« Ce­la va se dé­ve­lop­per chez les plus de 50 ans »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par F.D.

LE CHAR­GÉ de re­cherches à l’Ined* est un spé­cia­liste des com­por­te­ments conju­gaux et fa­mi­liaux. Les jeunes forment le gros des couples non co­ha­bi­tants… Ce n’est pour­tant pas une nou­velle conju­ga­li­té dites-vous ? AR­NAUD RÉ­GNIER-LOI­LIER. Chez les plus jeunes, il est ma­ni­feste que c’est tran­si­toire. Au bout de trois ans, soit ils se sont sé­pa­rés, soit ils se sont ins­tal­lés en­semble. Il est très clair que les pro­jets d’en­fants sont in­com­pa­tibles avec des vies sé­pa­rées. La re­la­tion non co­ha­bi­tante est une étape. Et elle l’est aus­si, dans une moindre me­sure, pour les gens un peu plus âgés qui ont dé­jà vé­cu en couple et ont des en­fants. Eux ne sont pas prêts à se ré­ins­tal­ler im­mé­dia­te­ment avec quel­qu’un.. Ni à im­po­ser trop vite leurs en­fants à leur nou­vel amou­reux ou in­ver­se­ment. Alors qui sont vrai­ment ceux qui veulent « res­ter en­semble sans vivre en­semble » ? On les trouve dans cer­tains mi­lieux so­cio­cul­tu­rels sou­vent as­sez ai­sés, où l’on tient à ses am­bi­tions, son in­dé­pen­dance. Ces per­sonnes nous disent qu’elles font beau­coup d’en­vieux et es­suient aus­si beau­coup de cri­tiques : elles sont per­çues comme « libres » et « égoïstes », un peu comme les gens qui ne veulent pas d’en­fants. Mais glo­ba­le­ment, ce n’est pas un nou­veau mode de vie contes­ta­tai- re comme a pu l’être l’union libre vis-à-vis du ma­riage pour cer­taines per­sonnes dans les an­nées 19701980. Ce nou­veau mode de vie est sans doute ame­né à se dé­ve­lop­per avec l’al­lon­ge­ment de la vie, no­tam­ment chez les plus de 50 ans. C’est aus­si le cas chez les veufs, qui sont cha­cun pro­prié­taires de leur cô­té, sou­vent at­ta­chés à la mé­moire de leur pré­cé­dent conjoint, à leur mai­son, leurs meubles, leur vie… Ceux-là s’ancrent vrai­ment dans une re­la­tion sans fran­chir le pas de la mise en mé­nage. Même si on ne sait ja­mais si l’un des deux com­pa­gnons ne su­bit pas la si­tua­tion… Au fi­nal, ce n’est pas si choi­si que ce­la, alors ? Deux per­sonnes amou­reuses qui font ce choix, c’est fi­na­le­ment as­sez rare. Mais ce qui est cer­tain, c’est qu’à l’échelle d’une vie, on est da­van­tage ame­né à vivre des pé­riodes non co­ha­bi­tantes. Il y a de plus en plus de sé­pa­ra­tions, de ren­contres et de phases in­ter­mé­diaires où l’on n’est pas prêt à co­ha­bi­ter. On n’est plus en couple « pour la vie » mais par sé­quences, qui s’in­ter­rompent et re­dé­marrent, avec des temps d’adap­ta­tion. Etre en­semble sans vivre en­semble, c’est donc beau­coup plus une nou­velle étape de la vie conju­gale qu’une nou­velle forme de conju­ga­li­té.

« Ce n’est pas un nou­veau mode de vie

contes­ta­taire comme a pu l’être l’union libre »

* Ins­ti­tut na­tio­nal d’études dé­mo­gra­phiques.

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