« Les femmes sont plus vi­gi­lantes »

Pas­cale Bois­tard, se­cré­taire d’Etat aux Droits des femmes, a re­mis au Par­le­ment un rap­port sur les dif­fé­rences de prix se­lon le genre. Il pointe un sur­coût pour des pro­duits fé­mi­nins mais aus­si mas­cu­lins.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - Pas­cale Bois­tard, se­cré­taire d’Etat aux Droits des femmes FLO­RENCE DEGUEN

EXISTE-T-IL une « taxe rose » in­vi­sible qui rend les pro­duits pour femmes plus chers que les pro­duits pour hommes ? La ré­ponse est… oui et non. Car il existe aus­si une « taxe bleue » qui pro­voque l’ef­fet exac­te­ment in­verse aux dé­pens des hommes. C’est la conclu­sion de l’en­quête in­édite et très at­ten­due de la Di­rec­tion gé­né­rale de la concur­rence, la consom­ma­tion et la ré­pres­sion des fraudes (DGCCRF), re­mise à Pas­cale Bois­tard, se­cré­taire d’Etat char­gée des Droits des femmes et à Mar­tine Pin­ville, son al­ter ego à la Consom­ma­tion.

Toutes deux l’ont trans­mise ven­dre­di au Par­le­ment, qui avait ré­cla­mé cette en­quête dans le cadre de la loi Ma­cron, à la suite d’une pé­ti­tion lan­cée par l’as­so­cia­tion Geor­gette Sand (50 000 si­gna­tures à ce jour). L’ob­jec­tif ? Vé­ri­fier la réa­li­té de l’in­jus­tice dé­non­cée par les Geor­gette, pho­tos à l’ap­pui : le fait que les ra­soirs, crèmes, sham­poings, mais aus­si de nom­breux ser­vices tels que coupes de che­veux ou net­toyages au pres­sing soient tou­jours plus chers pour les femmes que pour les hommes. Tou­jours ? La réa­li­té est plus com­plexe. Le rap­port, qui a éplu­ché les éti­quettes de 2 237 hy­per­mar­chés et de 5 250 su­per­mar­chés sur trois types de pro­duits et son­dé les de­vis des ser­ru­riers, dé­pan­neurs et dé­mé­na­geurs en fonc­tion du sexe du client, conclut à des dis­pa­ri­tés bien réelles mais « al­ter­na­ti­ve­ment dé­fa­vo­rables aux femmes et aux hommes ». Ain­si les ra­soirs des marques de dis­tri­bu­teurs sont fi­na­le­ment de 1 à 12 % moins chers pour les femmes, et de 1 € plus cher si elles se tournent vers des marques. Ques­tion de choix, aus­si, pour les dé­odo­rants : avec al­cool, ils af­fichent 3 € de sur­coût moyen pour les femmes tan­dis que « sans al­cool », ils coûtent da­van­tage (+ 7 à 12 %) aux hommes.

Même si les crèmes hy­dra­tantes sont, on s’en dou­tait, beau­coup plus oné­reuses en ver­sion fé­mi­nine, l’en­quête dé­monte fi­na­le­ment les idées re­çues concer­nant les ser­vices, même si les coif­feurs par exemple n’ont pas été étu­diés, au grand dam des as­so­cia­tions fé­mi­nistes. Glo­ba­le­ment, les ser­ru­riers ne font pas de dif­fé­rence entre hommes et femmes. mais les dé­pan­nages au­to­mo­biles se ré­vèlent sou­vent moins coû­teux pour les… conduc­trices !

« Le phé­no­mène que nous avons sou­hai­té me­su­rer existe bien, mais n’est pas aus­si gé­né­ral ou sys­té­ma­tique qu’on a pu le pen­ser et c’est tant mieux », com­mente Pas­cale Bois­tard, pour qui cette en­quête « sé­rieuse » a été com­pli­quée sur le plan mé­tho­do­lo­gique et mé­ri­te­rait sans doute d’être élar­gie. « On voit bien au fond que la règle est la même : pous­ser à la consom­ma­tion en sté­réo­ty­pant le mar­ke­ting. »

Dès ce ma­tin, le gou­ver­ne­ment doit sai­sir le Centre na­tio­nal de la consom­ma­tion pour qu’il consti­tue un groupe de tra­vail in­cluant consom­ma­teurs, fa­bri­cants, dis­tri­bu­teurs et ar­ti­sans afin d’en­ta­mer une concer­ta­tion qui pour­rait abou­tir en juin.

L’as­so­cia­tion Geor­gette Sand de­vrait y par­ti­ci­per. « Il ne faut pas voir cette en­quête comme un coup d’épée dans l’eau puisque les femmes sont beau­coup plus vi­gi­lantes de­puis qu’on leur a par­lé de taxe rose », ras­sure la se­cré­taire d’Etat aux Droits des femmes. « Main­te­nant c’est un tra­vail de fond qu’il faut me­ner. Re­don­ner aux fa­milles la pos­si­bi­li­té d’of­frir un vé­lo rouge à leur fille pour qu’elle puisse le pas­ser au pe­tit frère dans deux ans… Au lieu de leur im­po­ser d’ache­ter un vé­lo rose, puis un vé­lo bleu. »

« La règle est la même :

pous­ser à la consom­ma­tion »

(LP/Del­phine Gold­sz­te­jn.)

Une pé­ti­tion lan­cée par l’as­so­cia­tion Geor­gette Sand dé­non­çant le prix plus éle­vé des pro­duits des­ti­nés aux femmes a re­cueilli 50 000 si­gna­tures.

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