La pro­vo­ca­tion des élus na­tio­na­listes corses

Ob­nu­bi­lé par le FN, l’exé­cu­tif a été pris de court par le triomphe des na­tio­na­listes sur l’Ile de Beau­té. Le re­tour d’un dos­sier mi­né, qui avait em­poi­son­né le gou­ver­ne­ment Jos­pin.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - ÉRIC HACQUEMAND (AVEC MA­RION GAL­LAND) @eri­chac­que­mand

« JE NE RÉ­PON­DRAI PAS à une offre de dia­logue qui ne soit pas à la hau­teur de l’en­jeu. » Joint hier soir, Gilles Si­meo­ni ne mâche pas ses mots. S’il veut évi­ter toute « sur­en­chère » avec Pa­ris, le nou­veau pré­sident de la col­lec­ti­vi­té de Corse ne compte pas bra­der le spec­ta­cu­laire triomphe des na­tio­na­listes lors des élec­tions ré­gio­nales. Fran­çois Hol­lande et Ma­nuel Valls sont donc pré­ve­nus, et bien dans l’embarras.

Le triomphe du duo Gilles Si­meo­ni et Jean-Guy Ta­la­mo­ni a pris l’exé­cu­tif au dé­pour­vu. Le PS lo­cal a été hu­mi­lié au pre­mier tour (3 %). Et les ca­ciques corses pu­nis. « Tout a été ba­layé, no­tam­ment par la jeunesse corse, constate le PS Fran­çois Pup­po­ni (Val-d’Oise), ori­gi­naire de l’île. Les vieux sché­mas ont ex­plo­sé. Mais Pa­ris n’a pas vou­lu ou su le voir. » Et pour cause, il n’existe plus de « Mon­sieur Corse ». An­cien pré­fet de l’île et ex-se­cré­taire gé­né­ral de l’Ely­sée, Pierre-Re­né Le­mas n’a pas été rem­pla­cé sur un dos­sier qui se ba­lade entre la place Beau­vau (In­té­rieur) et la rue de Lille (mi­nis­tère de la Dé­cen­tra­li­sa­tion).

« Hol­lande est to­ta­le­ment ab­sent, re­grette Jean-Charles Or­suc­ci, maire sym­pa­thi­sant PS de Bo­ni­fa­cio. Il n’a pas ca­pi­ta­li­sé sur l’aban­don de la vio­lence ar­mée en 2014. » Comme si le pré­sident était té­ta­ni­sé par « le syn­drome Jos­pin » (lire page 5). Et Ma­nuel Valls n’ap­pa­raît pas le mieux pla­cé. « Il n’y a qu’une langue de la Ré­pu­blique, le fran­çais », mar­te­lait l’ex-mi­nistre de l’In­té­rieur en 2013. « Il est où, le Ca­ta­lan ? » ose Or­suc­ci. Confi­dence d’un proche de Valls : « Ma­nuel fait tou­jours un blo­cage. »

L’in­dé­pen­dance de l’île, un fan­tasme à ce stade

La dé­mons­tra­tion de force des na­tio­na­listes, avec le dis­cours en corse de Ta­la­mo­ni jeu­di, a dé­clen­ché une tem­pête sur le conti­nent. C’est donc à contre­coeur que le Pre­mier mi­nistre a ap­pe­lé Si­meo­ni à la veille du week-end. S’il pro­met un dia­logue « construc­tif et apai­sé », Valls ferme aus­si des portes. Oui au dé­ve­loppe- ment éco­no­mique de l’île, dit-il, « mais pour le reste, c’est le droit com­mun ». Exit, donc, la re­con­nais­sance de la langue et de la « na­tion » corses dans la Consti­tu­tion, ma­melles du na­tio­na­lisme.

Quant à une in­dé­pen­dance à court terme, les nou­veaux maîtres de l’île l’écartent. Ils n’ont pas les moyens de la me­ner à bien. D’au­tant que les Corses re­tour­ne­ront aux urnes dans deux ans, une fois la col­lec­ti­vi­té unique de l’île ins­tal­lée. « Pré­tendre à ce stade qu’on se di­rige vers une in­dé­pen­dance est to­ta­le­ment illu­soire », as­sure An­dré Fa­zi, po­li­to­logue à l’uni­ver­si­té de Corse. Alors, com­ment évi­ter l’im­passe ? « OK pour dia­lo­guer, mais pas pour ba­var­der », tranche Ta­la­mo­ni, qui ré­clame no­tam­ment l’am­nis­tie des pri­son­niers corses. « Il faut adres­ser des signes, l’am­nis­tie en est un », presse le dé­pu­té Fran­çois Pup­po­ni, très iso­lé sur le conti­nent.

Dé­but de ré­ponse en jan­vier. Les na­tio­na­listes ont ren­dez-vous à Pa­ris avec Ma­ry­lise Le­bran­chu (Dé­cen­tra­li­sa­tion) et Ber­nard Ca­ze­neuve (In­té­rieur). Et Si­meo­ni à l’Ely­sée avec les autres pré­si­dents de ré­gion. Mais pas da­van­tage. Or­suc­ci met en garde : « Si Pa­ris s’arc-boute, les dé­rives non maî­tri­sées peuvent res­sur­gir. » En clair, la vio­lence.

Ajac­cio (Corse-du-Sud), jeu­di. Jean-Guy Ta­la­mo­ni, poing le­vé, vient d’être élu pré­sident de l’As­sem­blée de Corse. Un autre grand vain­queur du scru­tin des ré­gio­nales l’ap­plau­dit : Gilles Si­meo­ni (à gauche).

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