Re­tour aux 39 heures pour les sa­la­riés de Smart

93 % des em­ployés de l’usine mo­sel­lane ont ac­cep­té de tra­vailler 39 heures payées 37. Les syn­di­cats crient au chan­tage.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - Phi­lippe Steyer, le DRH de l’usine Smart ER­WAN BE­NE­ZET ET VINCENT VÉRIER Une source proche du dos­sier BÉRANGÈRE LEPETIT

ADIEU les 35 heures, bon­jour les 39. Après six mois de bras de fer avec les syn­di­cats, la di­rec­tion de l’usine Smart d’Ham­bach (Mo­selle) a fi­na­le­ment ga­gné. Elle a an­non­cé que 93 % des 800 sa­la­riés avaient ac­cep­té de si­gner l’ave­nant à leur contrat qui en­té­rine une aug­men­ta­tion de la du­rée heb­do­ma­daire du temps de tra­vail. Concrè­te­ment, les em­ployés de cette usine du groupe al­le­mand Daim­ler, qui fa­brique la voi­ture Fort­wo, un mo­dèle à deux places, vont tra­vailler 12 % de plus pour une aug­men­ta­tion de sa­laire de 6 %. Soit, au fi­nal, 39 heures de la­beur payées 37. Une nou­velle or­ga­ni­sa­tion qui se­ra pro­gres­si­ve­ment mise en place à par­tir du 4 jan­vier.

En sep­tembre, une consul­ta­tion in­terne avait ap­prou­vé la me­sure à 56 %, mais tout en ré­vé­lant un pro­fond cli­vage. En ef­fet, seule­ment 39 % des ou­vriers étaient fa­vo­rables à cette évo­lu­tion contre 74 % des cadres. « Avec cet ave­nant, la di­rec­tion dé­cide au­jourd’hui de pas­ser en force, s’in­surge Di­dier Ge­trey, se­cré­taire gé­né­ral de la CFDT mé­tal­lur­gie de Mo­selle. C’est scan­da­leux. Ils n’ont pas res­pec­té la ma­jo­ri­té de blo­cage. »

En ef­fet, la CGT et la CFDT, fa­rou­che­ment op­po­sées à cette nou­velle or­ga­ni­sa­tion, s’étaient al­liées pour blo­quer le pro­jet de la di­rec­tion. A elles deux, ces or­ga­ni­sa­tions re­pré­sentent 53 % des sa­la­riés, donc plus de la moi­tié des ef­fec­tifs. Suf­fi­sant pour stop­per net le pas­sage aux 39 heures en fai­sant va­loir leur droit d’op­po­si­tion. « La di­rec­tion n’en a pas te­nu compte, re­prend le syn­di­ca­liste. Elle a pro­po­sé à chaque sa­la­rié un ac­cord in­di­vi­duel. » Une ma­nière de contour­ner le re­jet syn­di­cal. Mais der­rière ce plé­bis­cite aux 39 heures, se ca­che­rait une autre réa­li­té se­lon les syn­di­cats. Di­dier Ge­trey évoque des pres­sions qui au­raient été exer­cées sur les sa­la­riés pour les for­cer à si­gner. « An­nette Wink­ler, la di­rec­trice gé­né­rale de Smart, a clai­re­ment fait pas­ser le mes­sage. Sans ac­cord, la production se­ra dé­lo­ca­li­sée. » Où ? Pro­ba­ble­ment en Slovénie. Des ac­cu­sa­tions à peine contes­tées par Phi­lippe Steyer, le DRH de l’usine : « Ef­fec­ti­ve­ment, le pacte 2020 est un moyen de ga­ran­tir la pé­ren­ni­té du site à moyen et long terme. Avant la fin de ce pacte, un nou­veau mo­dèle de Smart se­ra dans les tuyaux. Nous de­vons convaincre la mai­son mère que notre site est suf­fi­sam­ment com­pé­ti­tif pour ac­cueillir sa production, qui de­vrait dé­bu­ter en 2023 ou 2024. » Et le DRH d’in­sis­ter que ces 93 % de si­gna­tures sont « for­cé­ment un si­gnal fort ».

Si la CFDT prend acte, elle s’en­gage à suivre de près l’évo­lu­tion des ac­cords pas­sés avec chaque sa­la­rié. « Nous se­rons ex­trê­me­ment vi­gi­lants, pré­vient Di­dier Ge­trey. Au moindre faux pas, nous in­ter­vien­drons. » Et par­mi les points à sur­veiller, le re­tour aux 35 heures à par­tir de 2021, comme le pré­voit l’ave­nant.

un peu en­com­brant. Voi­là à quoi res­semble la « prime ex­cep­tion­nelle de fin d’an­née » aux Ga­le­ries La­fayette ver­sée sur la paye de dé­cembre aux sa­la­riés du ma­ga­sin du bou­le­vard Hauss­mann à Pa­ris, mais pas à ceux de Be­san­çon, Lyon ou Nice. Ré­sul­tat : pour la pre­mière fois dans l’his­toire du grand ma­ga­sin, l’en­semble des syn­di­cats du groupe (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC) ap­pellent à la grève de­main pour dé­non­cer « le trai­te­ment de fa­veur » ré­ser­vé à la­vi­trine du groupe et, dans le même temps, la dé­té­rio­ra­tion des condi­tions de tra­vail dans les autres ma­ga­sins. Un mou­ve­ment so­cial ra­ris­sime qui tombe — op­por­tu­né­ment — au mo­ment des courses de Noël.

« Cette prime, c’est la goutte d’eau qui fait dé­bor­der le vase. A Hauss­mann, la di­rec­tion cherche à apai­ser le cli­mat so­cial dans un contexte ten­du, juste après les at­ten­tats, as­sure Fré­dé­ric Hac­quart, dé­lé­gué syn­di­cal CFDT et sa­la­rié à Be­san­çon (Doubs). Mais pour­quoi cette prime n’est-elle pas ver­sée à Nice où les sa­la­riés su­bissent de­puis trois ans des tra­vaux ? » in­ter­roge-t-il.

En toile de fond, il y a éga­le­ment les dif­fi­ciles né­go­cia­tions en cours (voir ci-des­sous) au­tour du tra­vail du di­manche alors que les Ga­le­ries La­fayette du bou­le­vard Hauss­mann, comme le Prin­temps, viennent, après des an­nées de trac­ta­tions, d’ob­te­nir le droit d’ou­vrir tous les di­manches grâce à la loi Ma­cron.

Les sa­la­riés de pro­vince s’in­quiètent aus­si de leur ave­nir dans un contexte de baisse constante des ef­fec­tifs et alors que la di­rec­tion a an­non­cé, en dé­but d’an­née, la fer­me­ture des ma­ga­sins de Bé­ziers (Hé­rault), Lille (Nord) ou Thiais (Val-deMarne). Contac­tée, la di­rec­tion n’a sou­hai­té faire au­cun com­men­taire.

« Cette grève Pa­ris-pro­vince montre un ma­laise pro­fond lié au chan­ge­ment d’époque dans une en­tre­prise au­tre­fois fa­mi­liale et pa­ter­na­liste. De­puis des an­nées, la frac­ture gran­dit entre Hauss­mann et le ré­seau de pro­vince où les marques de luxe re­fusent de mettre les pieds. Mais cette fois, le fos­sé de­vient un peu trop vi­sible », note une source proche du dos­sier.

« Nous de­vons convaincre la mai­son mère que notre site est suf­fi­sam­ment

com­pé­ti­tif » « La frac­ture gran­dit entre Hauss­mann et le ré­seau de pro­vince »

(LP/Oli­vier Le­jeune.)

Ham­bach (Mo­selle). Pas­sant outre la né­go­cia­tion syn­di­cale qui achop­pait, la di­rec­tion a né­go­cié in­di­vi­duel­le­ment avec ses sa­la­riés. Un pro­cé­dé ju­gé in­ti­mi­dant par les syn­di­cats, évo­quant des me­naces de dé­lo­ca­li­sa­tion.

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