Le vil­lage rom s’étend au fil des se­maines

Le Parisien (Paris) - - PARIS - Une ri­ve­raine du cam­pe­ment illé­gal CÉ­CILE BEAULIEU FLO­RENCE HU­BIN

DES CA­BANES de bric et de broc, sur­mon­tées de che­mi­nées fu­mantes, à perte de vue.

Ins­tal­lé de­puis quelques mois sur les voies désaf­fec­tées de la pe­tite cein­ture, entre les portes des Pois­son­niers et de Cli­gnan­court (XVIIIe), le cam­pe­ment Rom, d’abord consti­tué de quelques barques, a pris une am­pleur consi­dé­rable. Il se­rait au­jourd’hui peu­plé par quelque 400 per­sonnes, es­sen­tiel­le­ment d’ori­gine rou­maine. Par­mi les ri­ve­rains de la rue Bel­liard, l’in­quié­tude do­mine, au point de mul­ti­plier les cour­riers à la pré­fec­ture de po­lice. Avec en point d’orgue, la crainte de voir s’em­bra­ser ce vil­lage de bois, de tis­sus et de car­tons, au pé­ril de ses ha­bi­tants et du voi­si­nage.

Ega­le­ment poin­tées du doigt, les nui­sances cau­sées par cette ins­tal­la­tion pré­caire : « Nous vi­vons un vé­ri­table cal­vaire, avance une ri­ve­raine. Les trot­toirs sont jon­chés de dé­tri­tus et nous sommes ex­po­sés à la fu­mée des feux de camp. Feux d’au­tant plus dan­ge­reux qu’ils sont al­lu­més à quelques mètres des ré­serves de car­bu­rants du dé­pôt de la RATP. Telle est la vie de notre quar­tier, et nous ne re­ce­vons que des ré­ponses éva­sives des au­to­ri­tés. » Mois après mois, au gré des dé­man­tè­le­ments des cam­pe­ments de pe­tite cou­ronne — par­ti­cu­liè­re­ment ceux de Sei­neSaint-De­nis —, ce­lui de la pe­tite cein­ture s’étoffe, jus­qu’à de­ve­nir ten­ta­cu­laire. « Mal­gré l’aide de dif­fé­rentes as­so­cia­tions, ce­la va for­cé­ment de­ve­nir in­gé­rable », s’alarme un ri­ve­rain de la rue des Pois­son­niers.

Me­na­cés d’ex­pul­sion à plu­sieurs re­prises, les ha­bi­tants du camp sont à nou­veau sous le coup d’une me­nace d’éva­cua­tion. « Des re­cours ont été dé­po­sés et nous né­go­cions avec les au­to­ri­tés », sou­ligne Me Ju­lie Lau­nois, l’avo­cate des fa­milles roms. Mais, au-des­sus des voies fer­rées, l’exas­pé­ra­tion est à son comble. « Nous nous ef­for­çons de ne plus ap­pe­ler la po­lice qui est mo­bi­li­sée sur d’autres fronts plus ur­gents, sou­ligne un autre ha­bi­tant du quar­tier, mais ac­tuel­le­ment, nous ne pou­vons même plus dor­mir à cause de la construc­tion noc­turne de nou­velles ba­raques… »

« Les trot­toirs sont jon­chés de dé­tri­tus et nous sommes ex­po­sés à la fu­mée des feux de camp »

« QUAND ELLE A ÉTÉ construite en 1972, elle de­vait être… pro­vi­soire. » Mi­chel Lau­bier, ad­joint au maire de Nan­terre (Hauts-de-Seine) jus­qu’en 2008, s’en amu­se­rait presque. Pour­tant, il au­ra fal­lu at­tendre qua­rante-trois ans pour que la gare de Nan­terre-Uni­ver­si­té, sus­pen­due au­des­sus des voies fer­rées, bé­né­fi­cie en­fin de tra­vaux dignes de ce nom.

Amé­na­gé à la hâte, le bâ­ti­ment tem­po­raire a vu pas­ser des gé­né­ra­tions d’étu­diants, prin­ci­paux usa­gers de la gare à son ou­ver­ture, avec les em­ployés de la pré­fec­ture. « Dès le dé­but, nous, élus de Nan­terre, avons de­man­dé quand se­rait construit le bâ­ti­ment dé­fi­ni­tif. Mais il y avait des pro­blèmes de fi­nan­ce­ment, d’études… » se sou­vient Mi­chel Lau­bier. Ce n’est qu’en 2008 que la ville a ob­te­nu l’as­su­rance de tra­vaux. Il était temps, les marches des es­ca­liers ac­cé­dant aux quais partent en mor­ceaux…

La nou­velle gare est équi­pée de treize es­ca­liers mé­ca­niques et de cinq as­cen­seurs. Dé­sor­mais, les usa­gers du Tran­si­lien de­vront, comme ceux du RER A, pas­ser les bar­rières de contrôle avec leur titre de trans­port. Le bâ­ti­ment est mieux éclai­ré, lais­sant pé­né­trer la lu­mière na­tu­relle le jour, avec des LED la nuit. Les voya­geurs ar­ri­vant sans billet ne de­vraient pas trop at­tendre : ils dis­po­se­ront de deux gui­chets et quatre billet­te­ries cô­té SNCF et au­tant cô­té RATP. Des sa­ni­taires sont éga­le­ment ac­ces­sibles aux usa­gers. Les ac­cès à la gare sont aus­si mo­di­fiés. De­puis l’uni­ver­si­té, l’ac­cès se fait par un sou­ter­rain.

L’an­cienne gare et ses pas­se­relles se­ront dé­fi­ni­ti­ve­ment fer­mées à par­tir de de­main. Les tra­vaux se pour­sui­vront en 2016 avec la dé­cons­truc­tion des an­tiques struc­tures et la ré­fec­tion des quais et des toi­tures des quais A et B. Le par­vis de la nou­velle gare doit aus­si être ache­vé, ain­si que ses abords, qui re­ce­vront no­tam­ment les bus et le fu­tur tram­way T1 en pro­ve­nance de Co­lombes via le Pe­tit Nan­terre.

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