Mit­ter­rand et le bon usage du FN

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - AVA DJAMSHIDI

Af­fai­blir ses ad­ver­saires pour se ren­for­cer. Trou­ver un moyen de les di­vi­ser. En fin stra­tège, Fran­çois Mit­ter­rand a eu re­cours à cette tac­tique en 1985, alors que sa cote de po­pu­la­ri­té était au plus bas. Pour dis­per­ser les forces de la droite, pour­quoi ne pas fa­vo­ri­ser l’es­sor du Front na­tio­nal ? A l’époque, le mou­ve­ment d’ex­trême droite fon­dé par Jean-Ma­rie Le Pen ne pèse qua­si­ment rien. Mais il ap­pa­raît comme un moyen ef­fi­cace de tour­men­ter la droite… Mit­ter­rand agit à deux ni­veaux. Mé­dia­ti­que­ment, il ré­pond à la de­mande de Le Pen : ce der­nier s’est plaint à l’Ely­sée de ne pas pas­ser dans les émis­sions po­li­tiques à la té­lé. Grand prince, le chef de l’Etat lance un ap­pel au plu­ra­lisme ! Po­li­ti­que­ment, ce­la va être l’in­tro­duc­tion du scru­tin pro­por­tion­nel pour les lé­gis­la­tives de 1986. Ses par­ti­sans dé­fendent la né­ces­si­té que toutes les cou­leurs po­li­tiques soient re­pré­sen­tées à l’As­sem­blée. Sous l’ef­fet com­bi­né de cette mé­dia­ti­sa­tion et du chan­ge­ment de la loi élec­to­rale, le FN entre au par­le­ment en 1986, avec 35 dé­pu­tés, et li­mite la vic­toire de la droite, qui en­rage. « Ça fait par­tie de la tac­tique élec­to­rale », ex­pli­quait en 2011 l’an­cien mi­nistre des Af­faires étran­gères, Ro­land Du­mas. Ce proche de Mit­ter­rand avait alors ad­mis que le chan­ge­ment de mode de scru­tin ne man­quait pas de cal­cul : « Il y avait la rai­son ap­pa­rente et l’ar­rière-pen­sée, peut-être. Il n’y a rien de cri­ti­quable dans une dé­mo­cra­tie que de per­mettre aux gens de s’ex­pri­mer… même si c’est tac­tique ! » Mit­ter­rand n’avait sans doute pas ima­gi­né l’am­pleur fu­ture de cette force fron­tiste qu’il a contri­bué à créer.

(LP/Del­phine Gold­sz­te­jn.)

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