La jus­tice rouvre l’af­faire Le­prince

Vingt et un ans après, l’en­quête sur le mas­sacre de Tho­ri­gné-sur-Dué a été re­lan­cée par le par­quet de la Sarthe. Au coeur du tra­vail des juges : la ques­tion de pos­sibles com­plices de Da­ny Le­prince, condam­né en 1997.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - Mar­tine C., l’ex-épouse de Da­ny Le­prince PAS­CALE ÉGRÉ

UN CRIME SAN­GLANT dans le huis clos du pa­villon fa­mi­lial d’une pe­tite com­mune de l’Ouest, où seule une fillette de 2 ans est épar­gnée. Un condam­né, Da­ny Le­prince, sur­nom­mé le Bou­cher de la Sarthe, qui, après un aveu par­tiel re­nié, a tou­jours cla­mé son in­no­cence. Et des ques­tions sans ré­ponses…

On croyait l’af­faire du qua­druple meurtre de Tho­ri­gné-sur-Dué en 1994 dé­fi­ni­ti­ve­ment close et ses mys­tères en­ter­rés par le re­jet de la re­quête en ré­vi­sion de ce der­nier, en 2011. Et lui, re­mis en li­ber­té condi­tion­nelle il y a trois ans, at­ten­dant, ré­si­gné, la fin des me­sures de son contrôle ju­di­ciaire. Il n’en est rien. Vingt et un ans après le mas­sacre du frère de Da­ny Le­prince, Ch­ris­tian, de sa belle-soeur Bri­gitte, et de ses nièces, Au­drey et San­dra, la jus­tice a rou­vert ce dos­sier.

C’était il y a un an, au Mans, après que le père de Da­ny et Ch­ris­tian a por­té plainte avec consti­tu­tion de par­tie ci­vile, a ré­vé­lé hier le quo­ti­dien « Ouest-France ». Dans la fou­lée, et en toute dis­cré­tion, le par­quet a dé­ci­dé l’ou­ver­ture d’une in­for­ma­tion ju­di­ciai­re­contre X pour « meurtre ag­gra­vé et com­pli­ci­té ». Trois juges d’ins­truc­tion ont été dé­si­gnés, in­dique le pro­cu­reur ad­joint de la Ré­pu­blique Her­vé Dre­vard. « Le pos­tu­lat du plai­gnant, Ro­bert Le­prince, est que Da­ny Le­prince n’est peut-être pas le seul à avoir com­mis les faits pour les­quels il a été condam­né », pré­cise-t-il.

Cette nou­velle ins­truc­tion vise donc à ten­ter de dé­ter­mi­ner si d’autres per­sonnes que Da­ny Le­prince ont par­ti­ci­pé au crime pour le­quel il a éco­pé de la per­pé­tui­té. En droit, ni la pres­crip­tion — in­ter­rom­pue par la re­quête en ré­vi­sion — ni le prin­cipe de « l’au­to­ri­té de la chose ju­gée » ne pou­vaient être op­po­sés, dé­crypte le ma­gis­trat, puisque « nul ne peut af­fir­mer que per­sonne d’autre n’a par­ti­ci­pé aux faits ». Pour mé­moire, moult in­ter­ro­ga­tions sur le rôle de l’ex-épouse de Da­ny Le­prince à l’époque, Mar­tine C., et de leur fille aî­née, Cé­lia — qui avaient été ses prin­ci­pales ac­cu­sa­trices — avaient sur­gi des contreen­quêtes de ses avo­cats, sou­tiens et des tra­vaux de la com­mis­sion de ré­vi­sion. Nul doute que ces deux femmes se­ront un jour en­ten­dues. « Je me de­mande si j’ai pas fait quelque chose ; j’ai peut-être tué quel­qu’un », avait alors étran­ge­ment li­vré Mar­tine C., tout en main­te­nant ses ac­cu­sa­tions.

Qu’ont fait les juges de­puis un an ? Au­cune au­di­tion n’a été ef­fec­tuée pour l’ins­tant. « Ils se sont ef­for­cés de ré­cu­pé­rer l’en­semble des pièces de la pro­cé­dure ini­tiale, ain­si que celles re­cueillies lors de l’en­quête de la com­mis­sion de ré­vi­sion », ex­plique le pro­cu­reur Dre­vard. Ils ont aus­si re­cen­sé les pièces à convic­tion en­core exis­tantes, car nombre d’entre elles ont été dé­truites. Il reste no­tam­ment une trace com­plète d’ADN, re­le­vée sur un cou­teau jaune, qui n’a ja­mais été « pas­sée dans les fi­chiers », ex­pli­quait no­tam­ment le pas­sion­nant livre-en­quête du jour­na­liste Franck Jo­han­nès sur l’af­faire (« le Cou­teau jaune », Cal­mannLé­vy, 2012).

Ni l’avo­cat de Da­ny Le­prince, Me Yves Bau­de­lot, ni celle de Ro­bert Le­prince, Me Em­ma­nuelle Kneu­sé, n’ont sou­hai­té s’ex­pri­mer. Seule Béa­trice Pois­sant, qui avait épou­sé Da­ny Le­prince en dé­ten­tion en 2008 et sou­te­nu son com­bat avant qu’ils ne di­vorcent il y a quelques mois, s’est ré­joui : « C’est une grande chance pour lui », dit celle qui reste « convain­cue de son in­no­cence ». 5 sep­tembre 1994. Les corps de Ch­ris­tian et Bri­gitte Le­prince, de leurs filles de 6 et 10 ans sont dé­cou­verts chez eux à Tho­ri­gné-sur-Dué (Sarthe). Da­ny Le­prince avoue le meurtre de son frère, avant de se ré­trac­ter. 17 dé­cembre 1997. Il est condam­né à la per­pé­tui­té. 31 oc­tobre 2005. Il dé­pose une re­quête en ré­vi­sion. 1er juillet 2010. Après cinq ans d’en­quête, la Cour de ré­vi­sion or­donne sa libération. Il sort de pri­son le 8 juillet. 6 avril 2011. La re­quête est re­je­tée, Le­prince re­tourne en pri­son. 19 oc­tobre 2012. Da­ny Le­prince est li­bé­ré sous bra­ce­let élec­tro­nique et contrôle ju­di­ciaire. 31 dé­cembre 2014. Le par­quet de la Sarthe ouvre une nou­velle in­for­ma­tion ju­di­ciaire après la plainte contre X du père.

« Je me de­mande si j’ai pas fait quelque chose, j’ai peut-être tué quel­qu’un»

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.