Prête à tout pour son cou­sin

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR -

CE­LA FAI­SAIT des mois qu’elle di­sait vou­loir par­tir en Syrie et qu’elle glo­ri­fiait, sur Fa­ce­book, son cou­sin Ab­del­ha­mid Abaaoud — « le ji­ha­diste le plus re­cher­ché au monde », s’étai­telle même van­tée au­près d’une co­pine. Alors quand son té­lé­phone sonne, au soir du di­manche 15 no­vembre, et qu’un mys­té­rieux in­ter­lo­cu­teur lui de­mande, de­puis la Bel­gique, de trou­ver une planque pour Abaaoud, le cer­veau pré­su­mé des at­ten­tats, Has­na Aït Bou­lah­cen fonce tête bais­sée. Ce soir-là, elle mul­ti­plie les ap­pels pour de­man­der de l’aide pour son « cou­sin du bled », elle-même étant alors hé­ber­gée chez une amie.

« Stp ma soeur, 3 jours max, écri­telle à une co­pine. Tu connais per­sonne ma soeur, wal­lah, il dort dans les buis­sons […], j’ai même pas d’ar­gent, je pleure », in­siste-elle. « Mais pour- quoi tu fais pas le 15 ? (NLDR : nu­mé­ro du Samu) ? », lui sug­gère son amie. Has­na ne prend au­cune pré­cau­tion : « Non, c’est ce­lui de la Syrie, wesh, ce­lui qui est pas­sé à la té­lé », ex­pli­quet-elle, avant de pré­ci­ser que, pour dé­jouer les contrôles, Abaaoud est ren­tré en France « avec les ré­fu­giés ».

Ex­ci­ta­tion et af­fo­le­ment

Tout en pre­nant note d’ins­truc­tions re­çues par té­lé­phone, Has­na fait ap­pel à son frère, avec qui les liens sont dis­ten­dus, par­lant d’un homme « de Syrie », et se ré­jouis­sant des at­ten­tats… In­quiet, son frère tente de ve­nir la cher­cher, mais faute d’adresse pré­cise, re­brous­se­ra che­min. Has­na par­vient entre-temps à se faire em­me­ner en voi­ture par une amie jus­qu’au fa­meux buis­son. Au re­tour, cette der­nière est pa­ni­quée : mu­ni d’une cein- ture d’ex­plo­sifs, Abaaoud l’a me­na­cée de mort. Has­na, elle, pour­suit ses re­cherches, à la fois ex­ci­tée et af­fo­lée. Le len­de­main, elle ra­conte avoir trou­vé un ap­par­te­ment à Saint-De­nis, et que d’autres at­ten­tats, no­tam­ment à La Dé­fense, sont im­mi­nents. « C’est mon cou­sin, il va tout faire ex­plo­ser », lâche-t-elle, bra­vache… avant de fondre en larmes, quelques heures plus tard, alors qu’elle fait part à une autre amie, qui ne la croi­ra pas, des pro­jets ka­mi­kazes d’Abaaoud.

Le len­de­main, le 17 no­vembre, ses doutes semblent es­tom­pés : une fois ré­cu­pé­ré l’ar­gent en­voyé de­puis la Bel­gique par un com­plice, elle ins­talle comme pré­vu son cou­sin à Saint-De­nis. Ils mour­ront tous deux, ain­si qu’un troi­sième homme non iden­ti­fié qui s’est fait ex­plo­ser lors de l’as­saut du Raid le 18 no­vembre.

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