouer les héros, il n’en a pas la gueule et ça l’en­nuie. « J’aime l’hu­ma­ni­té, la vul­né­ra­bi­li­té. Un type qui est sûr de lui, ça m’em­merde. » Le per­son­nage de Fran­çois lui vau­dra-t-il en­fin un Cé­sar du pre­mier rôle ? « J’ai été quatre fois nom­mé. A chaque fois, c’est comme si je l’avais eu. »

« J’étais un peu trop

sé­duc­teur, un peu trop por­té sur la chose. J’ai­mais beau­coup

les filles. »

le­pa­ri­sien.fr

Les ho­raires, les salles

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.