L’avis mé­di­cal à 295 € fait hur­ler

Un nou­veau site pro­pose au ma­lade un se­cond avis d’ex­pert sur dos­sier, moyen­nant une jo­lie somme non rem­bour­sée par l’As­su­rance ma­la­die. Il est la cible de l’ordre des mé­de­cins et de pro­fes­sion­nels de san­té.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - DA­NIEL ROSENWEG

EN­CORE une riche e-idée. Sol­li­ci­ter un se­cond avis d’un mé­de­cin quand on vient de vous an­non­cer une mau­vaise nou­velle, c’est lé­gi­time, voire né­ces­saire. Mais com­ment faire quand les spé­cia­listes se font rares ? De­puis le 1er dé­cembre, trois en­tre­pre­neuses pro­posent une so­lu­tion avec un nou­veau site In­ter­net. Sur Deuxie­mea­vis.fr, on peut sol­li­ci­ter à dis­tance et sur dos­sier nu­mé­ri­sé l’avis d’un « ex­pert » sur un pre­mier diag­nos­tic. Ré­ponse as­su­rée sous quatre à sept jours sur 180 pa­tho­lo­gies, dont can­cers, asthme, dé­gé­né­res­cence ma­cu­laire liée à l’âge, syn­drome du ca­nal car­pien, ar­throse… Le site a la cau­tion de som­mi­tés mé­di­cales dont le Pr Laurent De­gos, vice-pré­sident de l’Ins­ti­tut Pas­teur, du Pr Di­dier Sicard, an­cien pré­sident du Co­mi­té na­tio­nal d’éthique, et de Claude Ram­baud, vice-pré­si­dente du Ciss, qui re­pré­sente les as­so­cia­tions de pa­tients.

En­quête an­non­cée

Mais voi­là, à 295 € la consul­ta­tion, non rem­bour­sée par l’As­su­rance ma­la­die, les ré­ac­tions sont nom­breuses et vives. En par­ti­cu­lier du Con­seil na­tio­nal de l’ordre des mé­de­cins, qui va en­quê­ter sur les nou­velles pra­tiques de té­lé­con­sul­ta­tions. « Ce site pose le pro­blème plus gé­né­ral de l’ubé­ri­sa­tion de la san­té qui passe par une plate-forme In­ter­net sans res­pec­ter le ver­tueux par­cours de soins dé­fen­du par les pou­voirs pu­blics, ex­plique Jacques Lu­cas, char­gé du dos­sier à l’ordre dont il est le vice-pré­sident. J’ai cru com­prendre que l’ini­tia­tive de Deuxie­mea­vis.fr pour­rait être sou­te­nue par des com­plé­men­taires san­té qui pren­draient en charge la consul­ta­tion. Il y au­rait alors deux portes d’ac­cès aux soins, celle qui passe par ces com­plé­men­taires et celle des autres pa­tients, ce qui crée­rait une in­éga­li­té. »

Autre ré­ac­tion, celle de la CSMF, pre­mier syn­di­cat de mé­de­cins. Son pré­sident, Jean-Paul Or­tiz, ne dé­co­lère pas : « A l’heure où l’on parle d’éga­li­té d’ac­cès aux soins pour tous, pro­po­ser sur In­ter­net un pseu­do-deuxième avis pour près de 300 € est scan­da­leux. » De fait, les créa­trices du site ont dé­jà convain­cu « une mu­tuelle et une branche pro­fes­sion­nelle » de rem­bour­ser cet acte (lire en­ca­dré). Ce qui fait bon­dir les mé­de­cins sur la toile. A l’image du Dr Va­lé­rie Briole, rhu­ma­to­logue à Pa­ris. « Com­ment des or­ga­nismes mu­tua­listes et l’Etat, qui es­timent à 23 € la va­leur réelle d’une consul­ta­tion, sont-ils ca­pables de sou­te­nir un site où, pour 295 € payables d’avance, des ex­perts émet­traient un se­cond avis mé­di­cal sans exa­mi­ner le pa­tient ! » Pour elle, « ce site ex­ploite le doute des pa­tients dans un but lu­cra­tif ».

Sur les 295 € fac­tu­rés, 120 € vont au mé­de­cin, 175 € servent à cou­vrir les frais du site. Ce prix et sa ré­par­ti­tion ne sa­tis­font pas plei­ne­ment le Ciss, qui rap­pelle que « ce site est et doit res­ter une so­lu­tion par­mi d’autres ». Le mi­nis­tère de la San­té note sim­ple­ment qu’il s’agit « d’un pro­jet d’ini­tia­tive en­tiè­re­ment pri­vé, sans sou­tien fi­nan­cier pu­blic ».

Deuxie­mea­vis.fr per­met de sol­li­ci­ter à dis­tance l’avis d’un ex­pert sur un pre­mier diag­nos­tic. Ré­ponse as­su­rée sous quatre à sept jours sur 180 pa­tho­lo­gies.

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