Cha­peau,PSA !

Après le scan­dale Va­rin, PSA ra­bote ses re­traites cha­peaux.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - ER­WAN BE­NE­ZET

EST-CE LA FIN d’une époque ? Le construc­teur au­to­mo­bile fran­çais PSA, qui re­groupe les trois marques Peu­geot, Ci­troën et DS, a fait mer­cre­di une an­nonce ex­plo­sive. Le groupe met en ef­fet fin à son sys­tème de re­traite cha­peau et pro­pose un autre sys­tème moins fa­vo­rable à ses di­ri­geants.

nDe quoi s’agit-il ?

Le « ré­gime de re­traite sup­plé­men­taire à pres­ta­tions dé­fi­nies », plus com­mu­né­ment ap­pe­lé re­traite cha­peau, per­met de gon­fler le sa­laire des di­ri­geants en y ajou­tant une sorte de bo­nus au mo­ment de leur dé­part. Le mon­tant, fixé à l’avance, est donc in­dé­pen­dant des résultats de l’en­tre­prise au cours du man­dat du di­ri­geant concer­né. Autre ca­rac­té­ris­tique : alors que les sys­tèmes de re­traite clas­siques, couplés à la Sécurité so­ciale, sont pla­fon­nés au­tour de 120 000 € par an, ces re­traites cha­peaux per­mettent, elles, de ga­gner jus­qu’à plu­sieurs di­zaines de mil­lions d’eu­ros !

nPour­quoi cette dé­ci­sion ?

En ces temps de disette éco­no­mique, les re­traites cha­peaux sont de plus en plus dé­criées. « La dé­ci­sion de PSA est une bonne sur­prise, es­time Pierre-Hen­ri Le­roy, fon­da­teur du ca­bi­net de con­seil Proxin­vest. Elle ré­pond sur­tout à une vraie lo­gique, car l’image du groupe avait été lar­ge­ment écor­née lorsque avait ex­plo­sé l’af­faire de la re­traite cha­peau de l’an­cien pa­tron de PSA, Phi­lippe Va­rin. » Fin 2013, en par­tance du groupe alors en grande dif­fi­cul­té, ce der­nier avait fi­na­le­ment dû re­non­cer aux 21 M€ pré­vus, face à l’ava­lanche de cri­tiques. Sauf que, quelques mois plus tard, le site In­ter­net Deon­to­fi ré­vé­lait qu’il avait quand même réus­si à ava­li­ser une re­traite com­plé­men­taire de… 300 000 € brut par an. Bien que la somme fi­na­le­ment ob­te­nue soit in­fé­rieure de 27 % au mon­tant ini­tia­le­ment pré­vu, l’ef­fet en termes d’image avait été dé­sas­treux.

nA qui pro­fi­te­ra t-elle ?

D’abord aux sa­la­riés. Car elle per­met­tra une éco­no­mie de 34 M€ dès l’exer­cice 2015, qui leur se­ra re­ver­sée. Les syn­di­cats ont d’ailleurs sa­lué cette dé­ci­sion, éva­luant à quelque 400 € la prime in­duite par sa­la­rié.

nIm­po­pu­laire, pas illé­gale

L’an­cien pa­tron de PSA est loin d’être le seul à bé­né­fi­cier d’une re­traite cha­peau. Cette pra­tique est de­ve­nue tel­le­ment cou­rante dans les grands groupes qu’une bonne moi­tié des di­ri­geants du CAC 40 en bé­né­fi­cient au­jourd’hui. En plus des bo­nus, stock-op­tions et ac­tions gra­tuites, elle leur as­sure une rente an­nuelle moyenne de près de 600 000 € ! Qui vient bien sûr s’ajou­ter à la pen­sion du ré­gime obli­ga­toire. Der­nière po­lé­mique en date : les 21 M€ pro­vi­sion­nés par GDF Suez, de­ve­nu de­puis En­gie, pour son PDG, Gé­rard Mes­tral­let, alors même que l’en­tre­prise, déte- nue à 33 % par l’Etat, avait lan­cé un grand plan de ri­gueur.

nUne ju­ris­pru­dence ?

Au mois de juin der­nier, plu­sieurs dis­po­si­tions de la loi Ma­cron ont ten­té d’en­ca­drer de ma­nière un peu plus stricte les pra­tiques. Une pre­mière. Jus­qu’ici, les en­tre­prises fran­çaises s’au­to­ré­gu­laient toutes seules comme des grandes. « En fait, ce sont d’abord les as­sem­blées gé­né­rales d’ac­tion­naires qui doivent veiller aux bonnes pra­tiques, es­time Pierre-Hen­ri Le­roy. Le cas de PSA pour­rait faire ju­ris­pru­dence. »

VI­DÉO

le­pa­ri­sien.fr PSA ré­forme ses re­traites cha­peaux au pro­fit des sa­la­riés

(LP/Mat­thieu Turel.)

Avec cette me­sure, les sa­la­riés de PSA per­ce­vront en­vi­ron 400 € de prime pour l’exer­cice 2015.

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