Ra­di­ca­li­sa­tion : les mé­de­cins ont be­soin d’aide

L’Ordre des mé­de­cins a ré­di­gé une note d’in­for­ma­tion in­di­quant la marche à suivre face à des pa­tients ra­di­ca­li­sés.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - Le doc­teur Jean-Ma­rie Fa­roud­ja CH­RIS­TINE MATEUS

LE MÉ­DE­CIN est te­nu au res­pect du se­cret pro­fes­sion­nel par la loi et le Code de dé­on­to­lo­gie, c’est un fait. Tou­te­fois, ce droit fon­da­men­tal du pa­tient peut être un peu bous­cu­lé dans une si­tua­tion pré­cise : lorsque le pra­ti­cien est confron­té à un pa­tient qu’il juge en voie de ra­di­ca­li­sa­tion ou ra­di­ca­li­sé. Le doc­teur JeanMa­rie Fa­roud­ja, pré­sident de la sec­tion éthique et dé­on­to­lo­gie du Con­seil na­tio­nal de l’ordre des mé­de­cins (Cnom), in­dique d’ailleurs re­ce­voir de plus en plus d’ap­pels de confrères confron­tés à cette si­tua­tion et qui ne savent pas com­ment ré­agir.

Pour ré­pondre à ces pro­fes­sion­nels, le Cnom a dé­ci­dé de par­ti­ci­per ré­cem­ment à des jour­nées de for­ma­tion au mi­nis­tère de l’In­té­rieur sur la pré­ven­tion de la ra­di­ca­li­sa­tion. Afin de faire bé­né­fi­cier au plus grand nombre ces en­sei­gne­ments, il vient de pu­blier une note in­di­quant aux mé­de­cins la marche à suivre dans ces cas de fi­gure.

Celle-ci dé­bute d’ailleurs par une mise en garde : « La ra­di­ca­li­sa­tion ne doit pas être confon­due avec le fon­da­men­ta­lisme re­li­gieux : les fon­da­men­ta­listes sont des pra­ti­quants qui adoptent des pos­tures cultuelles ri­gou­reuses mais ne re­courent pas à la vio­lence, alors que les ra­di­caux lé­gi­ti­ment ou pra­tiquent des actes de vio­lence. » Pas ques­tion de stig­ma­ti­ser donc un pa­tient qui se se­rait fait sou­dai­ne­ment pous­ser la barbe.

« Ces ap­pels té­lé­pho­niques de confrères n’ont pas com­men­cé après les ré­cents évé­ne­ments tra­giques, ce­la fait deux ou trois mois que nous en re­ce­vons, comme ce­lui de ce mé­de­cin qui s’in­ter­roge sur un pa­tient qui vien­drait dé­sor­mais en djel­la­ba. Dans ce type de si­tua­tion, il n’y a rien à si­gna­ler. Le chan­ge­ment d’as­pect ves­ti­men­taire ou d’ap­pa­rence phy­sique, seul, ne suf­fit pas à jus­ti­fier une ra­di­ca­li­sa­tion. Il faut plu­sieurs in­di­ca­teurs pour ce­la », in­siste le doc­teur Fa­roud­ja.

Dans le ré­fé­ren­tiel in­ter­mi­nis­té­riel, on note no­tam­ment, comme autres in­dices, un com­por­te­ment en rup­ture avec l’en­vi­ron­ne­ment ha­bi­tuel, une famille fra­gi­li­sée, un dis­cours met­tant en avant des théo­ries com­plo­tistes… « Ici, il ne peut y avoir de dé­ro­ga­tion au se­cret mé­di­cal. C’est en son âme et conscience que le mé­de­cin doit ju­ger s’il y a un risque im­mi­nent de dan­ger, quitte à pas­ser de­vant la ju­ri­dic­tion dis­ci­pli­naire de l’Ordre ou de­vant un tri­bu­nal pé­nal. Tou­te­fois, les cir­cons­tances at­té­nuantes en­traî­ne­raient très cer­tai­ne­ment une re­laxe », ajoute ain­si le res­pon­sable.

Le Cnom a re­çu éga­le­ment des ap­pels de fa­milles in­quiètes. « Comme ce­lui de cette mère mu­sul­mane qui soup­çonne son fils de s’être ra­di­ca­li­sé. C’est nor­mal, le mé­de­cin est aus­si le confi­dent. Il doit alors lui conseiller de se rap­pro­cher du Centre na­tio­nal d’as­sis­tance et de pré­ven­tion de la ra­di­ca­li­sa­tion, qui re­cueille ces si­gna­le­ments. C’est un nu­mé­ro vert* ou­vert à tous, d’ailleurs. »

Lorsque le mé­de­cin a en face de lui un mi­neur « qui a 14 ans et lui dit qu’il par­ti­ra bien­tôt faire le ji­had », prend comme exemple le doc­teur Fa­roud­ja, la si­tua­tion est tout autre et la loi pré­voit une dé­ro­ga­tion à l’obli­ga­tion de res­pec­ter le se­cret pro­fes­sion­nel. « Nous avons le de­voir de pro­té­ger l’en­fant. Le mé­de­cin peut alors trans­mettre ces don­nées à une struc­ture spé­ci­fique qui est la cel­lule de re­cueil des in­for­ma­tions pré­oc­cu­pantes. Tou­te­fois, avant de le faire, il doit d’abord en in­for­mer les pa­rents, sauf si ce­la lui pa­raît contraire à l’in­té­rêt de l’en­fant. »

« C’est en son âme et conscience que le mé­de­cin doit ju­ger s’il y a un risque

im­mi­nent de dan­ger »

* Nu­mé­ro vert : 0.800.00.56.96. (ap­pel gra­tuit).

De­puis quelques mois, le Con­seil de l’ordre re­çoit des ap­pels de mé­de­cins qui ne savent pas com­ment ré­agir quand un de leurs pa­tients montre des signes de ra­di­ca­li­sa­tion.

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