« Evi­dem­ment qu’il veut mettre le ba­zar à droite ! »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - PHI­LIPPE MARTINAT

BON­JOUR LÀ-HAUT ! En inau­gu­rant ce ma­tin un mo­nu­ment com­mé­mo­rant les fra­ter­ni­sa­tions des sol­dats des deux camps en­ne­mis pen­dant la Grande Guerre à Neu­villeSaint-Vaast, pe­tite com­mune du Nord, Fran­çois Hol­lande a sciem­ment choi­si de faire écho à la si­tua­tion po­li­tique trou­blée du mo­ment. Le pré­sident se­ra en­tou­ré de per­son­na­li­tés de droite : Xa­vier Ber­trand, qui a rem­por­té la ré­gion grâce aux voix de la gauche, Phi­lippe Ra­pe­neau, pré­sident de la com­mu­nau­té ur­baine d’Ar­ras, éga­le­ment membre des Ré­pu­bli­cains, et le maire Jean-Pierre Pu­chois, de sen­si­bi­li­té cen­triste. « Il l’a fait ex­près », glisse un ami. Mar­tine Au­bry va ado­rer…

La vi­site a bien failli être re­por­tée pour cause de Con­seil eu­ro­péen. Mais le chef de l’Etat a consi­dé­ré que, sur le che­min de Bruxelles, faire es­cale dans le Pas-deCa­lais ne fai­sait pas un si grand dé­tour. Et que le jeu en va­lait la chan­delle. « Il a lou­pé Bay­rou en 2012, il ne faut pas lou­per au­jourd’hui ceux qui tendent la main », ex­plique crû­ment un fi­dèle. En­core plus di­rect, un conseiller du gou­ver­ne­ment lâche : « Evi­dem­ment qu’il veut mettre le ba­zar à droite en fai­sant la danse du ventre à cer­tains élus et des bi­sous à Raf­fa­rin. Mais quand même, ça pique… » « La droite s’est pié­gée elle-même en cou­rant der­rière le Front na­tio­nal », sou­tient un res­pon­sable du PS. Mais dans les rangs du par­ti, ça pique quand même beau­coup ! « La gauche fran­çaise n’est pas la gauche al­le­mande », tonne le fron­deur Be­noît Ha­mon. Il ajoute : « Ef­fa­cer toute dif­fé­rence entre la droite et la gauche sur les ques­tions éco­no­miques, l’emploi et le tra­vail, c’est n’im­porte quoi ! »

A l’Ely­sée, bien sûr, le ton et le pro­pos sont plus en­ro­bés : « Ce qui est in­té­res­sant, c’est qu’après les ré­gio­nales, les par­tis s’in­ter­rogent. Notre état d’es­prit est tou­jours le même de­puis les at­ten­tats : il faut ras­sem­bler. Alors ne fer­mons pas une porte qui est en train de s’ou­vrir. »

Dans cette af­faire, Hol­lande a em­boî­té le pas de Valls qui prêche de longue date pour l’ou­ver­ture aux res­pon­sables les plus mo­dé­rés de la droite. « Ma­nuel a la convic­tion qu’avec la mon­tée conti­nue du FN il y a une re­com­po­si­tion qui doit s’opé­rer », ex­plique un proche du Pre­mier mi­nistre. As­sis­tant en sep­tembre au congrès du PRG, Valls avait ap­plau­di quand le pa­tron des ra­di­caux de gauche, Jean-Mi­chel Bay­let, avait lan­cé : « Il est de­ve­nu im­pé­ra­tif de sor­tir des fron­tières de la gauche par­ti­sane pour dia­lo­guer en­fin avec tous les ré­for­mistes sin­cères. » Les at­ten­tats et le ré­sul­tat des ré­gio­nales n’ont fait que ren­for­cer sa convic­tion. « Ils ont ser­vi non pas de dé­clen­cheur mais d’ac­cé­lé­ra­teur », note un conseiller.

Jean-Pierre Raf­fa­rin est le pre­mier res­pon­sable de la droite à avoir ap­por­té de l’eau au mou­lin de son (loin­tain) suc­ces­seur à Ma­ti­gnon. Il ap­pelle dé­sor­mais à un « pacte ré­pu­bli­cain contre le chô­mage ». Fran­çois Fillon s’y met aus­si : le ri­val de Sar­ko­zy en­tend faire des pro­po­si­tions à Hol­lande sur le temps de tra­vail et le monde agri­cole. Of­fi­ciel­le­ment re­trai­té de la po­li­tique, Jean-Louis Bor­loo, qui a beau­coup fré­quen­té l’Ely­sée ces temps-ci pour cause de COP21, n’est sans doute pas in­sen­sible non plus à cette évo­lu­tion.

Mais ce sont sur­tout les vi­rages de Xa­vier Ber­trand et Ch­ris­tian Es­tro­si, élus grâce au re­trait de la gauche pour faire obs­tacle au FN, qui ont été les plus frap­pants. D’où l’idée de Valls de « faire des ré­gions les la­bo­ra­toires de l’union na­tio­nale ». Hol­lande re­ce­vra d’ailleurs tous les pa­trons de ré­gion, droite com­prise, en jan­vier. Ma­nière de pié­ger l’op­po­si­tion ? « Fran­çois est tout sauf un man­chot en tac­tique po­li­tique, il se­rait con de ne pas sai­sir la balle au bond ! », se gausse un vi­si­teur du soir de l’Ely­sée.

Ma­nuel Valls veut faire des ré­gions « les la­bo­ra­toires de l’union na­tio­nale »

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Ma­nuel Valls prêche de longue date pour l’ou­ver­ture aux res­pon­sables les plus mo­dé­rés de la droite. Fran­çois Hol­lande lui em­boîte le pas.

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