Femme avant d’être sainte

Le pape a re­con­nu hier un mi­racle ou­vrant la porte à la ca­no­ni­sa­tion de mère Te­re­sa. Pour­tant, elle n’était pas par­faite… comme de grands saints avant elle.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

CAL­CUT­TA, 1952. Une femme bles­sée ago­nise sur un trot­toir, les pieds ron­gés par des rats. Cette ren­contre se­ra dé­ter­mi­nante pour An­jezë (Agnès) Gon­x­ha Bo­jax­hiu. Cette mis­sion­naire de la cha­ri­té, en­trée chez les soeurs à 18 ans sous le nom de Te­re­sa, tient alors un dis­pen­saire dans un bi­don­ville de la mé­ga­pole in­dienne. Elle ob­tient des au­to­ri­tés une vieille bâ­tisse pour ac­cueillir des ma­lades in­di­gents dont les hô­pi­taux ne veulent plus. Ain­si est né le mythe de mère Te­re­sa. Dix-huit ans après sa mort, le pape Fran­çois a si­gné hier un dé­cret re­con­nais­sant un deuxième mi­racle at­tri­bué à la re­li­gieuse al­ba­naise. Ce qui ouvre la voie à sa ca­no­ni­sa­tion l’an pro­chain.

En 2002, le Va­ti­can avait re­con­nu la gué­ri­son par son in­ter­ces­sion d’une Ben­ga­lie de 30 ans souf­frant d’une tu­meur ab­do­mi­nale. En 2008, un in­gé­nieur bré­si­lien vic­time de mul­tiples tu­meurs au cer­veau, tom­bé dans le co­ma au bloc opé­ra­toire, avait vu son in­ter­ven­tion re­tar­dée d’une de­mi-heure.

Prix No­bel de la paix

Au re­tour du chi­rur­gien, le pa­tient était as­sis, ré­veillé et en par­faite san­té. Pen­dant ce temps, son épouse et ses proches avaient prié mère Te­re­sa dans la cha­pelle de l’hô­pi­tal. Une « gué­ri­son in­ex­pli­cable » pour le corps mé­di­cal, sy­no­nyme de mi­racle pour l’Eglise.

« Jus­qu’ici béa­ti­fiée et consi­dé­rée comme une bien­heu­reuse, elle se­ra dé­sor­mais une sainte pour tous les ca­tho­liques du monde et son nom fi­gu­re­ra sur le ca­len­drier à la date de sa mort qui cor­res­pond à sa nais­sance au ciel », ex­plique l’his­to­rien des re­li­gions, Jean-Fran­çois Co­lo­si­mo. Prix No­bel de la paix, cette sil­houette fluette est de­ve­nue une icône de la com­pas­sion, consa­crant sa vie en­tière aux plus pauvres d’entre les pauvres. Celle que l’on ap­pe­lait dé­jà de son vi­vant la Sainte de Cal­cut­ta avait ou­vert dans sa ville un vaste or­phe­li­nat et une lé­pro­se­rie où sont tis­sés les sa­ris blancs bor­dés de bleu por­tés par les 4 500 mis­sion­naires de la cha­ri- té qui of­fi­cient dans le monde. « Cette fi­gure pla­né­taire de la mi­sé­ri­corde et de la cha­ri­té est dé­sor­mais consi­dé­rée par le Va­ti­can comme un exemple pour tous les ca­tho­liques », ex­plique Jean-Fran­çois Co­lo­si­mo.

Après sa mort, la ré­vé­la­tion d’ex­traits de sa cor­res­pon­dance per­son­nelle, où elle di­sait no­tam­ment avoir dou­té de sa foi, avait écor­né son image. « Un saint n’est ni un ex­tra­ter­restre ni un ange, ex­plique l’his­to­rien. Mère Te­re­sa a vé­cu l’épreuve de l’aban­don de Dieu, comme avant elle de très grands saints du Moyen Age. C’était une femme vi­vante qui n’était pas étanche au dé­sir, qui a tra­ver­sé des doutes et connu la frus­tra­tion. Mais, au contraire d’un héros qui n’a pas le droit à l’er­reur, un saint est pré­ci­sé­ment quel­qu’un qui réus­sit à re­naître après avoir pris des ga­melles et qui par­vient à conver­tir le plomb en or. » Le di­rec­teur des Edi­tions du Cerf es­time que mère Te­re­sa oc­cu­pe­ra « une place cen­trale » par­mi les ca­no­ni­sés : « Du haut de son 1,52 m, cette drôle de pe­tite femme a mon­tré le che­min en veillant sur ceux qui mou­raient au coin de la rue et dont per­sonne ne s’oc­cu­pait en Inde. Or, il n’y a pas de plus grand amour que de don­ner sa vie aux autres. »

(A.P.)

Dix-huit ans après sa mort, en 1997, un se­cond mi­racle a été at­tri­bué à mère Te­re­sa, qui de­vrait être ca­no­ni­sée l’an­née pro­chaine.

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