Dans le Nord, Au­bry est bien seule

Bien sûr, elle tient en­core les rênes de sa ville. Mais tout au­tour, dans l’ex-bas­tion so­cia­liste du Nord, c’est un champ de ruines : en quelques mois, la gauche a per­du toutes ses places fortes.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - ÉRIC HACQUEMAND ET PHI­LIPPE MARTINAT @eri­chac­que­mand

BIEN­VE­NUE chez les Ch’tix ! Avec la dé­faite aux élec­tions ré­gio­nales et la perte du bas­tion du Nord-Pas-deCa­lais, Mar­tine Au­bry a de nou­veau per­du des plumes. Même si la maire PS de Lille tient en­core sa ville, elle ap­pa­raît de plus en plus iso­lée dans son bef­froi aux al­lures de vil­lage so­cia­liste cer­né par les lé­gions de droite et du FN.

« Bien sûr que la perte de la ré­gion est dif­fi­cile à ac­cep­ter », re­con­naît le fi­dèle de tou­jours, Fran­çois La­my. Elle conclut une an­née 2015 cau­che­mar, entre un dé­par­te­ment du Nord qui bas­cule à droite, une fé­dé­ra­tion du PS qui échappe à son contrôle et pour fi­nir, la perte de la ré­gion. « Ça com­mence à faire beau­coup », s’in­quiète un membre de l’équipe de cam­pagne.

La dé­faite de Pierre de Sain­ti­gnon fait d’au­tant plus mal que l’ex-tête de liste est un ami proche. « Mar­tine et moi, c’est comme les doigts d’une seule main », nous confiait hier soir Sain­ti­gnon. Pen­dant la cam­pagne, Mar­tine Au­bry a pas­sé des heures, dans sa mai­son de Lille, à pré­pa­rer les ar­gu­men­taires et les in­ter­ven­tions mé­dia­tiques d’un can­di­dat en dé­fi­cit de no­to­rié­té. Sans comp­ter les né­go­cia­tions en cou­lisses avec Cé­cile Du­flot ou avec Em­ma­nuelle Cosse pour ten­ter d’im­po­ser l’union avec les éco­lo­gistes au pre­mier tour. En vain. « Mais elle a fait le job, sans re­chi­gner », as­sure Ch­ris­tophe Lan­toine, l’ex-di­rec­teur de la cam­pagne so­cia­liste. Y com­pris au soir du ca­tas­tro­phique pre­mier tour (18,12 %) lorsque les cadres, traumatisés, se sont réunis dis­crè­te­ment dans une pe­tite salle de la fé­dé­ra­tion du PS. Il a fal­lu évi­ter les états d’âme. Le re­trait au pro­fit du can­di­dat LR Xa­vier Ber­trand ? « Une bonne dé­ci­sion », lâche la maire de Lille. Au fi­nal, Au­bry sauve l’hon­neur, mais « sa marge de ma­noeuvre est dé­sor­mais très courte », ex­plique un té­nor lo­cal.

Y com­pris sur la scène po­li­tique na­tio­nale. « Est-ce qu’une page se tourne ? in­ter­roge un membre du gou­ver­ne­ment. La ques­tion est po­sée. Le pro­blème, c’est que per­sonne ne sait ce qu’elle veut. » Lun­di der­nier, Au­bry a pour­tant pris la pa­role de­vant les di­ri­geants du PS en ap­pe­lant, une énième fois, le gou­ver­ne­ment à « chan­ger de ligne ». « Mais ça veut dire quoi ? », s’est ex­cla­mé à haute voix le se­cré­taire d’Etat JeanMa­rie Le Guen en le­vant les yeux au ciel. En réa­li­té, tout est bon dé­sor­mais pour désa­mor­cer le Au­bry ba­shing. « Les résultats s’ex­pliquent no­tam­ment par le dé­fi­cit d’image de la po­li­tique gou­ver­ne­men­tale », argue ain­si Fran­çois La­my. Ce proche jus­ti­fie aus­si la dé­faite par « la fu­sion avec la Pi­car­die qui a ac­cen­tué le poids du vote FN au dé­tri­ment de la gauche ». En clair, pas touche au bi­lan de la maire ! Dans Lille in­tra-mu­ros, elle fait mieux que sau­ver les meubles avec 34 % des voix au pre­mier tour. « Non, Lille n’est pas en dan­ger et Mar­tine tient bon les rênes », lâche l’eu­ro­dé­pu­té Gilles Par­gneaux, un fi- dèle. Bref, les sacs de sable sont mis au­tour du Bef­froi… « Le pro­chain do­mi­no­pour la droite », an­ti­cipe un mi­nistre. Son po­ten­tiel suc­ces­seur Fran­çois La­my a beau n’avoir au­cun man­dat lo­cal dans le Nord, l’ex-élu dé­bar­qué de l’Es­sonne (dont il est tou­jours dé­pu­té) s’ac­croche. Et pré­vient : « Je reste ici dé­fi­ni­ti­ve­ment ! »

« Le pro­blème, c’est que per­sonne ne sait ce qu’elle veut »

Un membre du gou­ver­ne­ment

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