Une fré­quen­ta­tion en baisse

A la veille des va­cances de Noël, Gilles Leclair, le di­rec­teur de la sû­re­té d’Air France, dé­voile les me­sures de sécurité mises en place par la com­pa­gnie après les at­ten­tats du 13 no­vembre.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - Pro­pos recueillis par VINCENT VÉRIER V. V.

SA PA­ROLE EST RARE. Gilles Leclair, pré­fet, an­cien com­mis­saire pas­sé par l’an­ti­ter­ro­risme, de­ve­nu di­rec­teur de la sû­re­té d’Air France en 2014, dé­taille les nou­velles me­sures de sû­re­té mises en place dans la com­pa­gnie comme la sé­cu­ri­sa­tion des avions au sol. Qu’est-ce qui a chan­gé après les at­ten­tats ? GILLES LECLAIR. Même si les me­sures de sû­re­té étaient dé­jà très im­por­tantes, on a ren­for­cé les contrôles d’ex­plo­sifs sur les pas­sa­gers. Pour les vols dans l’es­pace Schen­gen, on vé­ri­fie dé­sor­mais l’iden­ti­té des voya­geurs. Tous nos avions qui sortent de main­te­nance sont contrô­lés de fond en comble. Avant, c’était de ma­nière aléa­toire. On a mul­ti­plié les scel­lés sur toutes les trappes de l’avion ac­ces­sibles de­puis l’ex­té­rieur pour s’as­su­rer qu’au­cun ob­jet n’y a été ca­ché avant un vol. Même chose pour ce qui rentre dans l’avion, le cour­rier mais aus­si les cha­riots pour la res­tau­ra­tion. Pour nos sa­la­riés et à la de­mande de l’Etat, on a mis fin à la to­lé­rance qui per­met­tait no­tam­ment aux per­son­nels na­vi­gants d’em­por­ter des bou­teilles de plus de 100 ml de li­quide. Nous ne com­mu­ni­quons pas les autres me­sures pour des rai­sons de sû­re­té. Et à l’étran­ger ? Ces me­sures s’ap­pliquent aus­si dans nos 200 es­cales in­ter­na­tio­nales. Mais pour une tren­taine d’entre elles, ju­gées plus sen­sibles, no­tam­ment en Afrique, au Proche et au Moyen-Orient, on double les contrôles, avec nos moyens hu­mains et ma­té­riels, dé­tec­teurs de mé­taux et d’ex­plo­sifs, quand on es­time que ce qui a été mis en place lo­ca­le­ment n’est pas suf­fi­sant. Nous ne pre­nons au­cun risque. Au moindre doute, on sus­pend la ligne. Daech a re­ven­di­qué l’explosion de l’avion russe en Egypte, avec un ex­plo­sif ca­ché dans une ca­nette… Nous n’avons pas en­core le rap­port de l’en­quête. Sur Le Caire, les au­to­ri­tés égyp­tiennes n’ont pas sou­hai­té qu’on double le dis­po­si­tif de sû­re­té. Néan­moins, on a ob­te­nu plus de contrôles, no­tam­ment une sur­veillance des avions la nuit. Pour les ca­nettes, on a aus­si ren­for­cé le sui­vi. Même si le risque zé­ro n’existe pas, on es­père être com­plè­te­ment étanche. S’il y a un dé­pôt d’ex­plo­sif dans l’avion, c’est à l’in­su des cir­cuits. C’est-à-dire ? Le ta­lon d’Achille du sec­teur, ce sont des com­pli­ci­tés in­ternes. C’est pour ça qu’on es­saye de dou­bler les contrôles ef­fec­tués lo­ca­le­ment. En France, les au­to­ri­tés ont an­non­cé qu’elles al­laient re­vé­ri­fier les pro­fils de toutes les per­sonnes dé­ten­trices d’un badge d’ac­cès et de cir­cu­la­tion dans les aé­ro­ports. Avant les at­ten­tats, les vé­ri­fi­ca­tions avaient lieu tous les trois ans. Dé­sor­mais, il y au­ra des contrôles aléa­toires entre les dates de re­nou­vel­le­ment. Des sa­la­riés d’Air France font-ils l’ob­jet d’une fiche S ? Je ne sais pas. Je peux juste dire que, de­puis le dé­but de l’an­née, trois sa­la­riés n’ont pas eu leur badge d’ac­cès à Rois­sy re­nou­ve­lé par les au­to­ri­tés. Et de­puis les at­ten­tats, un dos­sier est à l’étude. Le ra­di­ca­lisme re­li­gieux est-il pré­sent à Air France ? A ma connais­sance, non. Ces me­sures coûtent cher ? La sû­re­té et la sécurité de nos per­son­nels et clients n’ont pas de prix. Mais ce­la se chiffre à plu­sieurs mil­lions d’eu­ros par an. 123 000 pas­sa­gers en no­vembre par rap­port au même mois de 2014. Après les at­ten­tats de Ma­drid en 2004 et de Londres en 2005, les deux ca­pi­tales eu­ro­péennes avaient at­ten­du près de six mois pour re­trou­ver un tra­fic nor­mal. Le ges­tion­naire des aé­ro­ports pa­ri­siens, en lien avec l’Etat, es­père al­ler plus vite et mul­ti­plie les me­sures de sû­re­té, no­tam­ment pour ras­su­rer les pas­sa­gers. Les ef­fec­tifs mi­li­taires ont été mul­ti­pliés par deux pour at­teindre plu­sieurs cen­taines d’uni­tés. Et pen­dant la pé­riode des fêtes, des contrôles aléa­toires des sacs se­ront réa­li­sés ain­si que des ou­ver­tures de man­teaux pour s’as­su­rer qu’ils ne trans­portent pas d’ex­plo­sifs. En­fin, des nom­breuses pa­trouilles ac­com­pa­gnées de chiens sillon­ne­ront les aé­ro­gares. Même ren­for­ce­ment du cô­té de chez Air France. La com­pa­gnie na­tio­nale, qui compte sur les fêtes de fin d’an­née pour re­trou­ver un tra­fic nor­mal, a com­plé­té son dis­po­si­tif de sécurité (lire ci-contre).

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