Pour­quoi As­sad n’est pas près de par­tir

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

C’EST UN NOM que nombre de Sy­riens mau­dissent. Et que les di­plo­mates oc­ci­den­taux vou­draient rayer de leurs fiches bris­tol. Après quinze ans de règne, Ba­char al-As­sad est tou­jours là. Au­tour de lui, c’est un clan, une com­mu­nau­té, un sys­tème qui tient les com­mandes de la Syrie gou­ver­ne­men­tale. L’ac­cord conclu ven­dre­di à l’ONU pré­voit un ces­sezle-feu en jan­vier et un gou­ver­ne­ment de tran­si­tion dans les dix-huit mois. Mais, pru­dence oblige, la ques­tion du dé­part d’As­sad n’a pas été tran­chée. Les Etats-Unis et la France vou­draient évin­cer le raïs sy­rien, tout en conser­vant au pou­voir des membres émi­nents du ré­gime. Pas si simple…

nUn pou­voir cla­nique

Comme dans toute dic­ta­ture, Ba­char al-As­sad — qui a suc­cé­dé à son père Ha­fez — a pla­cé sa famille aux postes clés. Son frère, le fé­roce Maher, di­rige une uni­té d’élite de l’ar­mée et su­per­vise les opé­ra­tions de l’ap­pa­reil ré­pres­sif. Son cou­sin, le milliar­daire Ra­mi Ma­kh­louf, contrôle 60 % de l’éco­no­mie du pays (té­lé­coms, bâ­ti­ment, pé­trole, etc.). Sur­tout, le pou­voir des As­sad fonc­tionne se­lon un sys­tème d’al­lé­geance très hié­rar­chi­sé, qui s’ap­puie sur la mi­no­ri­té alaouite, confes­sion du pré­sident sy­rien (une branche du chiisme), mais aus­si sur des chré­tiens et même quelques sun­nites (d’or­di­naire op­po­sés aux chiites) : des gé­né­raux, ma­gis­trats, hauts fonc­tion­naires, chefs d’en­tre­prise. « Tout ce beau monde est com­pro­mis dans les crimes du ré­gime et la cor­rup­tion. En­le­vez As­sad et l’en­semble s’écroule ! » dé­crypte un spé­cia­liste de la Syrie.

nPas de suc­ces­seur évident

Dif­fi­cile, donc, de trou­ver un homme fort pour rem­pla­cer le maître de Da­mas. D’au­tant que le dic­ta­teur sy­rien a pris soin de ne pas lais­ser émer­ger de so­lu­tion al­ter­na­tive. Les rares per­son­na­li­tés qui ont osé lui te­nir tête ont été pla­cées d’of­fice à la re­traite, quand elles n’ont pas tout bon­ne­ment été li­qui­dées ! On ne plai­sante pas avec le clan As­sad.

Deux di­ri­geants ont tou­te­fois réus­si (un peu) à se dis­tin­guer : le pa­tron de la sû­re­té na­tio­nale, Ali Mam­louk, et le mi­nistre des Af­faires étran­gères, Wa­lid Moual­lem. Ce sont eux qui né­go­cient avec les Oc­ci­den­taux et les puis­sances ré­gio­nales. Mais l’op­po­si­tion sy­rienne les juge trop com­pro­mis pour les lais­ser re­prendre un jour les rênes du pays. Cô­té fran­çais, on as­sure qu’il existe tout de même des rem­pla­çants pos­sibles. Bien ca­chés. « On ne va pas lâ­cher des noms pu­bli­que­ment, sans quoi ils risquent d’être as­sas­si­nés sur le champ », ar­gu­mente-t-on à l’Ely­sée.

nMos­cou et Té­hé­ran veulent le gar­der

Si une grande par­tie de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale et des pays arabes rêvent de dé­bou­lon­ner As­sad, il peut comp­ter sur deux al­liés de poids. La Rus­sie — qui a lan­cé une cam­pagne de frappes aé­riennes fin sep­tembre pour ai­der le ré­gime à conte­nir les groupes re­belles — et l’Iran — dont l’im­pli­ca­tion mi­li­taire est loin d’être né­gli­geable via le Hez­bol­lah, la mi­lice chiite li­ba­naise al­liée de Té­hé­ran. Des conseillers ira­niens sont om­ni­pré­sents à Da­mas. Pour les mol­lahs, pas ques­tion de sa­cri­fier Ba­char.

« Il va pro­ba­ble­ment res­ter au pou­voir en­core long­temps », ad­met le cher­cheur fran­co-al­gé­rien Mo­ha­med Si­faoui. Une ana­lyse par­ta­gée, à re­gret, par Pa­ris. « Lors­qu’on dis­cute avec les Russes, ils nous disent qu’ils ne sont pas ma­riés avec As­sad. Les Ira­niens, eux, sont in­flexibles », sou­pire l’Ely­sée. Mal­gré un bi­lan hu­main de plus en plus lourd (près de 300 000 morts), le raïs n’est pas prêt d’être dé­lo­gé de son pa­lais.

@fger­schel

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