Un ré­seau es­cro­quait les de­man­deurs d’asile

Un sys­tème bien hui­lé per­met­tait de ran­çon­ner des can­di­dats à un titre de sé­jour en Mo­selle. Deux mé­de­cins et deux in­ter­prètes étaient tou­jours en garde à vue hier soir.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - JEAN-MARC DUCOS

LA MÉ­CA­NIQUE était bien ro­dée… Mais à trop ti­rer sur la corde, les ser­vices de la pré­fec­ture de Lor­raine, à Metz (Mo­selle), ont fi­ni par soup­çon­ner un tra­fic de titres de sé­jour ir­ré­gu­liers. Un ré­seau me­né par trois in­ter­prètes al­ba­naises agréées par l’ad­mi­nis­tra­tion qui ont abu­sé de leur po­si­tion pour ran­çon­ner leurs conci­toyens de­man­deurs d’asile en France. Dès le mois de no­vembre 2014, la pré­fec­ture a confié ses doutes au groupe d’in­ter­ven­tion ré­gio­nal (GIR) et à la po­lice aux fron­tières (PAF). En tout, ce sont 14 per­sonnes qui ont été pla­cées en garde à vue dans cette af­faire, dont trois mé­de­cins psy­chiatres par­ti­cu­liè­re­ment com­plai­sants. Hier soir, il res­tait deux in­ter­prètes et deux mé­de­cins en garde à vue. Les dix autres ont été le­vées sans dé­fè­re­ment.

L’es­poir d’ob­te­nir un titre de sé­jour pour des mi­grants ori­gi­naires d’Al­ba­nie ou du Ko­so­vo peut conduire à cé­der à bien des ten­ta­tions. Des ten­ta­tions que trois tra­duc­trices col­la­bo­ra­trices ré­gu­lières d’as­so­cia­tions d’aide aux mi­grants ont su mettre à pro­fit.

Fausses or­don­nances et soins psy­chiques

Ces trois femmes ont si­gné des at­tes­ta­tions d’ac­cueil « à tour de bras », se­lon une source proche de l’en­quête pour fa­ci­li­ter l’hé­ber­ge­ment de fa­milles can­di­dates au sé­jour en France, comme l’a ré­vé­lé « le Ré­pu­bli­cain lor­rain ». Des in­ter­prètes qui ont aus­si « pris en charge » la réa­li­sa­tion des dos­siers de de­mande d’asile au­près de la pré­fec­ture.

Leur point fort : elles fai­saient ré­di­ger des cer­ti­fi­cats mé­di­caux par un ré­seau de pra­ti­ciens qu’elles connais­saient bien, voire in­ti­me­ment. Par­mi eux, trois psy­chiatres, dont les or­don­nances jus­ti­fiant une obli­ga­tion de soins psy­chiques étaient ré­cur­rentes. C’est ce point qui a fi­ni par aler­ter les ser­vices de la pré­fec­ture de la ré­gion Lor­raine qui a alors sai­si « la po­lice de l’air et des fron­tières d’une sus­pi­cion de fi­lière d’im­mi­gra­tion ir­ré­gu­lière met­tant en cause des pro­fes­sion­nels de san­té en rai­son de la ré­gu­la­ri­té de leurs noms sur les or­don­nances ou de cer­ti­fi­cats mé­di­caux au bé­né­fice d’étran­gers en si­tua­tion ir­ré­gu­lière », in­dique la pré­fec­ture. Le re­cours à des psy­chiatres était un le­vier pour fa­ci­li­ter la ges­tion du dos­sier.

En­fin, les in­ter­prètes avaient aus­si noué des liens d’ha­bi­tude avec deux agents de la pré­fec­ture qui les ren­sei­gnaient sur l’avan­cée du dos­sier ins­truit par les ser­vices de la pré­fec­ture. Sans pour au­tant qu’il y ait pour ces fonc­tion­naires un lien de cor­rup­tion avé­ré. Ils ren­daient ser­vice plus qu’autre chose car ils ne « sont pas dé­ci­sion­naires dans la dé­li­vrance de titre de sé­jour ». En re­vanche, en l’état de l’en­quête, le nombre de titres illé­gaux dé­li­vrés n’est pas comp­ta­bi­li­sé. Le par­quet de Metz in­di­quait hier soir que, « vrai­sem­bla­ble­ment, les deux in­ter­prètes al­laient être pré­sen­tées à un ma­gis­trat ». meur­trier d’un étu­diant a été for­mel­le­ment iden­ti­fié, mis en exa­men à Mont­bé­liard (Doubs) et écroué. Le 5 juillet 1994, le corps de Sté­phane Die­te­rich, frap­pé de dix coups de cou­teau, avait été dé­cou­vert dans un bois connu comme lieu de ren­dez-vous sexuels, près d’une fête fo­raine de Bel­fort où il s’était ren­du la veille. La ré­ex­ploi­ta­tion de l’ADN a fi­ni par confondre son meilleur ami, âgé de 46 ans. nUN MI­LI­TAIRE de car­rière de l’ar­mée de l’air, sta­tion­né à Dra­gui­gnan (Var) et âgé d’une ving­taine d’an­nées, a été mis en exa­men et pla­cé hier en dé­ten­tion à la suite d’une sé­rie d’agres­sions sexuelles et d’un viol com­mis le week-end der­nier. C’est grâce au sang-froid de sa der­nière vic­time, qui a réus­si à ob­te­nir son nu­mé­ro de té­lé­phone, qu’il a pu être in­ter­pel­lé.

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Metz (Mo­selle). Les vic­times de ce tra­fic sé­jour­naient no­tam­ment dans le camp de ré­fu­giés de Bli­da, avant qu’il ne soit éva­cué.

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