Et si votre banque fai­sait faillite ?

Une di­rec­tive eu­ro­péenne trans­po­sée cet été à la France pré­voit, en cas de li­qui­da­tion d’une banque et sous cer­taines condi­tions, de ponc­tion­ner les comptes des clients ayant plus de 100 000 € de dé­pôt.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE -

IMA­GI­NEZ que votre banque soit à deux doigts de mettre la clé sous la porte, et que l’on puise dans vos comptes pour la ren­flouer ! Se­riez­vous flat­té d’ap­pa­raître comme son sauveur ? Non ? C’est pour­tant ce qu’au­to­rise une or­don­nance d’août der­nier, tom­bée en pleine tor­peur es­ti­vale, et qui in­quiète de plus en plus les épar­gnants. Des cen­taines de mil­liers de Fran­çais sont po­ten­tiel­le­ment concer­nés.

di­rec­tive eu­ro­péenne. Cette or­don­nance est en fait la trans­po­si­tion à la France d’une di­rec­tive eu­ro­péenne sur les me­sures de ges­tion de crise fi­nan­cière. Jus­qu’à pré­sent, si une banque était au bord de la faillite, c’est l’Etat qui était ap­pe­lé à la res­cousse. Do­ré­na­vant, si ce même éta­blis­se­ment est ju­gé dé­faillant ou sus­cep­tible de l’être, ce sont d’abord ses ac­tion­naires ou ses créan­ciers qui pour­ront être sol­li­ci­tés. Puis, dans un deuxième temps, le fonds de ga­ran­tie des dé­pôts, abon­dé par l’en­semble de la pro­fes­sion. En der­nier re­cours dé­sor­mais, et c’est là la nou­veau­té, les clients ayant un compte ban­caire de plus de 100 000 € pour­raient éga­le­ment être mis à contri­bu­tion. En France en ef­fet, chaque épar­gnant bé­né­fi­cie d’une ga­ran­tie de ses dé­pôts jus­qu’à ce mon­tant.

il s’in­quié­ter ? Certes, a prio­ri, il n’y a pas pé­ril en la de­meure, car les banques fran­çaises sont una­ni­me­ment consi­dé­rées comme so­lides : 12 sur 13 — la banque de re­fi­nan­ce­ment de l’ha­bi­tat avait échoué, mais a de­puis été re­ca­pi­ta­li­sée — ont der­niè­re­ment pas­sé avec suc­cès les tests de ré­sis­tance, ap­pe­lés stress tests. En­suite, les clients dont les dé­pôts (sur les comptes cou­rants, li­vrets et autres plans d’épargne) dé­passent les 100 000 € ne sont pas les pre­miers vi­sés par cette ponc­tion : ils ar­rivent en troi­sième po­si­tion der­rière les ac­tion­naires et les por­teurs d’obli­ga­tions émises par l’éta­blisse-

nUne

nFaut-

ment (ses créan­ciers). Il n’em­pêche. Plu­sieurs sites In­ter­net, fo­rums ou blogs de spé­cia­listes, voire des éco­no­mistes, sont alar­mistes. C’est le cas de Phi­lippe Her­lin, cher­cheur en fi­nances, pour qui « cette ponc­tion des comptes ban­caires n’est rien d’autre qu’un vol lé­gal, une re­mise en cause du droit de pro­prié­té, un vé­ri­table scan­dale ». Le se­cré­taire gé­né­ral de l’As­so­cia­tion des usa­gers des banques (Afub), Serge Maître, lui aus­si, com­prend l’in­quié­tude des clients, et ce d’au­tant plus que se­lon lui le fonds de ga­ran­tie des dé­pôts « risque d’être trop peu do­té en cas d’im­por­tante faillite ». En outre, ajoute-t-il, « les clients n’ont pas à payer pour les er­reurs de ges­tion des di­ri­geants d’une en­tre­prise, quelle qu’elle soit ».

pa­rade ? Pour faire simple, ne met­tez pas tous vos oeufs

nQuelle

dans le même pa­nier. Plu­tôt que de dé­po­ser 200 000 € dans une même banque et de ris­quer un jour d’en perdre la moi­tié, pla­cez 100 000 € dans un éta­blis­se­ment et 100 000 € dans un autre, puisque la ga­ran­tie s’ap­plique par dé­po­sant et par éta­blis­se­ment. En cas de dé­faillance de votre banque, vous ne per­drez rien.

(LP/Oli­vier Cor­san.)

En der­nier re­cours, les par­ti­cu­liers qui placent leur ar­gent — au-de­là de 100 000 € — pour­ront être mis à contri­bu­tion en cas de faillite de leur banque, après les ac­tion­naires et les créan­ciers de l’éta­blis­se­ment.

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