Trapp n’in­quiète pas les spé­cia­listes

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - Pro­pos recueillis par SYL­VIE DE MACEDO ET BER­TRAND MÉ­TAYER

SON BUT EN­CAIS­SÉ di­manche contre Lyon fait tou­jours ja­ser (5-1). Ce soir-là, Ke­vin Trapp a es­suyé les mo­que­ries du pu­blic du Parc des Princes qui, trois jours plus tard, a scan­dé le nom de Sal­va­tore Si­ri­gu, ti­tu­laire en Coupe de la Ligue.

De­puis son ar­ri­vée à Pa­ris, le gar­dien al­le­mand a dé­jà com­mis trois bourdes. « Des er­reurs, ça m’ar­ri­ve­ra en­core même si j’es­père que non », avouait-il dans nos co­lonnes le 7 dé­cembre. Faut-il s’in­quié­ter de ces fautes à ré­pé­ti­tion ? Nous avons de­man­dé l’avis de vrais spé­cia­listes de ce poste si par­ti­cu­lier. Se­lon eux, le ta­lent de Trapp est in­dis­cu­table, mais son style mo­derne gé­nère des er­reurs.

Lio­nel Le­ti­zi, gar­dien du PSG entre 2000 et 2006 « Contre Bor­deaux, il au­rait pu en­voyer le bal­lon dans le tas mais il a pré­fé­ré tem­po­ri­ser pour re­lan­cer cor­rec­te­ment. Sa faute est de ne pas voir le re­tour de Khaz­ri. A Ma­drid, sa vo­lon­té est d’al­ler dans la sur­face mais il ap­pré­cie mal la si­tua­tion. En­fin, contre Lyon, il veut es­sayer de gar­der le bal­lon au lieu de le faire pas­ser au­des­sus de sa barre afin d’évi­ter un cor­ner. Bref, les er­reurs com­mises sont sou­vent liées à son style de jeu. On lui de­mande de jouer au pied et très haut de fa­çon à di­ri­ger le jeu de son équipe. Il prend donc bien plus de risques qu’un gar­dien qui se conten­te­rait de res­ter sur sa ligne. Mais, à titre per­son­nel, j’aime beau­coup son style. Il est très sobre, ef­fi­cace et, sur­tout, il s’ins­crit dans le col­lec­tif. »

Huard, gar­dien de Bor­deaux entre 1991 et 1996 « J’ai en­cais­sé le même but que lui contre Lyon. On s’en sou­vient toute sa vie ! Il a com­mis une faute de main, sur une frappe loin­taine qui change lé­gè­re­ment de tra­jec­toire et qu’il es­saie de cap­ter au lieu de boxer. Je suis per­sua­dé que, d’ici à la fin de la sai­son, il va aus­si se prendre un but sur une frappe de 40 m. Ça fe­ra rire, évi­dem­ment, mais ça ne fe­ra pas de lui un mau­vais gar­dien. Ses er­reurs se cor­rigent fa­ci­le­ment en res­tant vi­gi­lant. Jouer haut de­mande beau­coup de concen­tra­tion. Mais ces fautes ne sont pas liées à de la fé­bri­li­té. Il m’ins­pire d’ailleurs plus de confiance que Si­ri­gu. Il est aus­si plus di­rec­tif avec ses dé­fen­seurs que ne l’était l’Ita­lien. Un gar­dien se doit d’être un lea­deur. Il a da­van­tage ce pro­fil-là. »

Do­mi­nique Ca­sa­grande, gar­dien du PSG entre 1998 et 2001 « Il a deux ou trois ar­rêts à faire par match. Etre si peu sol­li­ci­té est com­pli­qué car il faut sa­voir res­ter concen­tré du dé­but à la fin. Il est en­core jeune et c’est son pre­mier grand club. Si­ri­gu est très bon mais Trapp a des qua­li­tés dif­fé­rentes. Il est plus mo­derne : il joue au pied, il est très avan­cé, il par­ti­cipe au jeu of­fen­sif de son équipe, le tout avec beau­coup de so­brié­té. Cette mo­der­ni­té le pousse à com­mettre plus de fautes vi­sibles du grand pu­blic. Tout ça va lui per­mettre de gran­dir. Lors de sa pre­mière sai­son à Pa­ris, Si­ri­gu n’était pas ir­ré­pro­chable non plus. Or, là, j’es­time que Trapp a dé­jà fait ga­gner beau­coup de points à son équipe. On sau­ra avec les pro­chains matchs eu­ro­péens s’il est l’ave­nir du PSG. Moi, je le crois. »

Alon­zo, gar­dien du PSG entre 2001 et 2008 « Il a com­mis dif­fé­rentes er­reurs. Celle contre Bor­deaux est liée au fait qu’il a été re­cru­té en par­ti­cu­lier pour son jeu au pied. Du coup, il veut sys­té­ma­ti­que­ment re­lan­cer pro­pre­ment alors que, dans ce cas-là, il doit mettre une ca­ca­huète. Contre le Real Ma­drid, c’est plu­tôt une er­reur d’at­ten­tion alors que, contre Lyon, c’est LA vraie faute, celle que l’on a tous faite. Il ne fait pas de choix. Ni ce­lui de boxer ni ce­lui de blo­quer. Sa chan- ce, c’est qu’il tra­vaille avec Ni­co­las Dehon, le meilleur en­traî­neur des gar­diens en France. Et comme je n’ima­gine pas Sal­va­tore Si­ri­gu res­ter, il se­ra plus se­rein. Ke­vin Trapp est un bon gar­dien, un très bon même, mais son pro­blème est de ne pas être lar­ge­ment au-des­sus de Si­ri­gu et Dou­chez, qui sont en plus des ca­dors du ves­tiaire. »

« Il prend bien plus de risques » « Il m’ins­pire plus de confiance que Si­ri­gu » « Tout ça va lui per­mettre de gran­dir » « Contre Lyon, c’est une faute que l’on a tous faite » « Ses er­reurs res­semblent à celles d’Apou­la Edel »

Bourges, en­traî­neur des gar­diens du PSG entre 2010 et 2013 « Ke­vin Trapp est com­plet, meilleur dans le jeu aé­rien ou au pied que Si­ri­gu mais cer­tai­ne­ment moins bon sur sa ligne. Et ce qui compte au fi­nal, ce sont les ar­rêts, no­tam­ment en Ligue des cham­pions. Il n’a rien réa­li­sé d’ex­cep­tion­nel pour un gar­dien de Ligue 1. Donc au­jourd’hui, je ne vois tou­jours pas l’uti­li­té d’avoir chan­gé. Il bé­né­fi­cie d’une cer­taine man­sué­tude car il com­met des er­reurs gros­sières qui res­semblent à celles que pou­vait faire Apou­la Edel (NDLR : gar­dien du PSG entre 2007 et 2011), qui se fai­sait dé­truire. Trapp a épui­sé son ca­pi­tal. Le haut ni­veau, c’est la ré­gu­la­ri­té et son cré­dit ne peut pas être illi­mi­té. L’at­mo­sphère à l’en­traî­ne­ment ne doit pas être agréable mais les cartes sont dis­tri­buées et un gar­dien doit être cos­taud men­ta­le­ment. »

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