Vingt-cinq ans de pri­son pour un « bar­be­cue mar­seillais »

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - VA­LÉ­RIE MAHAUT

LA LOI DE LA CI­TÉ n’a pas fait plier les ju­rés. Hier soir, la cour d’as­sises des Bouches-du-Rhône a condam­né les trois hommes ju­gés pour le triple as­sas­si­nat de Noël 2011 à Mar­seille à vingt-cinq ans de ré­clu­sion. Un rè­gle­ment de comptes fa­çon « bar­be­cue mar­seillais », di­rec­te­ment lié à la guerre de ter­ri­toires que se livrent les dea­leurs des quar­tiers Nord de la ville. Au fil de six jour­nées d’au­dience, les preuves in­con­tes­tables n’ont pas émer­gé, les té­moins ame­nés de force n’ont pas par­lé, les ac­cu­sés — La­mine La­ri­bi, 26 ans, son frère ca­det Meh­di et leur com­man­di­taire Sa­my Ati, 33 ans — n’ont rien lâ­ché. Les frères nient avoir tué So­ny Al­ba­rel­lo, Nou­ri Oua­lan et Mo­ha­med Bou­hem­bel sur contrat, le 25 dé­cembre, dans la ci­té Bas­sens, point « cen­tral » où s’ap­pro­vi­sionnent les ré­seaux lo­caux.

Les mères des vic­times ont bri­sé l’omer­ta

Ac­com­pa­gné de Nou­ri et Mo­ha­med dans son Au­di A3, 60 000 € en poche, So­ny s’était ren­du à un ren­dez­vous avec La­mine ce soir de Noël. Les trois gar­çons, de 19 et 20 ans, avaient été exé­cu­tés au 9 mm dans l’Au­di. Meh­di avait ai­dé son frère à dé­pla­cer la voi­ture, re­trou­vée 10 km plus loin, les corps cal­ci­nés à l’in­té­rieur. Si l’ins­truc­tion a pros­pé­ré jus­qu’au pro­cès, c’est grâce à quatre té­moins en­ten­dus sous X, dont l’ano­ny­mat semble l’unique pro­tec­tion. Mais il y eut aus­si les mères des vic­times. De­vant les en­quê­teurs comme au pro­cès, elles ont bri­sé l’omer­ta, té­moi­gné du si­lence des ci­tés où se cô­toient fa­milles de tueurs et de vic­times, où « tout le monde est au cou­rant des tra­fics de drogue mais ne dit rien par peur ». A l’énon­cé du ver­dict, de vives ten­sions ont op­po­sé les fa­milles hier. La po­lice a dû les sé­pa­rer.

De­puis le dé­but de l’an­née, la guerre de ter­ri­toires s’est tra­duite par douze rè­gle­ments de comptes et qua- torze décès dans la ci­té pho­céenne. S’il dé­plore ces sta­tis­tiques ma­cabres, le pré­fet de po­lice, Laurent Nuñez, n’en­tend pas re­lâ­cher la pres­sion et se fé­li­cite de l’in­car­cé­ra­tion de 150 per­sonnes liées au tra­fic entre jan­vier et oc­tobre, soit le double par rap­port à 2014. Le rythme des exé­cu­tions risque de ne pas ra­len­tir. Au contraire : « Les rè­gle­ments de comptes sont une consé­quence di­recte du dé­man­tè­le­ment des ré­seaux », sou­ligne Laurent Nuñez. Dès qu’une équipe tombe, des gangs concur­rents convoitent le plan à re­prendre et s’éli­minent si be­soin.

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