Fier d’être le « dixième » n

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR -

Avant l’aube du 14 no­vembre, Sa­lah Ab­des­lam a cher­ché par tous les moyens à échap­per à la po­lice et quit­ter Pa­ris. Il s’est d’abord tour­né vers son cou­sin pa­ri­sien, le sup­pliant de « ve­nir le cher­cher à Châ­tillon dans le 92 » parce qu’il était « dans la merde ». Scot­ché à la té­lé­vi­sion, le cou­sin re­fuse : « Je ne sais pas si t’es au cou­rant, mais il y a des at­ten­tats. » « Ah ouais, il y a des at­ten­tats ? » lui ré­pond Sa­lah dans cet échange sur­réa­liste.

Contrô­lé trois fois en France

Avec le même té­lé­phone, dont la puce a été ache­tée à Bar­bès au nom de l’écri­vain voyageur du XIXe siècle, Pierre Lo­ti, le ter­ro­riste en fuite contacte ses amis belges, Mo­ha­med Amri et Ham­za At­tou. Après avoir convain­cu ses co­pains de Mo­len­beek (Bel­gique) de ve­nir le cher­cher à Pa­ris, Ab­des­lam donne ses in­di­ca­tions par tex­to de­puis l’al­lée Vau­ban à Châ­tillon (Hauts-de-Seine) où il se cache à par­tir de mi­nuit. A 2 h 22, la si­tua­tion est cri­tique : « J’ai plus de cré­dit. Au drive du Mac Do, at­ten­dez là, c’est au nu­mé­ro un. » Amri re­çoit le der­nier tex­to de Sa­lah à 5 h 27 juste avant d’ar­ri­ver. Lui et At­tou le dé­crivent « agi­té… pas à l’aise… pas bien ». Puis car­ré­ment me­na­çant : « Il nous a dit de le ra­me­ner à Bruxelles, si­non il fe­rait ex­plo­ser la voi­ture. » Et pour per­sua­der ses « exfiltreurs », Sa­lah se vante d’avoir abat­tu des gens à la ka­lach­ni­kov, ajou­tant que son frère Bra­him s’est fait ex­plo­ser et que lui, le seul sur­vi­vant, est le « dixième » ter­ro­riste. Sou­cieux d’évi­ter les contrôles po­li­ciers, Sa­lah Ab­des­lam en­joint à ses convoyeurs d’em­prun­ter les pe­tites routes, mais le trio se perd et re­trouve l’au­to­route de Bel­gique. Ils n’évitent donc pas les bar­rages et su­bissent pas moins de trois contrôles, en France. Au pre­mier, « le po­li­cier nous a de­man­dé si on avait consom­mé », se­lon le ré­cit d’At­tou. Sa­lah reste si­len­cieux sur la ban­quette ar­rière. Amri et son co­pain ré­pondent « oui » puis­qu’ils viennent de fu­mer un joint. « Le po­li­cier a dit que ce n’était pas bien, mais que ce n’était pas la prio­ri­té au­jourd’hui. » Ce n’est qu’au deuxième contrôle qu’on leur de­mande leurs pa­piers. Au der­nier, près de Cam­brai, Sa­lah donne même son adresse de Mo­len­beek. A cet ins­tant, il n’est pas en­core re­cher­ché.

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