Le man­ga lui doit tout

Le Pe­tit Pa­lais ré­vèle Ku­niyo­shi, un in­croyable ar­tiste ja­po­nais du XIXe siècle dont les guer­riers ta­toués semblent sor­tir d’un film d’ani­ma­tion d’au­jourd’hui. Une ré­vé­la­tion.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - YVES JAEGLÉ

ON NE DI­SAIT PAS man­ga mais es­tampe. Les ta­touages n’étaient pas à la mode en France mais lui en était le prince dans sa pein­ture. Il vi­vait au temps de De­la­croix et ses des­sins semblent sor­tis du « Voyage de Chi­hi­ro » de Miya­za­ki. Ku­niyo­shi ? « C’est un ex­tra­ter­restre pour son époque », sou­rit Ch­ris­tophe Lé­ri­bault, di­rec­teur du Pe­tit Pa­lais, qui se fait une spé­cia­li­té de res­sus­ci­ter de grands ar­tistes ou­bliés, dont l’oeuvre semble avoir été réa­li­sée hier spé­cia­le­ment pour nous. Ku­niyo­shi (1797-1861) a in­ven­té des en­fants superhéros, des monstres à l’oeil se­crè­te­ment gen­til, des guer­riers fu­tu­ristes, une im­mense ba­leine qui pour­rait ve­nir de « Po­nyo sur la fa­laise ». Les cou­leurs sont his­sées comme des dra­peaux qui claquent au vent, bleus et verts aveu­glants de fraî­cheur et de lu­mière.

230 es­tampes ex­po­sées

Plu­sieurs au­teurs de bande des­si­née ont vi­si­té cette ex­po­si­tion sur « le Dé­mon de l’es­tampe » qui sort de sa boîte. Si deux gé­nies ja­po­nais du XIXe siècle étaient cé­lèbres en France, Ho­ku­sai et Hi­ro­shige, qui ont in­fluen­cé Van Gogh et ses amis peintres fous de ja­po­nisme, Ku­niyo­shi a tra­ver­sé 150 ans dans un sou­ter­rain, pour res­sur­gir main­te­nant en pré­cur­seur du ci­né­ma d’ani­ma­tion.

Un énorme come-back post­hume ! « Mo­net et Ro­din pos­sé­daient des es­tampes de lui, cor­rige Ch­ris­tophe Lé­ri­bault, mais Ku­niyo­shi fai­sait des choses ex­tra­va­gantes. Les per­son­na- ges ta­toués, il est le pre­mier à en gra­ver. Son de­gré d’in­ven­ti­vi­té et d’ori­gi­na­li­té al­lait peut-être trop loin pour ses contem­po­rains. Il est plus li­sible pour nous que pour nos an­cêtres… »

Son gra­phisme est aus­si ré­vo­lu­tion­naire qu’épu­ré, jusque dans sa fa­çon hy­per­réa­liste de des­si­ner la pluie. Il n’exis­tait jus­qu’à cette ex­po­si­tion au­cun livre sur Ku­niyo­shi en fran­çais. « Il n’a ja­mais été mon­tré chez nous. Je suis tom­bé par ha­sard sur un ca­ta­logue en ja­po­nais. Les 230 es­tampes que nous ex­po­sons pro­viennent d’une col­lec­tion d’un fa­na­tique au Ja­pon, qui pos­sède 2 500 oeuvres de lui. » L’ar­tiste tra­vaillait à flux ten­du et à la com­mande : guer­riers, ac- teurs, bé­bés su­mos, chats dé­gui­sés en hu­mains, pois­sons et pieuvres aux vi­sages co­lé­riques, il mixe fan­tas­tique et réa­lisme. L’es­tampe n’avait pas le sta­tut de la grande pein­ture en Oc­ci­dent, mais plu­tôt de l’af­fiche : une gra­vure ne coûte que le prix d’un plat de nouilles et tous les foyers ou presque peuvent s’en of­frir. Un art po­pu­laire qui en fait la pré­fi­gu­ra­tion des man­gas. C’est par le biais de re­pro­duc­tions sur In­ter­net que Ku­niyo­shi s’est mis à fas­ci­ner des ama­teurs qui lui vouent un culte de­puis plu­sieurs an­nées. Pré­ci­pi­tez-vous pour les voir en vrai avant que ces folles es­tampes ne re­partent dans les coffres de leur col­lec­tion­neur ja­po­nais.

, et avec le même ti­cket, sur la gra­vure eu­ro­péenne en noir et blanc à la même époque, de Goya à Doré, Pe­tit Pa­lais (Pa­ris VIIIe), 10 heures - 18 heures, ven­dre­di 21 heures, ta­rif 7-10 €, tél. 01.53.43.40.00, jus­qu’au 17 jan­vier.

(Cours­te­sy of Gal­le­ry Be­niya.)

De nom­breuses es­tampes de l’ar­tiste ja­po­nais Ku­niyo­shi, qui a in­ven­té no­tam­ment des en­fants superhéros, se­ront ex­po­sées au Pe­tit Pa­lais.

Le gra­phisme de Ku­niyo­shi mêle fan­tas­tique et hy­per­réa­lisme aus­si bien dans ses guer­riers ta­toués que lors­qu’il re­pré­sente la pluie.

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