Desc­hamps : « Ben­ze­ma a fait une er­reur, c’est évident »

Equipe de france. Di­sert et dé­ten­du, le sé­lec­tion­neur a ba­layé l’ac­tua­li­té des Bleus. L’Eu­ro 2016, le col­lec­tif tri­co­lore, l’af­faire de la sex-tape ou les dé­boires de Mi­chel Pla­ti­ni : il n’a élu­dé au­cun su­jet.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - Pro­pos recueillis par FRÉ­DÉ­RIC GOUAILLARD, HA­ROLD MAR­CHET­TI ET DO­MI­NIQUE SÉ­VÉ­RAC

À 175 JOURS de France - Rou­ma­nie, en ou­ver­ture de l’Eu­ro 2016, le sé­lec­tion­neur na­tio­nal est dans une forme phy­sique in­so­lente, sou­le­vant à notre de­mande son pull qui cache des ab­dos par­fai­te­ment des­si­nés. Mais sa tête va bien aus­si et, pen­dant une heure, il a abor­dé tous les su­jets, même les plus em­bê­tants. Il ne s’était d’ailleurs ja­mais au­tant li­vré sur l’af­faire Ben­ze­ma. La France peut-elle rem­por­ter l’Eu­ro comme le dit Thier­ry Hen­ry, es­ti­mant que l’Espagne et l’Al­le­magne sont moins do­mi­na­teurs qu’avant ? DI­DIER DESC­HAMPS. On a une chance, mais d’autres aus­si et peu­têtre plus que nous. Des équipes nous sont su­pé­rieures. On ne va rien cla­mer haut et fort au­jourd’hui, même si notre am­bi­tion est d’al­ler le plus loin pos­sible. Votre équipe a-t-elle pro­gres­sé de­puis le Mon­dial 2014 ? Oui. On a eu des hauts et des bas en 2015, même une sor­tie de route en juin en Al­ba­nie (0-1). Je ne peux pas l’ac­cep­ter, en termes d’in­ves­tis­se­ment et de dé­ter­mi­na­tion. Les joueurs en ont conscience. On a re­pris le bon che­min de­puis sep­tembre. La pro­gres­sion est col­lec­tive. Il y a aus­si l’ar­ri­vée de jeunes joueurs à gros po­ten­tiel dans le sec­teur of­fen­sif, Fe­kir, Ntep, Mar­tial, Co­man. Ce­la nous laisse en­tre­voir des pos­si­bi­li­tés et des op­tions dif­fé­rentes. C’est dans le sec­teur of­fen­sif que la pro­gres­sion est la plus im­por­tante et où il se­ra le plus dif­fi­cile de tout mettre en place. Las­sa­na Diar­ra a-t-il chan­gé les Bleus ? C’est un joueur de ni­veau in­ter­na­tio­nal avec un vé­cu et une ex­pé­rience de très haut ni­veau. Quand il est en pleine pos­ses­sion de ses moyens, il sait ce qu’il a à faire dans un rôle stra­té­gique. Au coeur du jeu, avoir cette ana­lyse, re­ca­drer au be­soin, c’est un plus. Llo­ris-Va­rane-Diar­ra : c’est un dé­but de co­lonne ver­té­brale ? La co­lonne n’est pas finie. Si une équipe se dé­gage, moins on la change, mieux c’est. Vous connais­sez l’équipe de dé­part de France - Rou­ma­nie du 10 juin ? Oui. Je peux l’ima­gi­ner, même si la donne a chan­gé avec l’ap­port des joueurs of­fen­sifs qui n’étaient pas au Mon­dial. Ce­la va m’obli­ger à ef­fec­tuer des choix dif­fi­ciles, par­mi les 23 mais aus­si les 11. Mais l’équipe que je vou­drais ali­gner pour France - Rou­ma­nie, je l’ai en tête. La porte est-elle en­core ou­verte avant l’éta­blis­se­ment de la liste des 23 ? C’est pos­sible, mais je ne suis pas là pour don­ner des es­poirs. La liste du mois de mars don­ne­ra une in­di­ca­tion pour l’Eu­ro. Elle se­ra proche de la réa­li­té même si je ne sais pas si tout le monde se­ra dis­po­nible. Les Bleus sont ar­ri­vés au Mon­dial por­tés par l’élan de France - Ukraine, le match de bar­rages re­tour. Pas cette fois-ci. Est-ce un han­di­cap ? Il y en a beau­coup qui ont vé­cu ce France - Ukraine et qui se­ront là pour l’Eu­ro. Ils ont gran­di de­puis. On n’a pas be­soin à chaque fois de créer un contexte et un évé­ne­ment. La fer­veur po­pu­laire et l’at­tente se­ront là. Après, ce se­ra à nous de ré­pondre dans la com­pé­ti­tion. Le héros de France - Ukraine, Ma­ma­dou Sa­kho, pos­sède-t-il tou­jours un avan­tage ? Quand je le fais jouer en Coupe du monde, ce n’est pas pour ce qu’il a réa­li­sé lors de France - Ukraine. Si j’es­time qu’un autre me donne plus de ga­ran­ties pour l’équipe, je le prends. Ce match lui a don­né une sorte d’im­mu­ni­té, non ? Il n’y a pas de joueur ir­rem­pla­çable. Je suis hu­main, OK, il y a le cô­té émo­tion­nel, OK, mais on ne ga­ran­tit pas une pla- ce sur un match. France - Ukraine, c’est der­rière dé­sor­mais. Qui se­ra à cô­té de Va­rane : Sa­kho ou Kos­ciel­ny ? Je le sais mais la ré­ponse n’a au­cun in­té­rêt parce qu’il n’y a pas de match. Et ça peut en­core chan­ger. Est-ce que l’af­faire de la sex-tape est un coup dur ? C’est une af­faire qui me gêne, qui m’énerve et dont je me se­rais bien pas­sé, sur­tout à six mois de l’Eu­ro. Je n’avais rien vu ve­nir. En­suite, le pré­sident de la FFF a pris la po­si­tion que vous connais­sez. Je la com­prends et je l’ac­cepte. Mais c’est une af­faire avec deux vo­lets, un spor­tif et un ju­di­ciaire. La juge consi­dère que c’est une af­faire pri­vée entre deux in­di­vi­dus et que le football n’a rien à voir là-de­dans. Cha­cun a le droit d’avoir un avis, mais la seule au­to­ri­té ha­bi­li­tée à ju­ger de la gra­vi­té des faits, c’est la jus­tice. Et elle a sa vi­tesse. Avez-vous suf­fi­sam­ment sou­te­nu Ma­thieu Val­bue­na de­puis le dé­but de cette af­faire ? J’ai échan­gé avec lui dès le dé­but, en­suite j’ai pris cer­taines dé­ci­sions en no­vembre (NDLR : de ne pas le sé­lec­tion­ner pour ne pas l’ex­po­ser) et je lui ai en­core par­lé de­puis. Donc je pense l’avoir sou­te­nu. Ma­thieu est la vic­time dans cette af­faire, il a dé­ci­dé de por­ter plainte. For­cé­ment, ce sont des si­tua­tions dif­fi­ciles à vivre, mais qui peut lui re­pro­cher quelque chose ? Je n’ai pas à le dé­fendre car il n’est ac­cu­sé de rien. Au­jourd’hui, il reste un joueur im­por­tant pour l’équipe de France. Vous ac­cep­tez la dé­ci­sion de votre pré­sident d’avoir écar­té Ben­ze­ma de la sélection, mais la par­ta­gez-vous ? La dé­ci­sion du pré­si

dent est co­hé­rente par rap­port à l’éthique et à la mo­rale. C’est de son res­sort. Il peut me de­man­der mon avis ou pas, mais, à par­tir du mo­ment où une dé­ci­sion est prise, je suis un sa­la­rié, certes pri­vi­lé­gié, de la FFF mais l’ins­ti­tu­tion est au-des­sus de moi. Cette af­faire peut-elle créer des clans au sein de l’équipe de France ? (Ferme.) Non. Ceux qui se­ront là se­ront à fond et en­semble. Ils de­vront l’être. Mais vous pen­sez peut-être qu’à mon époque nous étions 22 joueurs et qu’on s’em­bras­sait tout le temps ? L’uni­té, c’est sur le ter­rain. Pour le reste, il y a des af­fi­ni­tés et des groupes, mais pas des clans. Pen­sez-vous que Ben­ze­ma pour­ra re­ve­nir pour l’Eu­ro 2016 ? Pour l’ins­tant, ce n’est pas pos­sible, donc je ne vais pas me tor­tu­rer le cer­veau. Il peut se pas­ser tel­le­ment de choses en six mois. Pour l’ins­tant, je suis dans la pla­ni­fi­ca­tion de la pré­pa­ra­tion, le vi­sion­nage des ad­ver­saires, même pas en­core dans la liste que je vais don­ner au mois de mai. Ben­ze­ma a-t-il dé­jà été ju­gé par l’opi­nion ? Non, mais je trouve qu’il y a des choses ex­ces­sives, no­tam­ment le fait qu’on puisse trou­ver des PV d’écoutes dans la presse. Tant mieux pour les jour­naux mais, quand il s’agit d’un per­son­nage pu­blic, on le condamne sou­vent avant le ju­ge­ment. Ce­la ne vaut pas spé­cia­le­ment pour Ka­rim, mais la pré­somp­tion d’in­no­cence est un prin­cipe de droit. Mais, dans cette af­faire, vous n’êtes pas dé­çu par Ka­rim Ben­ze­ma ? Quel­qu’un m’a dit un jour : « En tant qu’en­traî­neur, on donne beau­coup pour ses joueurs mais il ne faut rien at­tendre en re­tour. » C’est ter­rible de dire ça, mais au fi­nal ce­la per­met de ne pas éprou­ver de dé­cep­tion. Ka­rim a fait une er­reur, c’est évident. Mais je pense qu’il n’a pas éva­lué la si­tua­tion dans la­quelle il se trou­vait. Et puis je ne dis pas ça pour dé­fendre Ka­rim mais les joueurs ont au­jourd’hui une telle fa­çon de s’ex­pri­mer entre eux, in­con­ce­vable à mon époque. Ils ont un lan­gage dif­fé­rent. Com­ment vous po­si­tion­nez-vous, en­fin, par rap­port aux dé­boires de Pla­ti­ni ? Je suis dé­çu pour Mi­chel, car je l’ap­pré­cie et il a ac­com­pli de très bonnes choses à l’UEFA. J’ai confiance en l’homme. Il m’est im­pos­sible de me pro­non­cer sur le fond du dos­sier. Je ne sais pas si on lui re­proche des choses à tort ou à rai­son. Si la jus­tice s’en mêle, c’est qu’il y a sans doute des points à éclair­cir. Mi­chel, c’est un instinctif, un spor­tif. Pas un po­li­tique ni un homme d’ar­gent.

« L’équipe que je vou­drais ali­gner pour France - Rou­ma­nie, je l’ai en tête » « Je n’ai pas à dé­fendre Ma­thieu, car il n’est ac­cu­sé de rien » « Ka­rim a fait une er­reur, c’est évident »

( LP / O liv ie r Le je un e. )

Pa­ris, hier. « Notre am­bi­tion est d’al­ler le plus loin pos­sible lors de l’Eu­ro », af­firme Di­dier Desc­hamps.

VI­DÉO

le­pa­ri­sien.fr

L’in­ter­view de Di­dier Desc­hamps

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