« C’est le tra­vail le plus dif­fi­cile de toute ma vie »

Ligue 1.

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - CA­NAL +, 21 HEURES Mar­seille (Bouches-du-Rhône) De notre cor­res­pon­dant Pro­pos recueillis par CLÉ­MENT CHAILLOU

IL SOU­RIT, IL GRI­MACE, il dis­tri­bue les anec­dotes comme au­tre­fois les ca­viars. Mi­chel l’as­sure, mal­gré les tour­ments quo­ti­diens liés à son mé­tier, il reste un pas­sion­né. Avant de se dé­pla­cer à Bor­deaux, ce soir, l’an­cienne gloire du Real Ma­drid nous a re­çus ven­dre­di au centre Ro­bertLouis-Drey­fus. Pen­dant près d’une heure, le quin­qua­gé­naire s’est lon­gue­ment épan­ché sur ses pre­miers mois à la tête de l’OM. Avant cette 19e jour­née, l’OM reste en­glué dans le ventre mou. Au vu des pé­ri­pé­ties de l’été, voyez-vous le verre à moi­tié vide ou à moi­tié plein ? MI­CHEL. L’équipe n’est qu’en mi­lieu de ta­bleau, en ef­fet, mais la men­ta­li­té, la dy­na­mique ont chan­gé. Dé­sor­mais, nous re­gar­dons vers le haut du clas­se­ment, et il nous reste as­sez de temps et de matchs pour l’at­teindre. Quand on ob­serve l’his­to­rique de ce club, on ai­me­rait at­teindre le som­met plus vite, mais il y a cer­taines dif­fi­cul­tés avec les­quelles nous de­vons com­po­ser. Ne crai­gnez-vous pas de stag­ner ? A part le PSG et An­gers, au­cune équipe n’est ré­gu­lière. Si plu­sieurs clubs com­mencent à en­chaî­ner, ça pour­rait de­ve­nir com­pli­qué pour nous. Mais ac­tuel­le­ment, des équipes comme Mo­na­co, Lyon ou SaintE­tienne ne sont pas loin de nous, ni spor­ti­ve­ment ni sta­tis­ti­que­ment. Et au­cune d’entre elles n’a dû tra­ver­ser un tel dé­sert. On a pour­tant l’im­pres­sion que l’un des pro­blèmes est men­tal. A do­mi­cile, les joueurs ont du mal à ré­agir… Quand mes amis me de­mandent com­ment ça se passe à Mar­seille, je leur ré­ponds : c’est le tra­vail le plus dif­fi­cile de toute ma vie. Mais c’est aus­si pas­sion­nant, car il faut tou­jours se creu­ser la tête, cher­cher des so­lu­tions pour faire ré­agir cette équipe, pour cor­ri­ger ses pro­blèmes de concen­tra­tion, de dé­sin­vol­ture. Il faut tou­jours être der­rière les joueurs, jour après jour. Laurent Blanc et Di­dier Desc­hamps évo­quaient der­niè­re­ment cette nou­velle gé­né­ra­tion de joueurs… C’est tout à fait ça. Il y avait des dif­fé­rences entre nos pères et nous, mais je crois que le fos­sé est bien plus grand avec nos fils. Si je prends cinq cours de fran­çais par se­maine, c’est aus­si pour plon­ger au plus vite dans la tête de ces jeunes joueurs. Je dois me fa­mi­lia­ri­ser avec leur men­ta­li­té. J’y pense même en me ra­sant. Le pro­blème est donc fran­çais ? Non, non, ce n’est pas ce que je veux dire, c’est pa­reil en Espagne, en Grèce ou en Angleterre, c’est gé­né­ra­tion­nel. Tous ces jeunes sont ado­rables, mais ils peuvent avoir un peu de mal à se concen­trer. Vous aviez dit qu’en ar­ri­vant à l’OM, c’est comme si vous vous étiez as­sis à une table et aviez man­gé le re­pas qu’un autre avait choi­si. Oui, j’ai dit ça, mais fi­na­le­ment je pren­drais la même chose, j’y ai pris goût. (Rires.) Je vous pro­mets que le re­pas est bon. En ar­ri­vant, je sa­vais qu’il y au­rait des choses à chan­ger, des choses à es­sayer. Mais il y a deux op­tions : soit je me plains, je cherche des ex­cuses, soit j’avance. Il faut avan­cer. La mis­sion est-elle aus­si dif­fi­cile que pré­vu ? Elle est com­pli­quée, oui. Je suis ar­ri­vé en cours de sai­son, l’équipe a per­du ses lea­deurs de l’an­née pas­sée et un autre lea­deur, Mar­ce­lo Biel­sa, s’en est al­lé. En­core une fois, c’est un groupe jeune, il faut qu’il di­gère tout ça. Mais re­gar­dez mon vi­sage, je n’ai pas chan­gé, je suis tou­jours se­rein. Quels sont vos ob­jec­tifs pour la suite de la sai­son ? C’est le bon mo­ment pour re­gar­der où on veut al­ler, pour dé­fi­nir des ob­jec­tifs. Il n’y a au­cune rai­son pour qu’on n’ac­croche pas les places eu­ro­péennes. Est-ce pos­sible avec l’ef­fec­tif ac­tuel ? Oui, on l’a prou­vé ces der­nières se­maines. N’y a-t-il pas un pro­blème en dé­fense ? C’est avant tout ma res­pon­sa­bi­li­té à moi, je dé­fen­drai tou­jours mes joueurs. Il est vrai qu’ils doivent faire quelques ef­forts in­di­vi­duels, sur la concen­tra­tion, l’at­ten­tion. Mais ce n’est pas une his­toire de ca­pa­ci­tés, ces pro­blèmes in­di­vi­duels viennent d’une cer­taine an­xié­té. On en re­vient à la ques­tion du men­tal. Parce que ces jeunes, que l’on voit avec de belles filles, de belles voi­tures, qui semblent confiants, ont aus­si des peurs. Au­cun dé­fi­cit de ta­lent, alors ? Il y a des matchs où l’on joue très bien, et per­sonne ne re­lève ce pro­blème. Vous évo­quiez Mar­ce­lo Biel­sa. Est-ce dur de pas­ser après lui ? Pour moi, pas du tout, non. C’est pour les joueurs que ça a été dif­fi­cile de perdre leur en­traî­neur. Mais je ne veux faire au­cune com­pa­rai­son. Je n’aime pas les com­pa­rai­sons, à moins que l’on com­batte avec les mêmes armes, et ce n’est pas le cas. Brad Pitt, vous sa­vez, il a plus d’ar­gent que moi, il est meilleur ac­teur que moi, soit. Mais lui n’a pas la femme que j’ai ! Il semble pour­tant que vous cher­chiez à vous dif­fé­ren­cier de lui… Non, non, en­core une fois, je ne me fo­ca­lise pas sur le pas­sé. Si j’étais mal in­ten­tion­né, je di­rais que cette sai­son Mi­chel a ga­gné 50 % de ses matchs avec l’OM et que Biel­sa, lui, en a per­du 100 %. Ce se­rait ri­di­cule. Je com­prends que les gens l’aiment, il n’y a au­cun pro­blème. Mais je crois qu’ils aiment en­core plus l’OM. Est-ce qu’à 52 ans vous mo­di­fiez en­core votre ma­nière d’en­traî­ner ? Chaque jour, j’évo­lue. Si vous ar­ri­vez avec une va­lise rem­plie d’ha­bi­tudes es­pa­gnoles, ça ne le fe­ra pas. C’est un nou­veau pays, c’est à moi de m’adap­ter, d’ap­prendre la langue, les cou­tumes. Vous êtes à l’aise face aux mé­dias. Est-ce na­tu­rel pour vous ? Avoir été consul­tant m’a beau­coup ai­dé. Quand j’étais joueur, je voyais les mé­dias comme des en­ne­mis, je cher­chais la confron­ta­tion. De­puis, j’ai com­pris qu’il faut col­la­bo­rer, et in­tel­li­gem­ment. Il est im­por­tant de ne pas lais­ser écla­ter sa co­lère ou sa frus­tra­tion en confé­rence de presse, de ne pas se dé­ver­ser sur les joueurs. Je tra­vaille avec un psy­cho­logue de­puis huit ans. Il m’a per­mis de cor­ri­ger ces dé­fauts. Mon com­por­te­ment d’avant me des­ser­vait. Moi aus­si, il faut croire que j’ai quelques peurs. Voyez-vous en­core ce psy­cho­logue ? Oui, mais nous n’in­sis­tons pas vrai­ment sur des points par­ti­cu­liers, je lui ex­plique juste ce à quoi je dois faire face. De temps à autre, vous n’hé­si­tez pas à lan­cer quelques piques pu­bli­que­ment à vos joueurs. Est-ce une ma­nière de vous pro­té­ger ou de les faire ré­agir ? Les joueurs craignent qu’on les dé­cré­di­bi­lise de­vant la presse, et je ne le fais ja­mais. Mais si je lance une pièce, sans ci­ter per­sonne, ils savent très bien à qui elle est des­ti­née. Et ils ne se vexent pas, parce que tout ce que je vous dis, je leur ai dé­jà dit à eux. C’est une re­la­tion de confiance. Je ne suis pas le meilleur en­traî­neur du monde, ni le plus mau­vais, mais une chose est sûre, je suis hon­nête. Vous sen­tez-vous bien à Mar­seille ? On vous voit sou­vent sor­tir en ville, al­ler chez le coif­feur. Je suis vrai­ment heu­reux ici, ma femme aus­si, elle connaît plein de monde sur les mar­chés. Je vis à Mar­seille, je m’y ba­lade, je peux y boire un ca­fé, m’y faire cou­per les che­veux, comme vous dites, c’est su­per. Les gens sont cha­leu­reux, ils me sa­luent, et me parlent même en es­pa­gnol, alors que moi j’es­saie de par­ler fran­çais. Je suis as­sez im­pres­sion­né par le bras­sage dans cette ville, où on ne tient pas compte des re­li­gions, des ori­gines. Le plus dif­fi­cile était de trou­ver un lo­ge­ment, dans le coin tout le monde vend, mais per­sonne ne loue. Ça m’a pris deux mois !

« Tous ces jeunes joueurs

sont ado­rables, mais ils peuvent avoir un peu de mal à se concen­trer » « Je ne com­bats pas avec les mêmes armes

que Biel­sa »

« Si j’étais mal in­ten­tion­né, je di­rais que cette sai­son Mi­chel

a ga­gné 50 % de ses matchs avec l’OM et que Biel­sa en a per­du 100 % »

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