« Je leur ap­porte ma joie de vivre »

Un mil­lier de jeunes en ser­vice ci­vique vien­dront en aide aux ré­fu­giés. Dans un centre d’hé­ber­ge­ment à Pa­ris, nous avons ren­con­tré des re­crues en­thou­siastes.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - Maxime Tho­mas, chef de ser­vice de la struc­ture d’hé­ber­ge­ment VINCENT MONGAILLARD

AU FOYER du centre d’hé­ber­ge­ment de la rue Pel­le­port à Pa­ris (XXe), Clé­men­tine et Mous­ta­pha, deux jeunes en ser­vice ci­vique, or­ches­traient hier après-mi­di une séance d’aé­ro­bic en­tre­cou­pée de pompes. Face à eux, en plein ef­forts mais avec le sou­rire, Saïd l’Af­ghan, Si­laq le Sou­da­nais, Ma­di le Li­byen ou Ma­rie-Reine la Ca­me­rou­naise. Re­cru­tés par l’as­so­cia­tion Unis-Ci­té, les ani­ma­teurs qui s’im­pro­visent coachs font par­tie des pion­niers en France char­gés d’épau­ler des mi­grants le temps d’une ex­pé­rience en­ri­chis­sante de six à douze mois.

Il y a quelques se­maines, le mi­nistre de la Jeunesse, Pa­trick Kan­ner, avait an­non­cé le dé­ploie­ment de 1 000 postes de ser­vice ci­vique* des­ti­nés aux 16-25 ans afin d’ai­der à l’in­té­gra­tion des ré­fu­giés. Vingt­cinq viennent d’être en­ga­gés par Unis-Ci­té. « On avait 110 can­di­da­tures », re­cense Isa­belle Prats, sa di­rec­trice de la com­mu­ni­ca­tion. Les quatre en ac­tion au centre d’hé­ber­ge­ment du XXe ap­portent du baume au coeur aux de­man­deurs d’asile qui trouvent le temps long en at­ten­dant le ver­dict des au­to­ri­tés.

Les mis­sions de ces forces vives ré­mu­né­rées en­vi­ron 500 € par mois ? Or­ga­ni­ser une bra­de­rie 100 % gra­tuite pour dis­tri­buer les dons de vê­te­ments, em­bel­lir le dé- cor, lan­cer un ate­lier cou­ture ou pein­ture, mettre en place une bi­blio­thèque mul­ti­langues, pi­lo­ter des le­çons pra­tiques d’ins­truc­tion ci­vique en vi­si­tant une mai­rie ou l’As­sem­blée na­tio­nale… « Cette jeunesse a plein d’idées, de la vi­va­ci­té et un re­gard neuf », ob­serve, conquis, Maxime Tho­mas, chef de ser­vice de la struc­ture d’hé­ber­ge­ment. « Elle nous trans­met de l’éner­gie », ap­pré­cie Ma­di, 25 ans, l’exi­lé de Tri­po­li. Pour lui don­ner la pêche, il peut comp­ter sur Clé­men­tine, 18 ans, qui s’ac­corde une pause de sept mois et de­mi en ser­vice ci­vique avant d’al­ler fré­quen­ter les am­phis de la fac de psy­cho. Elle peut en­fin mettre des vi­sages sur des des­tins in­croyables vus jus­que­là à la té­lé. « J’avais en­vie d’être sur le ter­rain à leurs cô­tés, je dé­couvre que cha­cun a va­che­ment de po­ten­tiel », confie-t-elle.

« Moi, je leur ap­porte ma joie de vivre et eux, ils m’ap­portent un peu plus d’ou­ver­ture d’es­prit », s’en­thou­siasme son ca­ma­rade Mous­ta­pha. Les par­cours des mi­grants lui évoquent par­fois « les en­vies d’éva­sion » et de quête « d’el­do­ra­do » d’une par­tie des siens res­tés au Sénégal. Une vo­ca­tion est née chez ce non-di­plô­mé de 24 ans qui ai­me­rait « bien conti­nuer dans cette voie » de la so­li­da­ri­té. Pas simple pour­tant d’af­fron­ter au quo­ti­dien les his­toires dou­lou­reuses des ré­si- dents ve­nus d’ailleurs. « On doit être à l’écoute et ne pas trop les en­va­hir de ques­tions », ex­plique Ra­phaëlle, qui vient d’ache­ver ses études d’in­gé­nieur. « Il faut trou­ver un juste mi­lieu », conseille Ha­kim, ex-vo­lon­taire dans la « jungle » de Ca­lais de­ve­nu am­bas­sa­deur UnisCi­té. « Il y a beau­coup de pu­deur chez eux, ils ne parlent ja­mais de leur famille », constate Mous­ta­pha.

La com­mu­ni­ca­tion s’éta­blit par­fois à l’aide des mimes quand ni l’an­glais ni le fran­çais ne sont com­pris. Ke­vin, 22 ans, jeune homme de Saint-De­nis (Seine-Saint-De­nis) ti­tu­laire d’une li­cence en langues étran­gères, s’est adap­té aux us et cou­tumes de ses in­ter­lo­cu­teurs. Par exemple, il ne re­garde plus droit dans les yeux les Li­byens au mo­ment de les sa­luer. « Ils m’ont dit que ça ne se fai­sait pas, c’est consi­dé­ré chez eux comme un manque de res­pect », dé­crypte-t-il.

« Cette jeunesse a plein d’idées, de la vi­va­ci­té et un re­gard neuf »

* Toutes les mis­sions n’ont pas été pour­vues. In­for­ma­tions ou ren­dez-vous sur le site www.ser­vi­ce­ci­vique.gouv.fr. nNEUF DI­PLO­MÉS SUR DIX oc­cupent un emploi trente mois après avoir ter­mi­né leurs études, en 2015, se­lon une étude pu­bliée hier par le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion. Il est plus fa­cile de trou­ver un emploi avec un di­plôme droit-éco­no­mie-ges­tion (91 % de taux d’in­ser­tion trente mois plus tard), ou en scien­ces­tech­no­lo­gies-san­té (90 %) qu’avec un mas­ter en sciences hu­maines et so­ciales ou lettres-langues-arts (86 %).

Pa­ris (XXe), hier. A Unis-Ci­té, Clé­men­tine s’im­pro­vise coach spor­tive pen­dant le ser­vice ci­vique de sept mois et de­mi qu’elle s’ac­corde avant d’al­ler en fac de psy­cho : « J’avais en­vie d’être à leurs cô­tés, je dé­couvre que cha­cun a va­che­ment de po­ten­tiel. »

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