Fa­ry,

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - THIER­RY DAGUE

LE STAND-UP a en­fin la classe. Lu­nettes cer­clées, veste longue : le style Fa­ry est au­tant ves­ti­men­taire qu’hu­mo­ris­tique. Une élé­gance dans l’at­ti­tude, le phra­sé et l’écri­ture, qui, en quelques mois, ont ral­lié à ce sni­peur de 24 ans un pu­blic fervent. On se bous­cule au Point-Vir­gule, com­plet un mois à l’avance, pour dé­cou­vrir son sens ai­gu de l’im­pro­vi­sa­tion et son re­gard acé­ré sur les filles, les ré­seaux so­ciaux ou le ra­cisme.

Tu­toyant son au­di­toire, Fa­ry le dan­dy s’at­taque à la mode des leg­gings — « Il n’y a plus de res­pect en 2015 ? Tu sors dans la rue sans pan­ta­lon ? » — à l’hys­té­rie au­tour de l’iP­hone — « Apple a réus­si à nous mettre dans le crâne que 800 € pour un té­lé­phone, c’est nor­mal » — ou à Fa­ce­book. Il re­bon­dit sur l’ac­tua­li­té — « S’il y a des Arabes qui doivent en­voyer un CV… At­ten­dez un peu » — et im­pro­vise avec une ai­sance rare.

Il faut dire que Fa­ry a de l’ex­pé­rience : à 11 ans, il jouait des sketchs de Ja­mel pour une as­so­cia­tion. « Je re­gar­dais en boucle ses spec­tacles, mais aus­si ceux de Da­ny Boon et d’Elie Ka­kou », se sou­vient le jeune homme, re­pé­ré en se­conde par… sa prof d’his­toire. « Quand je fai­sais rire la classe, c’était fin et ma­lin, dit-il. Elle m’a in­ci­té à écrire et m’a même ai­dé. » Au très chic ly­cée Mar­ce­lin-Ber­the­lot de SaintMaur-des-Fossés (Val-de-Marne), Fa­ry dé­tonne : « J’étais avec des fils de bour­geois. Ma mère m’a en­cou­ra­gée. Mon père, re­par­ti au Cap-Vert, au­rait pré­fé­ré que je conti­nue mes études. »

C’est dé­ci­dé : il se­ra co­mique. Au Pa­name Art Ca­fé, à Pa­ris, Fa­ry tape dans l’oeil de Ka­der Aoun, le men­tor du stand-up fran­çais, qui le pousse à jouer au Co­me­dy Club — « J’avais peur de l’image ban­lieue » — et l’in­clut dans l’équipe d’Adopte-un-co­mique.com, qui re­groupe les jeunes pousses du rire. Fin 2014, il est adou­bé par le pa­tron du Point-Vir­gule, Jean-Marc Du­mon­tet, qui le pro­duit et lui ouvre sa salle. « A la base, le stand-up amé­ri­cain est soi­gné, éla­bo­ré, pré­cis, sou­ligne Fa­ry. J’es­saie d’al­ler vers ça, comme en France Des­proges, Be­dos ou Gas­pard Proust. Je pars de moi, de mon en­tou­rage, de dis­cus­sions, mais il faut que ça ait du sens. » Son goût pour la mode ? « Je n’aime pas la mode, j’aime le style. Quand je sors de chez moi, je m’ha­bille comme si j’al­lais en soi­rée. » Et pour fi­ler di­rec­te­ment sur scène : il ar­rive à la der­nière mi­nute, sans pas­ser par les loges. « C’est comme un ren­dez­vous, j’ar­rive pile à l’heure. Si­non, ça me stresse. » Co­ol, tou­jours. Jus­qu’au 2 jan­vier à 20 heures au PointVir­gule (Pa­ris IVe,com­plet), puis au Grand Point-Vir­gule (XVe), à par­tir du 14 jan­vier, du mer­cre­di au sa­me­di à 21 h 30. Ta­rif : 28 €. Tél. 01.42.78.67.03.

« Je n’aime pas la mode,

j’aime le style. Quand je sors de chez moi, je m’ha­bille comme si j’al­lais en soi­rée »

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