20 h 13, Abaaoud sort de son buis­son

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR -

ET SOU­DAIN, ils l’ont vu. Les po­li­ciers an­ti­ter­ro­ristes pis­taient Ab­del­ha­mid Abaaoud à 4 000 km de là, en Syrie, où il traî­nait des ca­davres der­rière son 4 x 4. Il se trou­vait en fait près de Pa­ris, après avoir co­or­don­né les pires at­ten­tats en France de­puis la Se­conde Guerre mon­diale. Le 17 no­vembre, en dé­but de soi­rée, l’as­sas­sin sor­tait… d’un buis­son. De­puis quatre jours et trois nuits, Abaaoud vi­vait comme un SDF, dans cette zone d’en­tre­pôts, en contre­bas de l’A86, à Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis). L’exa­men de son por­table prou­ve­ra qu’il s’y était ré­fu­gié quelques heures seule­ment après les tueries.

Les po­li­ciers sont re­mon­tés jus­qu’à sa planque vé­gé­tale grâce à un té­moi­gnage dé­ci­sif, ob­te­nu la veille, le 16 no­vembre, en fin d’après-mi­di. Un se­cret alors par­ta­gé par une di­zaine d’ini­tiés du mi­nis­tère de l’In­té­rieur et à l’Ely­sée. Les en­quê­teurs de ter­rain sont mis dans la confi­dence le len­de­main ma­tin mais pour qu’ils y croient, il leur fau­dra ob­te­nir la preuve par l’image. Le 17, en dé­but d’après-mi­di, ils ins­tallent une ca­mé­ra. A bonne dis­tance, ils ob­servent. Presque un tra­vail de rou­tine avec ses dé­con­ve­nues. Vers 18 h 30, ils aper­çoivent un homme en cos­tume-cra­vate s’en­ga­ger dans les four­rés. Une mi­nute plus tard, il en res­sort en ré­ajus­tant sa bra­guette. L’in­con­nu est sim­ple­ment al­lé uri­ner… Fausse alerte.

A 20 h 10, tout se pré­ci­pite. Une jeune femme s’ap­proche des four­rés, té­lé­phone mo­bile à l’oreille. Les en­quê­teurs re­con­naissent le pro­fil d’aigle de Has­na Aït Bou­lah­cen, la cou­sine d’Abaaoud. Ils sont sur les dents. Une mi­nute plus tard, un homme sort des bos­quets et, d’un air dé­ta­ché, s’avance à dé­cou­vert. La femme est tou­jours là, qui s’agite, as­sise sur un plot. A 20 h 13, une deuxième sil­houette émerge à son tour de la vé­gé­ta­tion. Les po­li­ciers de la sous-di­rec­tion an­ti­ter­ro­riste n’ont guère de doutes mal­gré ce bon­net sombre qui lui masque une par­tie du vi­sage : il s’agit bien d’Abaaoud.

Que faire ? L’équipe du dis­po­si­tif de fi­la­ture, après avoir ren­du compte à sa hié­rar­chie, re­çoit l’ordre de ne pas in­ter­ve­nir. Abaaoud porte un gi­let fer­mé et l’on craint que ce vê­te­ment ample cache un gi­let ex­plo­sif. Le trio re­part à pied, dis­cute, avant de mon­ter dans un taxi, bien­tôt pris en fi­la­ture. C’est un pa­ri ris­qué que de les lais­ser par­tir ain­si, mais les en­quê­teurs veulent re­mon­ter jus­qu’à d’éven­tuels com­plices. Ils craignent que d’autres com­man­dos soient prêts à agir. Le taxi dé­pose les trois per­sonnes rue Cor­billon, à Saint-De­nis. Les images de vi­déo­sur­veillance de la ville les montrent pé­né­trant par la porte d’un im­meuble vé­tuste, à 22 h 14. La nasse se re­ferme. Avant l’aube, le Raid in­ter­vien­dra dans un dé­luge de feu.

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