« Un ca­deau de Noël avant l’heure »

Le Parisien (Paris) - - ACTUALITÉ - Bas­tia (Corse) De notre cor­res­pon­dant JU­LIEN AR­GEN­TI

« CIN­QUANTE ANS qu’on at­ten­dait ça, j’en ai pleu­ré comme un ga­min. » Ma­thieu Co­lom­ba­ni a 71 ans. Na­tio­na­liste de tou­jours, ce re­trai­té a vé­cu la vic­toire de Gilles Si­meo­ni comme une dé­li­vrance. « Un ca­deau de Noël avant l’heure, a dit mon pe­tit-fils… » Un an et de­mi après avoir fait bas­cu­ler la ville de Bas­tia dans l’ivresse na­tio­na­liste, Si­meo­ni l’a ex­por­tée dans toute l’île. Des bouches de Bo­ni­fa­cio à la pointe du cap Corse, ce fut cortèges de voi­tures, dra­peaux aux fe­nêtres, feux d’ar­ti­fice en pleine rue. Ces Corses n’ont pas ga­gné la Coupe du monde. Juste une élec­tion.

Un tsu­na­mi dans un monde po­li­tique in­su­laire où la gauche et la droite se par­ta­geaient le pou­voir. « Le clien­té­lisme, le fa­vo­ri­tisme, la cor­rup­tion, tout ça ap­par­tient à l’his­toire an­cienne. Les Corses ont dé­ci­dé de dire stop à ces pra­tiques ar­chaïques. » Ces mots ne sont pas ceux d’un lea­deur po­li­tique ni d’un vieux rou­tard na­tio­na­liste, mais de Fran­çois-Ma­rie, jeune Bas­tiais de 26 ans. « Je ne rêve pas d’in­dé­pen­dance, ni de guerre de sé­ces­sion. Je suis is­su d’une famille gaul­liste qui a tou­jours été à droite. Je n’avais ja­mais vo­té na­tio­na­liste. Mais, di­manche, j’ai pris conscience que la Corse avait ren­dez-vous avec l’his­toire. »

Des élec­teurs in­dé­cis sé­duits

Comme un ef­fet de mode, la dy­na­mique na­tio­na­liste a conquis cer­tains élec­teurs in­dé­cis. A l’image de Xavière, ex-abs­ten­tion­niste in­vé­té­rée. « La droite a été au pou­voir et a réus­si à plom­ber les fi­nances. La gauche a pris la re­lève et ses lea­deurs ont en­chaî­né les mises en exa­men et les au­di­tions de­vant les juges. Il était temps de don­ner leur chance aux na­tio­na­listes, non ? »

Les his­to­riques, qui en­chaî­naient les dé­faites, ne font pas la fine bouche. « Pen­dant des an­nées, les na­tio­na­listes étaient consi­dé­rés comme des bar­bares in­fré­quen­tables qui por­taient des vê­te­ments mi­li­taires et se nour­ris­saient ex­clu­si­ve­ment de châ­taignes et de fro­mage, confie Ma­thieu. Les gens se rendent compte que le na­tio­na­lisme n’est plus une crainte, mais un for­mi­dable es­poir. » Le dis­cours de Ta­la­mo­ni en corse ? Son col­lègue Her­vé rap­pelle que Fran­çois Bay­rou avait pro­non­cé toute une in­ter­ven­tion en béar­nais lors­qu’il était mi­nistre de l’Edu­ca­tion.

Il reste des op­po­sants. Et pas qu’un peu. Fran­çoise re­doute « un conflit avec le gou­ver­ne­ment. L’Etat pour­rait ge­ler les in­ves­tis­se­ments sur l’île ou mettre la Corse sous em­bar­go ». Elle ne cache pas avoir vo­té FN « en ré­ac­tion aux at­ten­tats de Pa­ris. » Ange-Pierre, lui, cible les jeunes Corses « qui crient leur haine de la France mais vivent au cro­chet de Pôle emploi ». Entre peur et es­poir, les Corses s’en­flamment. Ils vo­te­ront à nou­veau fin 2017. On ver­ra alors si le na­tio­na­lisme est la nou­velle force de l’île.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.