Se­lon vous, il doit re­non­cer à la Fifa

Le Parisien (Paris) - - SPORTS -

LA FRANCE a ado­ré le joueur Mi­chel Pla­ti­ni. Ses somp­tueux coups francs dans les lu­carnes, ses trois Bal­lons d’or ou le titre de cham­pion d’Eu­rope 1984 res­tent des places fortes du pa­tri­moine spor­tif tri­co­lore. La France a aus­si ai­mé Pla­toche, avec une sil­houette un peu ar­ron­die por­tant le cos­tume-cra­vate de l’or­ga­ni­sa­teur du Mon­dial 1998 ou de pré­sident de l’Union eu­ro­péenne de football (UEFA). Mais au­jourd’hui, la nos­tal­gie ne suf­fit pas à sau­ver son image. Pour une ma­jo­ri­té de Fran­çais, ce mo­nu­ment du football na­tio­nal res­sort écla­bous­sé de la course à la pré­si­dence de la fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale (Fifa), mar­quée par les af­faires de cor­rup­tion. Il a sans doute sous-es­ti­mé le ma­chia­vé­lisme du pré­sident sor­tant, le Suisse Sepp Blat­ter, son men­tor de­ve­nu son pire en­ne­mi. De­puis le 25 sep­tembre, Pla­ti­ni, 60 ans, est ac­cu­sé d’avoir tou­ché, en fé­vrier 2011, 1,83 M€ de la Fifa. Il ex­plique que ce­la cor­res­pond à des ar­rié­rés de sa­laires pour des tra­vaux ef­fec­tués pour la Fifa entre jan­vier 1999 et juin 2002. Il semble au­jourd’hui dif­fi­cile de faire en­tendre à l’opi­nion pu­blique qu’il a pa­tien­té tran­quille­ment neuf ans avant de ré­cla­mer son dû… De son cô­té, le co­mi­té d’éthique de la Fifa a re­quis contre lui une sus­pen­sion à vie. Le ver­dict se­ra an­non­cé de­main, ou­vrant la voie à de pos­sibles re­cours.

Per­sonne n’a en­vie de le voir dis­pu­ter le match de trop

Mal­gré tout son ta­lent, l’ex-me­neur de Saint-Etienne ou de la Ju­ven­tus Tu­rin au­ra du mal à drib­bler cer­tains chiffres. 55 % des son­dés es­timent que Pla­ti­ni a eu tort de boy­cot­ter cette se­maine son au­di­tion de­vant le co­mi­té d’éthique. En France, on a tou­jours pré­fé­ré le voir sur un ter­rain qu’en tri­bunes… « Je suis dé­jà ju­gé, je suis dé­jà condam­né, a-t-il ex­pli­qué dans une lettre adres­sée au co­mi­té d’éthique lue par son avo­cat. Je n’ai plus confiance dans les ins­tances dis­ci­pli­naires de la Fifa. Elles ont mon­tré leur par­tia­li­té, leurs pré­ju­gés, leur in­ca­pa­ci­té à res­pec­ter la confi­den­tia­li­té, la pré­somp­tion d’in­no­cence et les droits de la dé­fense. » Mais si Pla­ti­ni es­père tou­jours pou­voir se pré­sen­ter, le 26 fé­vrier, à l’élec­tion du pro­chain pré­sident de la Fifa, les Fran­çais ont dé­jà tran­ché : 53 % es­timent qu’il de­vrait re­non­cer à cette am­bi­tion. Pire, 56 % pensent même qu’il n’a plus au­cun ave­nir dans les hautes ins­tances in­ter­na­tio­nales.

Le tacle est rude même si, au-de­là de sa per­sonne, l’opi­nion pu­blique est en­core plus sé­vère avec les di­ri­geants en gé­né­ral : 78 % pensent que bal­lon rond rime avec cor­rup­tion. Em­por­té par la vague du « tous pour­ris », Pla­ti­ni, una­ni­me­ment dé­crit par ses proches comme un homme simple et in­tègre, est même vu comme une per­sonne in­té­res­sée par l’ar­gent par 71 % des son­dés et n’ap­pa­raît hon­nête qu’à 41 % d’entre eux. Et pa­ra­doxa­le­ment, 56 % des Fran­çais disent conser­ver une bonne image de lui. Au nom des beaux sou­ve­nirs, per­sonne n’a vi­si­ble­ment en­vie de le voir dis­pu­ter le match de trop…

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