Le cal­vaire des vic­times du gou­rou d’Ugine

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - Al­bert­ville (Sa­voie) de notre cor­res­pon­dant L’une des vic­times SERGE PUEYO

CE SONT des femmes meur­tries, dé­truites par des an­nées de souf­france, qui ont eu le cou­rage de ve­nir té­moi­gner hier contre ce­lui qu’elles pré­sentent comme un gou­rou. Jacques Mas­set, 70 ans, qui se dit psy­cha­na­lyste, est ju­gé de­puis mer­cre­di de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel d’Al­bert­ville pour « abus de fai­blesse », après avoir pous­sé des di­zaines de pa­tientes à des re­la­tions sexuelles non pro­té­gées avec d’autres pa­tients de son ca­bi­net, les in­ci­tant même à des pra­tiques sa­do­ma­so­chistes. An­cien agent de pro­pre­té à An­ne­cy, il avait pro­fi­té du vide ju­ri­dique de ces pro­fes­sions pour s’au­to­pro­cla­mer psychothérapeute, af­fi­lié à la So­cié­té fran­çaise d’ana­lystes pra­ti­ciens jun­giens (SFAPJ).

Soixante-douze vic­times ont été iden­ti­fiées, mais dix-neuf seule­ment se sont por­tés par­ties ci­viles. Sous pré­texte de soi­gner leurs maux, le psy­cha­na­lyste, qui exer­çait à Ugine (Sa­voie) de­puis 1995, pres­cri­vait comme thé­ra­pie d’as­sou­vir leurs pul­sions en adop­tant une sexua­li­té dé­bri­dée et ex­trême. A la barre l’une de ses vic­times vient té­moi­gner avec émo­tion de l’en­fer qu’elle a vé­cu : « J’avais des pro­blèmes dans mon couple. Il m’a dit qu’il fal­lait que j’en­tre­prenne un tra­vail sexuel en ayant des re­la­tions avec plu­sieurs de ses pa­tients. Un jour, j’ai eu plus de dix par­te­naires dans la jour­née à son ca­bi­net. Et il a as­sis­té à tout ça. Il s’agis­sait par­fois de re­la­tions très dé­gra­dantes. Je me suis re­trou­vé à quatre pattes avec des chaînes. En in­ter­pré­tant un de mes rêves, il a af­fir­mé que j’avais été abu­sée par mon père, que je por­tais en moi le dé­sir in­cons­cient d’être une pute. Il m’a alors de­man­dé de sor­tir en ville, vê­tue de fa­çon lé­gère, pour at­ti­rer le re­gard des hommes. Je suis al­lée jus­qu’à me pros­ti­tuer pen­dant quelques mois. J’étais to­ta­le­ment sous l’em­prise de cet homme d’une grande per­ver­si­té. Un jour, les gen­darmes m’ont ap­pe­lée en di­sant qu’il avait été ar­rê­té. Quand j’ai com­pris, j’ai fait une dé­pres­sion. J’ai dû ar­rê­ter de tra­vailler pen­dant deux ans. Je ne pe­sais plus que 47 kg. » Une autre vic­time : « Mas­set m’a dit que j’avais dû être vio­lée par mon grand-père, que je de­vais re­vivre mon viol pour m’en dé­ta­cher. Il m’a ame­née à avoir des re­la­tions sexuelles avec lui. Il me di­sait qu’il me ren­dait ser­vice. On le pré­sen­tait comme un grand thé­ra­peute, il m’im­pres­sion­nait. »

Des vic­times ont dû dé­bour­ser de 15 000 à 25 000 € pour ré­gler les séances du gou­rou, pen­dant plu­sieurs an­nées. Dans le box, Jacques Mas­set, qui est in­car­cé­ré de­puis six mois, re­jette toutes ces ac­cu­sa­tions : « Je n’ai ja­mais ma­ni­pu­lé per­sonne et sur­tout pas pour de l’ar­gent. Je vou­lais juste faire le bien en ap­pli­quant des mé­thodes que je pense bonnes », ex­plique-t-il très sûr de lui. Le ju­ge­ment est at­ten­du au­jourd’hui.

« Je suis al­lée jus­qu’à

me pros­ti­tuer »

(DR.)

Jacques Mas­set, qui se dit psy­cha­na­lyste, au­rait pous­sé des di­zaines de pa­tientes à des re­la­tions sexuelles dé­gra­dantes.

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